QUATRIÈME PARTIE
CHAPTTRE PREMIER
Dans son rapport au comté de Lanark, Owen avait déclaré que le travail était la source de toute richesse et la mesure naturelle de la valeur. Cette proposition comportait un double corollaire : la substitution de la monnaie de travail à la monnaie métallique comme mesure de la valeur ; la revendication, pour les classes productrices, du droit au produit intégral du travail.
Pendant la courte période qui s'étend entre i83o et i834, Owen abandonne pour un instant l'idée d'une réalisation intégrale du Nouveau Système social. Il ne prétend plus immédiatement refondre le caractère de l'humanité grâce à un système rationnel d'éducation ; il semble se borner à des fins exclusivement économiques pour lesquelles il ne cherche pas à créer de nouveaux rouages, mais fait appel à des organisations exis-
lantes, coopératives et trades-unions : sa concejDlion paraît moins rationaliste et plus réaliste, et cependant elle ne perd pas son caractère utopique.Owen croit pouvoir transformer, tout l'appareil circulatoire et l'organisation de la répartition en introduisant dans le mécanisme économique et faisant fonctionner dans le milieu de la société actuelle le principe du travail, source et mesure delà valeur. Cette préoccupation dicte son attitude vis-à-vis du mouvement coopératif comme du mouvement syndical et inspire l'EquitableBanque d'Echange comme le projet de socialisme corporatif qu'il donne pour programme à la Grande Union consolidée des métiers.
On a fait d'Owen le père du mouvement coopératif moderne : celui-ci, créé par ses disciples, a eu des fins très différentes de celles que notre réformateur lui proposait à l'origine. Par coopération, Owen, lorsqu'il opposait le système individualiste de concurrence au système de coopération mutuelle, entendait parler de communisme ', Les premières sociétés coopératives,
I . La société coopérative stricto sensu se distingue de la société communiste : i" par Pallocation d'un intérêt fixe au capital ; 2" par le principe de répartition : tandis que dans la coopérative
qui réunissent ses disciples, sont des associations dont les membres versent une cotisation hebdomadaire dans l'unique dessein d'accumuler un capital destiné à la fondation de villages communistes. La coopérative de production communiste est la préoccupation essentielle des premiers congrès coopératifs de Manchester (mai i83i), de Birmingham (octobre i83i) et de Londres (avril 1832). La coopérative deconsommation n'apparaît que comme un moyen de grossir le fonds des souscriptions grâce aux profit commercial et de hâter ainsi l'accumulation du capital nécessaire aux expériences communistes \ Il y eut bientôt 4 ou 000 coopératives ou Trading associations comme on les nommait alors ^ Lorsqu'Owen revint d'Amérique il regarda ces (( trading associations » avec dédain et il déclara que
hi répartition des bénéfices se fait au prorata des opérations effectuées par chacun des membres comme coopérateurs, dans la société communiste, la répartition se fait suivant les besoins sans considération des apports ni du travail fourni.
I. Tout d'abord à Brig^hton avec le D"' King (1828), Brighlon Cooperator : « Grâce aux versements hebdomadaires, on achètera des produits pour les revendre aux membres de l'Association ; d'où deux sources d'accumulation du capital : la souscription hebdomadaire et le profit. Ensuite la société pourra tirer parti du travail de quelques-uns de ses membres : ce travail fournira un produit qui sera propriété commune ; puis, à mesure que le capital s'accumulera, la société pourra acheter le terrain sur lequel elle vivra, travaillera et satisfera à tous ses besoins. »