‹ Robespierre et les femmes: d'après des documents nouveaux et des piècesChapitre 45 sur 49 · DEUX PAMPHLETS THERMIDORIENS CONTRE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

DEUX PAMPHLETS THERMIDORIENS CONTRE ROBESPIERRE

C est le sort ordinaire de tous les vaincus en temps de révolution, de mériter, au lendemain de leur chute, Toutrage véhément et déclamatoire des pamphlets. Leur popularité se mesure au nombre des libelles qu'ils suscitent. Tout comme la proscription des Girondins, l'exécution des Dantonistes, ne donna lieu qu'à de rares pamphlets. La mort de Robespierre, au contraire, déchaîna leur avalanche. Leur bibliographie serait copieuse, mais, à vrai dire, on constaterait que les auteurs anonymes de ces petites productions se sont mis peu en frais. Ils disposent de deux sources qu'ils utilisent abondamment, et à peu près uniquement : le compte rendu dans les journaux de la séance du 9 et des événements de la nuit, et l'article de l'abbé Suard, dans les Nouvelles politiques. Quelques-uns y ajoutent le discours de Barras rendant compte de son expédition contre la Commune, à la tribune de la Convention, quelques apostrophes de Tallien, et c'est tout. Sous des titres alléchants. Grande Conspiration ou Véritable portrait^ cela parait en petites brochures de

huit pages, de mauvais papier, avec des caractères, d'imprimerie boiteux ou écrasés, se crie par les rues et

prétend donner l'impression populaire.

Le lecteur connaît Far ticle de Suard, il n'ignore point les événements des journées du 9 et du 10 thermidor, et cela nous dispense d'analyser la vingtaine de pamphlets qui se répètent sous des titres différents. 11 en est de même pour ceux relatifs à l'affaire Théot, parus . après Thermidor. Ici le canevas ordinaire est le discours de Vadier* Souvent, presque partout môme (1), on se contente de le rééditer.

(1) Il en faut excepter cependant la Grande ConverBalion de la mère de Dieu avec ses complices; relation exacte de tout ce qui s'est passé dans leurs assemblées fanatiques^ leurs t>aisers mystiques, cérémonies et leur enlèvement. Paris, rue Christine, n« 8» s. d. [1794), in-8, 8 p. C'est là, sous une forme dialoguée, la parodie des séances de la rue Contrescarpe.

Cependant parmi tous ces pamphlets il en est quelques-uns qui ne doivent leurs injures qu'à eux-mêmes. De leur minorité nous avons détaché les deux pièces qu'on trouvera ci-après rééditées dans leur intégralité.

La première a pour auteur Merlin de Thionville. On y verra comment un paradoxe peut devenir une thèse défendable et avec quelle subtilité les thermidoriens accumulèrent des preuves en laveur de Fidée dictatoriale de rincorruptible. Ce n'est, au surplus, que la répétition des accusations déjà émises par Louvet, dans sa fameuse catilinaire, et reprises par les Fréron, les Tallien et les Le Cointre, aux jours de la réaction. Merlin de Thionville a publié une autre brochure encore contre Maximilien ; Portrait de Robespierre (i), mais Rœderer, dont le fils la réédita, affirme qu'il en est Fauteur, et qu'il ne la laissa imprimer, sous le nom de Merlin de Thionville, que pour « donner plus de valeur à la chose (S) ». En fait de valeur, elle en avait fort peu, le lecteur en jugera. Que pouvait y apporter de plus Merlin de Thionville, sinon son acharnement bien connu contre Robespierre (3)?

Quant à la seconde réédition, c'est celle d'une facétie fort courante à l'époque : Testament de /. [Isidore] M. [Maximilien] Robespierre trouvé à la Maison Commune, Elle se passe de tout commentaire, et si nous

(1) Il en existe trois éditions, toutes sans date, mais vraisemblablement de la fin de 1794. La première, in-8, 16 p., à Paris, rue de la Loi, n* 1232 ; la seconde, in-S de 12 p. de rimprimerie de la veuve Marat ; la troisième, in-8, 16 p., rue de la Loi, n« 1232.

(2) CEuvres du comte Rœderer, publiées par son fils. Paris, 1863-1869, in-8 [8 vol.], t. III, p. 267-271. — Cf. Maurice Tour- MEux, ouur, cit., U IV, p. 631.

(3) « Il mit à le renverser Tachamement d'un ennemi personnel. » Eugène Welvert, Lendemains Révolutionnaires; les Régicides. Paris, 1907, in-8, p. 194.

la donnons ici, c^est parce qu'elle montre le ton de ces attaques et les fait juger à leur valeur.

Cette dernière brochure est anonyme. L'auteur a cru devoir se dérober à sa part de gloire.

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