ACTE TROISIÈME
MACAIRE, l'interrompant.
Z'enflammés ! C'est le mot... Et la seconde fois où je t'aperçus ! (H 'a conduit vers le canapé.) T'en souviens-tu, de ce jour? G'étaitun soir ! ATOpéra! Nos loges étaient en face l'une de l'autre et nous n'étions séparés que par le vide immense qui règne entre le lustre et le parterre... Tout à coup mon binocle rencontra le tien... Ah! que d'expression dans ce langage muet! J'étais sourd au charivari de l'orchestre ! En proie à une fièvre délirante, mon poulsbattait cinq cents pulsations par seconde. Enfin l'exaltation de tout mon être était telle qu'un moment j'eus la pensée de franchir d'un seul bond l'espace qui nous séparait.
ÉLOA
Ahl
MACAIRE
Pour venir tomber à tes pieds, (H se met à genoux.) et te dire Éloa... Je t'aime, je t'aime !
ÉLOA
Ah ! Robert !
MACAIRE
Il fallut me décider à passer par un vulgaire couloir. Oh! malheur à ceux qui se trouvaient sur mon passage! Je culbutais tout, sans distinction d'âge de rang ni de sexe ! L'univers tout entier se serait trouvé là, que je l'aurais écrasé, broyé, pulvérisé... pour venir te dire : Éloa, je t'aime ! je t'aime ! je taime!...
ÉLOA
Quelle délicatesse de sentiments 1
MACAIRE
Ah ! Éloa, si ton père m'avait refusé ta main...
124 ROBERT-MACAIRR
Quelle épouvantable catastrophe!.. Je lui en aurais fait voir de grises... au vieux !
ÉLOA
Et crois-tu que la volonté de mon père m'eût arrêtée?... J'aurais voulu qu'il refusât... quedis-je? j'aurais voulu que l'homme dont j'ai porté le nom fût encore vivant !
MACAIRE
Le pair de France ! C'eût été plus drôle !
ÉLOA
Je lui aurais dit : Je me révolte contre une autorité dont tu abuses! Parce que les lois et le monde m'ont enchaînée à toi, tu t'imagmes que je suis ta femme ? Eh bien non ! Et alors, épouse criminelle et adultère, je serais venue à toi. Je t'aurais dit: j'avais un mari, un foyer, une famille...
MACAIRE, avec inquiétude.
Des enfants?...
ÉLf A.
Oh! non !... Cette famille, ce foyer, ce mari, j'ai tout lâché pour toi ? Me veux-tu, Robert?
MACAIRE
0 créature vraiment complète... femme libre... enfin, je t'ai trouvée! Oh! grâce! grâce! tant d'exaltation me tue ! Il n'est pas d'âme, fut-elle de fer, fut-elle de bronze, fut-elle de diamant, qui puisse résister à tant d'ivresse ! (Éioa lui passe la main dans les cheveux.) Pardon, vous me chatouillez! 0 Éloa, si jamais ton amour cessait d'entendre l'idiome du mien...