‹ Robinson Crusoé, tome 2Chapitre 19 sur 29 · DISSERTATION · texte numérisé non relu

DISSERTATION

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NOTICE

Jtez à quelques lies de la Polynésie ou du grand océan cette poésie d’un jour, qu’elles ont empruntée à une légende presque fabuleuse} enlevet à Plie de France sa Virginie , à Madère son Anna d’Arfet , à Tonga son Christian, et voilà ces belles contrées privées de leurs souvenirs ; elles n’onl de traditions que celles qui leur ont été léguées par quelque voyageur inconnu ou par le poète qui ne devait jamais visiter leurs rivages : s’il est un coin du monde auquel on puisse appliquer ces paroles, c’est bien ce rocher moitié verdoyant, moitié stérile, que Juan Fernandez découvrit en 1503, et qui resta à peu près ignoré de l’Kurope, jusqu'à ce qu’un pauvre matelot écossais , qui y vécut dans la solitude

Krès de duq ans, eût servi de type au éros d’un livre admirable.

Mais si l’ouvrage de Daniel de Fofi a exercé une assezgrande influence pour que toutes les nations se soient hâtées de le reproduire dans leurs langues ; si on l’a mis avec juste raison au nombre de ceslivresqul agrandissent la pensée et qui initient les jeunes intelligences aux vérités morales les plus élevées , U n’est pas sans intérêt peut-être de retrouver la tradition primitive qui a inspiré l’auteur de KoBrosofl.

L’oubli do certaines donnéesgéographiques qu’on remarque chez cet écrivain, et qui devait être volontaire, son dédain évident pour quelques vérités de détails, qu’il a abandonnées sans doute à dessein, la manière dont il confond les coutumes de certains peuples , son ignorance plus marquée de certaines lois d’histoire naturelle , touts ces défauts qu'un seul coup d’œil peut faire reconnaître , sont là comme «ne ombre bien faible sans doute à la composition admirable du maître :

disons plus , ils font ressortir encore mieux peut - être cet instinct puissant de vérité supérieure toujours indépendant de la vérité vulgaire , comme le travail Test du génie.

Les siècles cependant ont leurs exigences. Daniel de Foë ne pourrait aujourd'hui négliger certains détails trop connus. Rétablissons quelques faits purement, historiques, rassemblons plusieurs documents épars et qu’il a peut-être trop dédaignés : il y a toujours quelque charme à remonter aux sources, l’œuvre elle-même s’en agrandit,

11 n’en est pas de l’ile de Juan- Fernandez comme de certaines contrées de l’Amérique : vers la lin du dix-septième siècle , au commencement du dix-buitième, elle était plus célèbre parmi les marins qu’elle ne l’est devenue depuis. On en parlait du moins dans les ports comme d'un lieu abondant pour les relâches , comme d’une He où ceux qui convoitaient les gallons de la Nouvelle-Espagne pouvaient aller se réfugier. Les changements arrivés dans la politique du INouveau-àlonde la firent bientôt oublier.

Mais à partir de cette époque rien n’est plus différent sans doute que les . diverses relations qui nous sont données par les navigateurs: pour les uns, Juan-Fernandez est un séjour de délices faciles, un lieu de repos ; pour les autres, c’est un rocher aride battu par la tempête, une terre désolée et qui n’offre aucun avantage en compensation des dangers qu’elle fait courir; cependant ces contradictions apparentes n’ont rien qui doive faire suspecter la vérité de ceux qui les ont répandues: selon les années , selon les saisons , selon même la volonté des gouverneurs du Chili , J uan-Fernandeza mc-

sonc*.

rité les diverses épithètes que lui donnent les navigateurs, quelques mots vont tout expliquer.

Le groupe de Juan-Fernandez se compose de deux lies situées à trente- # cinq lieues Fune de l’autre ; toutes deux

portent , sur les anciennes cartes , le* nom du navigateur par lequel elles furent découvertes ; et le capitaine Moss, qui les a explorées avec une sagacité remarquable, dit qu’on peut aisément les confondre, parce qu'elles sont sous la même latitude. Elles ont reçu , des caboteurs errants dans ces parages, deux dénominations qui attestent leur position en mer. La première, qui a environ quarante-deux milles de circonférence, est désignée sous le nom de Mas-a-Tlerra , pour indiquer son voisinage du continent, dont elle n’est qu’à cent cinquante lieues. Mas-a- Foera n’a qu’une lieue de longueur et elle est plus éloignée des côtes. Sa solitude perpétuelle, ses forêts à peu près semblables à celles du Chili, et que l’on n’apperçoit pas en mer parce qu’elles sont environnées de roches escarpées qui sortent presque perpendiculairement de l’Océan; ses vastes citernes naturelles, où viennent se baigner des lions de mer : tout lui donne un caractère à part et qui empêche qu'on ne la confonde aveo l’Ue plus importante de Mas-a-Tierra , dont nous allons nous occuper.

La grande lie de Juan-Fernandez , celle qui servit d’asile à Selkirk, glt par 33* à* de latitude Sud et par 80* 30* * de longitude à l’Ouest de Greenwich.

C’est par enrcür que Dampier, d’ordinaire si exact, la place par 34° de latitude Sud. Si l’on s’en rapporte à un navigateur anglais qui l’a bien observée, Mas-a-Fuera, vue dans l’éloignement, se présente sous la forme d’un rocher plein de crevasses; mais à mesure que Pon en approche l’aspect change d’une manière remarquable, et Pon y découvre des forêts profondes qui forment un admirable paysage. Vue du côté de l’Ouest, Plie parait plus haute à son extrémité septentrionale , elle s’abaisse vers le Sud, où elle se termine, à une demi-lièue marine, par un gros rocher qu’on appelle Plie au Cabris.

Si le commandant Laplace , dont

• D’aprèv les calculs positifs de M. Laplacc , qui commandait ta Favorite en 183?, et qui visita ce croupe, la longitude du milieu de Pile de Mas-a-Fuvra est de Ï.V3' 27” 25.

nous avons dtiè invoqué le témoignage, fut frappé de la nudité extrême des roches qui avoisinent Mas-a-Foera , la véritable lie de Juan-Fernandez lui sembla , au premier aspect , d’une extrême fertilité. Toutes les portions du sol ne jouissent pas cependant de cet avantage , et certains cantons de la côte sont désolés par d’aflrenx ouragans.

11 s’en faut bien que Plie de Joan- Femandez offre maintenant Paspecl inculte qu’elle avait à l’époque où Dampier, Scharp et Cowley venaient de la visiter et où Daniel de Foè allait écrire son livre. Non-seulement les jardins qui environnent la bourgade qu’on y fonda en 1793, renferment presque toutes les herbes potagères cultivées au Chili, mais oo s’y procure encore des figues , des cerises , des pommes de diverses espèces, des amandes, et quelques autres fruits d’Europe. Cette herbe aromatique dont l’usage est si répandu dans une partie de l’Amérique méridionale, et qui remplace le tbé au Chili et au Paraguay , le maté vous est offert dans toutes les maisons où vous vous présentez. Les bestiaux transportés du continent se sont multipliés, et l’on apperçoit, dit-on , quelques troupeaux de bœufs et de moutons où Pon ne voyait jadis que des cbéTres sauvages. En un mot, une certaine enflure , une faible Industrie se mootre dans un lieu où rien de semblable n’existait encore, il y a près de quatrevingts ans : cela ne veut pas dire sans doute que cette Ile exposée, de l’avis de touts les uavigateurs. à de perpétuels orages, soit nn séjour bien désirable, et que sa population, sans cesse sur le qui vive, doive jamais s’élever à an chiffre bien important Mais certaines portions abritées peuvent devenir un point utile de relâche, et il est probable que le tableau énergique qui nous a été tracé récemment par un exilé et que nous allons reproduire ici ne peut pas s’appliquer au voisinage de la grande baie , où le mouillage est à l’abri des vents.

• Nous sommesarrivés enfin à Juan Fernandez , écrivait il y a quelques années D. Juan Egana ; je ne vous parlerai pas des misères qui noos y attendent loin de tout secours humain. Rappelez-vous cette Ile, qui est le produit de quelque éruption volcanique , et dont on pourrait croire que l’inlérieur’est encore en

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