‹ Robinson Crusoé, tome 2Chapitre 27 sur 29 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

OIMBBTATIOff BRLIOIBGM.

■de ma lie que Je fis une prière ; car »je pria! alors arec le sentiment de ma •misère , et avec une espérance toute •biblique fondée sur la parole oonso* •lante de Dieu, et dès lors Je conçus •l’espoir qu’il m’exaucerait... Je puis

• affirmer par ma propre expérience •qu'un cœur rempli de paix , de reconnaissance, d’amour et d’affection, •est beaucoup plus propre à la prière •qu'un cœur plein de terreur et de •confusion; et que, sous la crainte •d’un malheur prochain , un homme

• n’est pas plus capable d’accomplir ses •devoirs envers Dieu qu’il n’est ca- •pable de repentance sur le lit de

• mort... Je n'oubliai pas de me recommander avec ferveur à la protection divine, et de supplier Dieu •de me délivrer des mains des bar- » bar es. •(Tomei", pages 148, 149, 252, 278. )

Venons maintenant à Silvio Pellico.

« Un Jour, ayant lu qu’il faut prier •sans cesse et que la véritable prière •ne consiste pas à marmotter beaucoup •de paroles à la façon despayens , mais •à adorer Dieu avec simplicité , tant •en paroles qu'en actions, et à faire

• que les unes et les autres soient l'accomplissement de sa sainte volonté , •Je me proposai de commencer sérieu- •sement cette Incessante prière de •toutes les heures, à savoir de ne plus •me permettre même une seule pensée •qui ne fftt inspirée parle désir de me •conformer aux décrets de Dieu.... Je •me prosternai à terre, et avec une fer- •veur que je ne m'étais jamais sentie •j’adressai à Dieu cette courte prière ï •mon Dieu , j’accepte tout de ta main ; •mais prodigue ta force aux cœurs à •qui j'étais nécessaire , que je cesse de •leur être tel , et que la vie d’aucun •deux ne s’abrège pour cela d'un seul •jour. O bienfait de la prière ! je restai

• plusieurs heures l’âme élevée à Dieu, •et ma confiance croissait à mesure que •je méditais sur la bonté divine, à me* •sure que je méditais sur la grandeur •de l'Ame humaine quand elle échappe

• à l’égoïsme et s’interdit toute autrevo- •lonté que celle de la souveraine 8a- » gesse, u [Me a Prisons, tome i , pag. 57 et 123.)

Ce serait un phénomène inexplicable qu’une Ame pénétrée de respect et d'amour pour le Christianisme n’en paraît pas avec le transport qu’elle éprouve. Ah ! c’est alors que la bouche parle de l’abondance du cœur, et que les convictions se manifestent de la

manière la moins équivoque. Rosnisow Ckcsoé en est la preuve la phs sensible. Soyons attentifs A cet étage court et substantiel des bienfkits du christianisme. « Preuve nouvelle de ce •que j’ai souvent observé, que la re- •liglon chrétienne, partout où elle est » reçue, civilise toujours les hommes et

• réforme leurs mœurs , qu'elle opère ■ou non leur sanctification. • (Tomen, page 358.)

Silvio Pellico ne demeure point en reste à cet égard. • Le Christianisme

• est philosophique au plus haut degré, •et les hommes se débattent en vain •pour sortir de son cercle magique, •de son cercle divin... Le CàrfsUani»- »me fut et sera toujours la doctrine du •bienfait , appuyée sur les principes •les plus rationnels , et unie A un culte •simple et sage. Le christianisme, •source de toute vertu dans la Judée, •où il est né , dans le monde payen, •où il s’est établi, et dans la barbarie

• du moyen-âge , qull a traversée, ne > sera pas moins fécond dans des temps ■plus éclairés et mieux en harmonie

•avec lui Je le louai de cette Cran-

■chise dont 11 disait faire profession ; je •lui protestai qu'en cela je l'égalerais, •et j'ajoutai que, pour lui eu donner •une preuve , je me faisais fort de me •constituer le champion du Christ!*- ■nisme, bien convaincu, disais-je, •que si je suis toujours prêt A écouter •amicalement toutes vos opinions, •vous aurez de votre côté la générai- »té d’écouter tranquillement les miennes. Cette apologie , je me proposais

• de la faire peu à peu , et je commen- •çais , en attendant , par une analyse •fidèle de l’essence du Christianisme :

•—Culte de Dieu dépouillé de toute sa- •perstiti on.— Fraternité entre les bom- •mes. — Aspiration perpétuelle A la •vertu. —Humilité sans bassesse. — Dl- •gnité sans orgueil. — Et pour type un •Homme-Dieu ! Quoi de plus philoso- •phique et de plus grand! • [Mes Prison a, tome i*, pages 29 et 253.)

On ne peut se défendre d’admirer la solidité avec laquelle Robucsou Crusoé établit ce dogme sacré de la Providence , les fins qu’elle se propose et l’ordre avec lequel elle régit les événements de ce monde (tome n , page 110). Rien ne se dérobe à ses regards vigilants, qui sondent les abymes : rien ne peut arrêter son Incessante activité; elle ordonne toutes choses pour le mieux , elle gouverne le monde avec le même pouvoir et la

DI IMITATION BBLIGIKUAB.

même sagesse par lesquels il a été créé. C’est le mot de Montesquieu:

Les lois selon lesquelles Dieu a fait toutes chotes , sont celles selon lesquelles U les gouverne .

Quand l’homme s’efforce de s’écarter des voies de la Providence, 11 est contraint d’y rentrer presque aussitôt qu’il en est sorti, ou plutôt, dans son éloignement même , il concourt à l’accomplissement des décrets éternels.

«Soit bénie la Providence ! s’écrie à •ce sujet Sllvio Pellico [Mes Prisons,

• tome ii , page 279). Les hommes et •les choses, qu'ils le veuillent ou ne le •veuillent pas, ne sont entre ses mains •que d’admirables instruments qn’elle •sait mettre en œuvre pour des fins

• dignes d’elle. »

11 est bien rare que l’homme qui ne consulte pas les desseins de la Providence n’en soitsévèrementpuni : malheureux lorsqu’il échoue , plus malheureux encore lorsqu’il réusit. C’est ce qui faisait dire è Robikbon Crusoé : •La Providence se montre clairement, •nous rassasie de nos propres désirs •et fait que le plus ardent de nos souhaits soit notre affliction; elle nous

• punit sévèrement dans les choses

• même où nous pensions rencontrer

• le suprême bonheur. » ( Tome i", page 203. )

Après une amère réflexion sur les maux dont il était accablé et sur son affreux isolement dans l’ile , il finit par dire: « Il faut considérer dans les •maux le bon qui peut faire compen- •sation et ce qu’ils auraient pu ame- •ner de pire. » (Tome i”, page 94.)

Quelle confusion d’avoir fermé l’oreille à la voix de la Providence, qui ne lui avait pas ménagé les avertissements de toute espèce au milieu de ses écarts, et d'être demeuré insensible aux marques frappantes de sa protection spéciale, dans le temps qu’il courait è sa perte !

Quelles actions de grâces de ce que la Providence avait merveilleusement ordonné que le navire sur lequel il voguait échouât près du rivage de Plie, d’où non-seulement il avait pu l’atteindre, mais où il avait pu transporter tout ce qu’il en avait tiré pour son soulagement et pour son bien-être, et de ce que sa main divine lui avait dressé , contre son attente , une table dans le désert ! ( Tome V* , page 205. )

Quelle religieuse considération , que celle qui le porte à reconnaître que c’était la Providence de Dieu qui

l’avait condamné h cet état de vie ; qu’incapable de pénétrer les desseins de la sagesse divine h son égard , il ne pouvait pas décliner la souveraineté d'un Etre qui , comme créateur, avait le droit incontestable et absolu de disposer de lui à son bon plaisir , et qui pareillement avait le pouvoir judiciaire de le condamner, a cause de ses offenses , au châtiment qu’il jugeait convenable , et qu’il devait se résigner à supporter sa colère , puisqu’il avait péché contre lui ! (Tome i*\ page 245. )

Quelle ferme confiance dans la Providence . qui lui inspire une si noble profession de foi , que notre sublime Créateur peut traiter miséricordieusement ses créatures , même dans ces conditions où elles semblent être plongées dans la désolation ; qu’il sait adoucir nos plus grandes amertumes,, et nous donner occasion de le glorifier au fond même de nos cachots! (Tome i", page 220 et 250. ) *

Tout dans sa longue carrière le porte à chanter sans cesse les louanges de la Providence , et à lui témoigner sa vive gratitude pour les biens innombrables qu’il en a reçus; son livre tout entier est un hymne perpétuel.

Tantôt 11 se rappelle qu'il a été sauvé seul du naufrage , sans l’avoir mérité.

Tantôt il la remercie d’avoir posé des bornes étroites à la vue et à la science de l’homme ; quoiqu’il marche environné de mille dangers dont le spectacle , s’ils se découvraient à lui , troublerait son âme et terrasserait son courage , il garde son calme et sa sérénité , parce que l’issue des événements est cachée à ses regards, parce qu’il ne sait rien des périls imminents qui le menaçent. { Tome Ier, page 299 ).

Tantôt il proclame sa conviction intime que, comme la prudence humaine est justifiée par l’autorité de la Providence , c’est la Providence qui la met en œuvre ; et que si nous écoutions religieusement sa voix, nous éviterions un grand nombre d’adversités , auxquelles par notre négligence notre vie est exposée. (Tome u , page 126. ) Tantôt aussi , quand il faisait réflexion que peut-être, par arrêt du du Ciel , il devait terminer sa vie de la plus triste manière , dans un lieu d’exil et de désolation, des larmes coulaient en abondance sur son visage , et quelquefois il se plaignait en lui-même de ce que la Providence pouvait ruiner ainsi complètement ses

DISSERTATION RKI.1G1BCSI.

créatures, les rendre absolument misérables, et les accabler à un tel point qu’il peine serait-il raisonnable qu'elles lui sussent gré de l'existence.

(Tome i*, page 93.)

Qu'on ne croie pas néanmpins que Robinson Crcsoé professe la doctrine nouvelle que Dieu bénit constamment ici-bas les actions de l’homme juste, et qu'il rejette sans cesse les efforts des méchants ; qu'il n'y ail de prospérité sur la terre que pour celui qui accornlit la loi dans sa plénitude , et de triulation que pour celui qui se complaît dans sa malice. Non certes, et ses paroles sont bien expresses : « Les jus- » tes ne reçoivent pas leur récom- » pense ni les méchants leur châti- » ment en ce monde. » ( Tome u , page 230. )

Et bien qu'il dise ailleurs que la bénédiction de Dieu ne suit pas ordinairement une présomptueuse transgression de sa loi ( tome u, page 208 ), si nous n'accordons pas que des crimes visibles sont poursuivis de châtiments visibles, comment concilieronsnous les événements avec la justice divine (tome u, page ISA)? Il n’en reste pas moins démontré, comme preuve évidente d'un Dieu et d'une vie future , que l’ordre ne semble pas régner invariablement dans la dispensation des biens temporels, et qu'il ne sera

véritablement rétabli que par la dis tribution des récompenses étemelles, qui seront accordées à chacun selon ses œuvres.

Ainsi donc il est constant, selon la doctrine de saint Augustin, que la Providence dispense les biens et les maux de la vie, indistinctement et sans avoir égard à la vertu et aux vices, parce que si elle ne donnait des richesses qu'aux hommes vertueux, ils recevraient dès ici-bas la récompense de leurs bonnes actions et n’auraient plus de droit à la récompense future ; si elle les leur refusait sans exception , on croirait qu’elle n'est point Indépendante dans scs déterminations ; si elle plaçait touts les méchants dans un état d'opulence et de prospérité , il en naîtrait une erreur cent fois plus dangereuse encore : le crime serait honoré comme le chemin de la fortune et les penchants de l’homme criminel achèveraient de se pervertir. 11 n'en est pas ainsi Dieu répand des ténèbres sur les voies de l’homme. Le juste languit souvent dans l'oppression, tandis que l'injuste est exalté.

Telle est la doctrine des Saintes Lettres, et lorsque dans le livre de Job, Sophar de Naamath a déroulé en ces termes ses astucieuses théories , chapitre xx :

Tout l’atteste : depuis que, commençant d’éclore. Cet univers sourit à la première aurore ;

Le bonheur du pervers ne fut jamais constant.

Son triomphe est un point, et sa joie un instant; De sa tête superbe il toucherait aux nues,

Il atteindrait des cieux les hauteurs inconnues, Que d’un souffle bientôt il serait renversé,

Et ceux qui l’admiraient diront : il a passé! Méprisable poussière, imperceptible atôme,

II se dissipera comme un léger fantôme D'un éclat imposteur naguère enorgueilli,

Son nom s’effacera dans l’éternel oubli.

Ceux qu’opprimaient ses mains fécondes on rnines Formeront ses enfants à rendre ses rapines....

Job répond aux sarcasmes amers de ces versets , étincelants de la plus son ami Sophar de Naamath , à ses brillante poésie dans la langue origiodieuses imputations, chap. xxi , par nale :

J ’ai dit : pourquoi l’impie au sein de l’abondance, Toujours favorisé des cieux.

Prolonge-t-il des jours qu’embellit l’opulence?

Scs fils grandissent sous ses yeux ,

DlfifllTATiOK HKLICIIUSB.

Et sa postérité fleurit en sa présence.

De son toit le malheur semLle a’étre écarté.

Instrument de terreur pour le reste du monde,

La verge du Très-Baut, la verçe d’équité,

Respecte son repos et sa sécurité.

11 jouit d’une paix profonde :

De ses taureaux de fierté,

La vigueur est toujours féconde,

Et la génisse qu’il nourrit Jusqu’au terme porte son fruit....

Ah ! combien des mortels les destins sont divers !

L’un achève une vie exempte de revers;

D'un suc toujours nouveau , plus doux que la rosée ,

La moelle de ses os sans cesse est arrosée ;

L’autre dans l’amertume, expirant de douleur,

Passe et n’a pas vu luire un rayon de bonheur ;

Une même demeure aujourd’hui les rassemble,

Et, pâture des vers, il pourrissent ensemble....

Seul, debout, au milieu d’une immense ruine,

Le méchant a bravé la colère divine.

Qui donc lui reprocha sa honte et ses forfaits ?

Et quel bras l’a puni pour les maux qu’il a faits ?

Conduit en pom pe en mausolée.

Il semble encore y voir le jour ;

Tranquillement dans la vallée 11 repose, U parait le roi de ce séjour ;

Et, lui servant d’eScorte, une foule sans nombre Le précède et 1<? suit dans le royaume sombre.

( Traduction de B, M. F . Leuavasseur. Paris, 1816, in-8°.)

L’Arabe Job, comme on le voit, est formel sur ce point , que le juste et l’injuste prospèrent également sur la terre, et qu’il serait Impossible de discerner l’état de leur conscience

par leur position dans le monde.

David ne l’est pas moins. Tout le monde connaît les beaux vers de Racine , qui expriment si bien le verset 56 du psaume xxxv :

J’ai vu l’impie adoré sur la terre ;

Pareil au cèdre, il cachait dans les cieux Son front audacieux ;

Il semblait à son gré gouverner le tonnerre ,

Foulait aux pieds ses ennemis vaincus.

Je n’ai fait que passer, il n’était déjà plus.

( Esther , acle ni, scène ix. )

Le roi-prophète dit aussi , psaume seau , ode vu , tome Ier, page 31 , édi- 72 , traduction de Jean-Baptiste Rous- tion de Paris , 1743 , A volumes ip 12:

Pardonne, Dieu puissant, pardonne à ma faiblesse , A l’aspect des méchants, confus, épouvanté, - Le trouble m’a saisi, mes pas ont hésité ;

Mon zèle m’a trahi, Seigneur, je le confesse.

En voyant leur prospérité.

Cette mer d’abondance ou leur âme se noie Ne craint ni les écueils ni les vents rigoureux ;

Ils ne partagent point nos fléaux douloureux,

Ils marcheut sur les fleurs, ils nagent dans la joie, Le sort n’ose changer pour eux.

D1S&UTATI0H IIUQUMI.

De U, jel’avoûrai, naissait ma défiance :

Si sur touts les mortels Dieu tient les yeux ouverts. Comment sa ns les punir voit-il ces cosurs pervers ? Et s’il ne les voit pafc, comment pent sa scieoce Embrasser tout cet univers ?

Je croyais pénétrer tes jugements augustes ;

Mais, grand Dieu, mes efiorts ont toujours été vains. Jusqu’à ce qu’éclairé du flambeau de tes saints.

J’ai reconnu la fin qu’à ces hommes injustes Réservent tes puissantes maint.

J’ai vu que leurs honneurs, leur gloire, leur richesse, Ne sont que des filets tendus à leur orgueil ;

Que le port n’est pour eux qu’un véritable écueil ;

Et que ces lits pompeux où s’endort leur mollesse.

Ne couvrent qu’on affreux cercueil.

Comment tant de grandeur «'est-elle évanouie? Qu’est devenu l’éclat de ce vaste appareil ? .

Quoi ! leur clarté s'éteint aux clartés du soleil ?

Dans un sommeil profond ils ont passé leur vie.

Et la mort a lait leur réveil.

Salomon, auteur de VEcclésiaste , conserve religieusement les traditions de David , son père , sur le mélange des biens et des maux qui sont, dans ce monde , le partage de l’impie et du juste.

«— J’ai vu sous le soleil , dit-il cha-

• pitre 3, versets 16 et 17, l’impiété «dans le lieu du jugement, et I’IdJ- » qui té dans le siège de la justice , et «j'ai dit en mon cœur : Dieu jugera «le juste et l’impie , et alors ce sera «le temps de toute chose. »

« J’ai vu les impies ensevelis. Ils «étaient pendant leur vie dans le lieu «saint , on les louait dans la ville

* comme s’ils avaient fait le bien; «mais cela même est vanité.» (vm, 10.)

« 11 y a des justes à qui des maux «adviennent, comme s’ils avaient fait «les œuvres des impies ; et il y a des «impies qui vivent dans la sécurité , «comme s’ils avaient fait les œuvres «des justes; je dis donc que c’est là «vanité. » (vm, 14.)

« Tout demeure incertain et se ré- «serve pour l’avenir , parce que tout «arrive également au juste et à l’im- «pie, au bon et au méchant, au pur «et à l’impur, à celui qui immole des

«victimes et à celui qui méprise les «sacrifices. L’innocent est assimilé au «pécheur , le parjure à celui qui res- «pecte le serment. C’est là ce qu’il y «a de plus fbauvaJs dans ce qui passe «sous le soleil, que tout arrive de «même à touts. De là vient que les ■ cœurs des enfants des hommes sont «remplis de malice et de dédain pen- «dant leur vie, et qu’ils descendent «ainsi dans le tombeau. • ( ix, 2 et 3. )

Insistons sur ce point essentiel que, quoique rien n’arrive dans le monde sans une disposition précise de la Providence , nous ignorons complètement si cette disposition est générale ou particulière , si c’est pour ce qu’on appelle vulgairement bonheur ou malheur de Uvie.

O homme 1 qui l’a donné le droit de déterminer les desseins de la Providence dans le gouvernement du monde ? Qui es - tu pour sonder ses secrets et pour pénétrer dans ses impénétrables conseils ? Lorsque Job est précipité du sein de l’opulence dans l’excès de la misère , on n’entend sortir de sa bouche que des paroles touchantes , dictées par la plus sublime philosophie tout aussi bien que par la plus admirable résignation:

Je sortis , 6 mou Dieu, nu des flancs de ma mère,. Nu bientôt dans son sein me recevra la terre.

Ta main m’a tout donné, ta main m’a tout ôte'; Que ton nom soit béni ! que, toujours respecté, Le décret souverain qu’a dicté U justice Soit reçu sans murmure et sur moi s’accomplisse l

DISSE STATION KBLIOIBOSV.

Le Seigneur est le maître de la Yie et de la mort, 11 envoie sur les bords do tombeau et 11 en retire à son gré.

Celui-ci est enlevé à la fleur de son âge; est-ce un malbeur pour loi?

L’esprit de Dieu répond dans le livre de la Sagesse ( IV, n ) : « 11 a été en- »levé de peur que son entendement •ne fût corrompu par la malice, et •que les apparences trompeuses ne •séduisissent son âme. »

Le terme de la course de celui-là est reculé jusqu’à la vieillesse la plus avancée; faut-il l’en féliciter? Oui, s’il fait usage des jours qui lui sont laissés pour réformer ses penchants dissolus : non , s’il ne se sert de cette prolongation que pour endurcir son cœur et aggraver son fardeau. Ce peuple remporte des victoires éclatantes; qui osera décider que la Providence a voulu récompenstr ses vertus? Cet autre peuple a vu moissonner l’élite de ses guerriers sur le champ de bataille; qui sera assez téméraire

fiour assurer que la Providence a vouu le punir ? O homme ! rougis donc de ton ignorance et de ton aveuglement I Tues dans l’Ivresse de la joie, quand tu devrais être dans la douleur; tu pleures, quand il faudrait te réjouir. Tu confesses que tes pieds ont chancelé dans la foi à la vue de la paix des méchants, et bientôt tu prétends expliquer ce mystère 1 Quelle inconcevable présomption !....

Les préjugés de nation et de secte enfantent bien des erreurs, comme on va le voir. Robinson Crusoé, après avoir représenté un religieux bénédictin , qui joue un assez beau rôle dans la flemière partie du roman , comme Papiste , comme prêtre papiste , et définitivement comme prêtre papiste français , reconnaît néanmoins (tome ii, page 205), que c’était un homme grave, sobre, pieux, plein de ferveur, d’une vie régulière, d’une ardente charité , et presque en toutes choses d’une conduite exemplaire. SI l’injure de papiste, de prêtre , de français , est grave , la réparation est complète. Quelques courtes réflexions sur tout cela , et sur la tolérance, comme l'entend Robinson.

Lorsque l'ouvrage de Daniel de Foë parut, les Anglais applaudirent sans doute à ces trois mots qui étaient alors des injures de la plus grande force. Actuellement les préventions se sont tellement dissipées que ces injures ne seraient plus de mise. Les Pa-

pistes ont été émancipés , le nom du pape a été prononcé avec respect par des populations nombreuses en présence de l'illustre agitateur (PConnell , son mannequin n’est point brûlé dans Londres, la nation anglaise est l’alliée de la nation française, sans cesser d’être son émule de gloire. Les prêtres sont accueillis dans les cités de l’empire britannique, et révérés à l’égal des ministres anglicans. Oserai t-on aujourd’hui demander excuse de ce qu'on fait l’éloge d'un homme qui réunit en lui les titres de papiste, de prêtre, e t de français ? Aurait-on à redouter d'être blâmé d'apprécier, nonobstant sa communion , la valeur d’un tel homme , quoiqu’on le croie dans l’erreur , et de lui donner son vrai caractère ? c’est peu vraisemblable. Le temps a marché, et la sociabilité avec lui.

Qu’on aime à retrouver la sage réserve du religieux bénédictin à précipiter dans l’abyme Infernal ceux qui ne vivent pas dans le sein de l’Eglise catholique ! Oui, Hors de l'Eglise point de salut , c’est un principe inébranlable, c’est le fondement de la foi ; mais il est aussi de foi que Dieu est riche en miséricordes , qu’il peut jusqu’au dernier soupir de l’homme dévoyé laisser parler sa clémence , et qu’il n’appartient qu'au juge suprême de discerner ceux qui paraissent devant son tribunal avec le signe sacré du salut , d'avec ceux qui sont marqués du caractère de la réprobation.

Dans le catholicisme il n’y a de proscription que pour l’erreur, qu’anathème contre l’erreur, mais il y coule une source Inépuisable de compassion, d’espérance et de charité pour les errants. Plus on se rapproche de la vérité, plus on lui devient cher; plus on conserve des traces de l’enseigneqient du Verbe éternel, plus on est sûr de lui être agréable. Cependant il ne tolère jamais aucune espèce d’alliance entre Jésus-Christ et Bélial , aucune association avec la vérité et le mensonge; il cesserait d’être ce qu'il est , le dépositaire et le gardien des moyens du salut.

Il est douteux qu’aucun prêtre catholique portât aussi loin la condescendance que le bénédictin de Robinson. Il baptise lestement, et il laisse les néophytes entre les mains des Protestants pour être perfectionnés dans la sdeuce de l’Evangile. Il a beau dire qu’il existe une grande

Page 1