Lovett, op. cil., p
2. Boui'guin, Les systèmes socialistes et l'évolution économique. Colin, 1904, jj- 1 71.
\ail, c'ost-à-dire le principe de la rémunération (la producteur d'après la quantité de travail incorporée dans le produit, n'était-ce pas enlever à la production son régulateur et son frein ? n'étailce pas tenter une entreprise chimérique et destinée à se heurter à un double obstacle : le conflit entre les deux systèmes concurrent de valeui- ' et le désaccord de la production avec les besoins?-
Incompatible avec la production libre, le système de la valeur-travail peut se concevoir dans une société où une seule et même autorité évalue travaux et produits et débite les objets de consomsommation : une autorité centrale, s'eflbrçant de régler la production d'après la statistique des besoins, pourrait essayer de maintenir l'équilibre entre l'olTre et la demande des produits. Owen ne s'est jamais rendu compte des difTicultés que soulève l'application du principe de la valeur-travail; : il ne s'est même pas posé la question de la réduction du travail complexe en travail simple ; il n'a surtout jamais eu l'idée d'une société autoritairement organisée où les pouvoirs publics coteraient et répartiraient travaux et produits. Il ne faut chercher dans aucune de ses publications ni une
I. Bourgiiin, op, cit., p. 96, 97. « On éliiit obligé de maintenir une relation entre le bon d'une iieure et la monnaie métallique sans avoir le moyen d'en maintenir la fixité. »
esquisse du « pur collectivisme ' ». ni une desci'iption quelconque d'une société oii la possession collective des instruments de travail permettrait une organisation autoritaire et centralisée de toute la production. Cependant Owen comprenait que le système de la valeur-travail impliquait une certaine organisation de la production ; mais dans sa pensée cette organisation devait être l'œuvre d'associations libres, l'œuvre des coopératives et des Trades-Unions fédérées. Du reste, les jDassages d'Owen, relatifs à cette organisation de la production, sont rares et très brefs : lorsqu'il est convaincu de la vérité d'un principe, Owen se préoccupait moins de décrire dans le détail le fonctionnement de ce principe que d'y préparer les esprits et d'incliner les volontés vers sa mise en application immédiate.
Au début de l'Equitable Labor Excbange, Owen compte sur la fédération des sociétés coo-
I. Bourguin, p. ir. « La société collectiviste suppose une orgiinisation méthodique de la production nationale... l'autorité publique, éclairée par des statistiques sur les besoins de la consommation, dirige et réglemente toute la production, le transport, l'emmagasinage et le débit des produits. Elle rétribue les travailleurs en unités de valeur sociale, d'après le temps de travail de qualité moyenne qu'ils ont consacré à la production ; elle tarifie de même les produits d'après le temps de travail moyen qu'ils ont coûté. Les travailleurs peuvent donc se procurer les produits aux magasins publics en échange des bons de travail ou certificats d'unités de valeur qu'ils ont acquis par leur travail. »
LE TRAVAIL SOURCK KT MESURK DE LA VALEUR 20t>
pératives pour réaliser peu à peu, dans la société anarchiquc de concurrence, l'adaptation de la production aux besoins, adaj)tali()n nécessaire k la généralisation du système de la valeur-travail : (( Le système n'est pas seulement applicable aux individus, mais aux sociétés. Il existe à l'heure actuelle (x à 5oo sociétés coopératives. Beaucoup d'entre elles ont en excédent certaines marchandises eu égard au district dans lequel elles sont établies et seraient très disposées à échanger leurs produits avec d'autres sociétés qui se trouvent dans les mêmes conditions. Afin que ces sociétés pussent connaître leurs besoins réciproques, lo Royaume-Uni pourrait être divisé en districtsdonl chacun aurait son conseil d'administration en communication avec toutes les sociétés situées dans les districts respectifs et désireuses de se joindre à l'Union générale. Chaque mois ou à tout autre intervalle de temps qui semblerait préférable, on établirait l'état des excédents que ces sociétés auraient en stock et l'état des articles dont elles auraient besoin. Ces informations, concentrées au chef-lieu de district seraient transmises à Londres et de là communiquées aux différentes sociétés, en tenant compte des besoins de chacune de celles-ci et du lieu d'approvisionnement le plus proche... Ainsi les besoins de millions d'individus seraient mis en contact et la production
dirigée vers leur satisfaction'. » En i833-3/i, ce ne sont plus les sociétés coopératives en décroissance, mais les Trades-Unions fédérées dont Owen veut faire les agents de l'équilibre économique : la Grande Union consolidée des métiers doit être l'organisme directeur de la production.
Il faut être juste envers Owen et reconnaître qu'il fut entraîné par des disciples impatients à une expérience qu'il considérait comme prématurée. L'établissement de banques d'échange de travail présupposait dans sa pensée, non pas sans doute le travail socialisé, mais une vaste association de toutes les industries et de tous les j)roducteurs. Cette Union des classes productrices aurait permis aux membres des « Labor Exclianges » de former un cercle complet d'opérations et d'échanges qui n'aurait rien eu à emprunter au milieu ambiant. A la production anarchique, Owen voulait subsister la production organisée par des corporations nationales, unies par un lien de fédéralisme économique et échangeant entre elles leurs produits d'après la quantité de travail incorporée. Le système de la valeur-travail, conçu
I. Crisis, 3o juin i832. La Crisis, éditée par R. Owen et Robert Dale Owen. Londres, f\ vol., i832-34, publiée par Eamonson. Gray's ïnn Road commence à paraître le i^ avril i832. (lit. d'après un exemplaire appartenant à l'auteur. La Crisis, recueil rare, peut ètic consultée au Britisli Muséum.
comme généralisé et exclusif dans mie certaine mesure de la production libre, cessait d'être irrationnel. Il faut donc distinguer la conception théorique d'Owen pour une société idéale ou l'heure de travail servirait d'étalon de la valeur et l'essai d'application partielle qu'à été l'Equilable Banque d'Echange. Mais il faut se hâter d'ajouter qu'au point de vue théorique sa conception de la valeur-travail était très embryonnaire et ses projets d'organisation de la production peu précis : il serait impossible de trouver dans ses publications les éléments d'un exposé théorique consistant. Aussi devons-nous, après ces considérations préliminaires, nous borner à faire l'histoire de l'Equitable Banque d'Echange en indiquant successivement le but de l'institution et les causes de son échec.
La Crisis des 1 6 et 22 juin i832 expose le douille objet que se proposait Owen en fondant une Banque d'Echange de Travail. Notre réformateur \oulait atteindre la monnaie métallique, inesure artificielle de la valeur et agent imparfait des échanges, dans sa fonction d'étalon ou de mesure des prix et dans sa fonction de circulation : il voulait, par l'échange du travail contre le travail, établir un plus juste et plus parfait étalon de la valeur, et, par la création de rapports directs entre les producteurs, supprimer le profit de l'intermé-
diaire et la nécessité du capitaliste. De cette double réforme, Owen n'attendait pas moins que la disparition des crises économiques et la solution du problème du chômage et de la misère.
La substitution à la monnaie métallique du bon de travail représentant la valeur intrinsèque, c'est-à-dire la quantité de travail incorporée dans le produit, aurait pour effet d'introduire un plus parfait intermédiaire des échanges et de supprimer les crises économiques. La monnaie métallique, produite en quantité limitée et monopolisée en quelques mains, est incapable de suivre les progrès de la productivité, surtout depuis que les inventions scientifiques ont multiplié les puissances de production. Les crises économiques sont le résultat des inflations et contractions de l'instrument monétaire : la monnaie métallique ne peut être accrue ni diminuée proportionnellement aux fluctuations de la richesse ; le nouvel intermédiaire des échanges au contraire posséderait une faculté d'adaptation spontanée et une valeur invariable'. Grâce à celte stabilité de la
I. Crisis, vol. I, p. 5o, i6Juin 1882 : « C'est aux imperfections de l'intermédiaire des échanjjes que l'on peut attribuer la pauvreté qui rèçne aujourd'hui dans la société et les crises temporaires qui traversent le monde des affaires. Les forces productives sont capables aujourd'hui de créer toute la richesse qu'on peut
LE TRAVAIL SOURCE ET MESURE DE LA VALEUR i",-}
valeur, grâce à ses qualités d'expansion et de contraction, la monnaie de travail réaliserait une adaptation parfaite de la masse monétaire au mouvement des transactions et des richesses.
Les crises économicpies ne sont pas des crises exclusivement monétaires ; le désaccord actuel entre le prix et la valeur du travail ne résulte pas seulement, pour Owen, du défaut d'équilibre entre l'agent de circulation et les marcliandises produites, mais aussi des prélèvements capitalistes. La monnaie de travail remplacerait avantageusement la monnaie métallique dans* sa fonction d'étalon ou de mesure des prix comme dans sa fonction de circulation. Dans la société actuelle, le travail ne donne pas au producteur le pouvoir de commander directement à la richesse, puisque les producteurs dépendent du capitaliste et de l'intermédiaire détenteur des métaux précieux : (( Chaque jour des milliers d'individus dans les différentes industries se lèvent le matin sans savoir où ils pourront se procurer un emploi. Chacun d'eux cependant peut produire plus qu'il n'a besoin pour lui-même et chacun d'eux a besoin de l'excédent que produit autrui. Ils ne peuvent ordinairement se procurer le produit des autres
désirer, mais il n'existe pas de moyens de cirnilation capables d'assurer ractioii bienfaisante des puissances manuelles et scientifiques. »
Edouard Dolléans. i^
qu'en transformant leurs marchandises en argent, en les livrant au capitaliste oii à l'intermédiaire... Mais, si la monnaie est rare, si l'intermédiaire n'est pas disposé à prendre le produit offert, le producteur doit faire un sacrifice considérable... 11 n'est pas nécessaire qu'il existe un intermédiaire et les producteurs peuvent s'en passer. Les producteurs n'ont besoin que d'être mis en contact les uns avec les autres et ils peuvent échanger leurs produits respectifs à leur mutuel bénéfice et au bénéfice du consommateur générale » Grâce à l'établissement de relations directes entre producteurs et à l'échange équitable du travail contre le travail, on verra disparaître la contradiction inhérente à la société actuelle, le spectacle des créateurs de la richesse impuissants, au luilieu de la surproduction et de l'abondance, à satisfaire leurs propres besoins : toutes les énergies endor-
I. Crisis, vol. I, 3o juin 1882, p. 5g. Owen croit que, si le producteur subit un sacrifice dans l'échangée, c'est parce que la monnaie est rare ; mais alors elle a une puissance d'achat plus grande et le producteur ne subit plus un sacrifice s'il en reçoit moins. La vraie source du sacrifice pour le travailleur, c'est le prélèvement capitaliste et aussi, à l'occasion, quand il produit pour sou compte, l'avilissement résultant de la surproduction. Owen devrait considérer que le remède se trouve dans l'organisation centralisée de la production ; l'abolition de l'argent est secondaire et n'est qu'une conséquence, l'argent se transformant en jetons ou contre-marques du temps de travail (Bourguin).
LE TRAVAIL SOURCE ET MESURE DE LA VALEUR 27^i
mies de la production seront éveillées', et des débouchés nouveaux s'ouvriront qui donneront des emplois à tous les ouvriers en chômage : (( Au lieu qu'une personne, comme c'est le cas aujourd'hui, attende qu'elle puisse obtenir un emploi pour satisfaire à ses besoins, elle n'aura plus qu'à se mettre au travail, à déposer ses produits, et elle pourra immédiatement se procurer les articles dont elle a besoin. Ainsi sera ouvert un nouveau débouché d'une large envergure qui permettra d'occuper tous les sans-travail en faisant des millions de consommateurs de ceux qui auparavant n'étaient à peine rien plus que des producteurs". »
Le travail n'est plus seulement l'instrument de production, mais l'instrument d'échange ; grâce à la monétisation du travail, chacun dispose du moyen d'échange : pour consommer, il n'a qu'à produire, et il peut produire d'une façon illimitée, car à tout acte de production, suivi d'un dépôt dans le magasin de la Banque, correspond la possibilité d'un acte de consommation, d'une demande de produits au même magasin. Le système est destiné à faire de tout déposant un consommateur : le bon de travail donné en paie-