‹ RobRoyChapitre 20 sur 24 · HO^-ROT · texte numérisé non relu

HO^-ROT

chercher à dévoiler un mystère qu’elle m'avoit prié de ne pas approfondir ? «

La passion, l’iutérét et- la curiosité, sophistes spécieux', eurent, bientôt répondu à ces ques« dons. En démasquant cet hôte secret^ je ren> drois probablement service à sir Hildebrand , qui, ignoroit sans doute Tes intrigues qui se tramoient dans sa famille, et bien plus encore à -miss Vernon, que sa franchise et sa naïve simplicité exposoient à tant de dangers , eu entretenant des liaisons secrètes avec une f>ersonue dont peut-être elle ne connoissoit pas bien le caractère.. Si je semblois forcer sa confiance, c’étoit dans l’intention généreuse, et désintéressée (oui, j’allai même jusqu’à l’appeler désintéressée) de la guider, de la protéger et de la. défendre contre la ruse, contre la- fourberie, et siâ'tout contre le conseiller secret qu’elle avdit choisi pour confident. Tels étoient les arguments 'que ma volonté présentoit hardiment à ma conscience , * - et dont il lui sembloit qu’elle devoit se payer; tandis que ma conscience imitoit le marchand qui , entendant bien ses intérêts , se résigné à accepter un argent qu’il, est tenté de pe pas croire de bon aloi plutôt que de perdre une pratique. . • w. ' <

Pendant que jemarchoisà.grands pas, débattant le pour et le contre, je me trouvai tout à coup

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AOB-BOY.

prèstrAïuIré Fairservice, qui étoit planté comme un terme Rêvant une rangée de ruches d’abeilles, , dans l’attitude d’une dévote contemplation, épiant • ;l’un œil les mouvements de ces citoyens actifs qui rentroient en bourdonnant dans leurs petits ^ domaines, et l’autre fixé sur un livre de prières qu’une dévotion constante avoit privé de ses cornes , et rapproché de la forme ovale ; ce qui , joint à la couleur informe du volume, lubdonnoit un^air d’antiquité fort respectable.

• ÿ — Je lisois à part^ moi la Fleur du salut de John QuacUeben, dit André, fermant son livre à mon approche, et mettant par forme de marque de respect ses lunettes de cornes à l’endroit où il en étoit.

— -.Et il me semble, André, que les abeilles partageoient votre ^attention avec l’auteur sacré?

. — C’eSt, ui»e racte bien impie, reprit le jardinier : elles ont six jours dans la semaine pour ' ‘ essaitner; eh! bien non, il faut qu’elles attendent le jour du sabbat , et qu’elles empêchent le pau-^ vre monde d’aller entendre le sermon!; Ce n’est paà là l’embarras, il n’y a pas grand mal aujottrd’hui; car il n’y a pas eimie prédication à la chapelle de Graneagain

— Vous auriez pu aller, comme je l’ai fait, à ' l’église, paroissiale, André : vous y eussiez entendu un excellent sermpn. • T

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nOB-ROY. * ' ‘î^'j

' ' — Des os de perdrix froide , des os de perdrix froide, dit André, avec un ricanement dédaigneux, ’bqn pour des chiens, sauf le respect de votre honneur. Oui! j’aurois pu entendre le ministre chanter de toute sa force avec sa grande chemise blanche, et les rousidens jouer de leurs sifflets^ ça a 'plutôt l’air d’une nope de deux sous que d’un sermon. Dieu me préserve! J’aurois pu me donner aussi le plaisir’ d’eutendre Daddie Docharty marmotter sa messe ; je' m’en . serois trouvé beaucoup mieux, ’raa foi. ^

— Docharty! lui dis-je ( c’étoit le nom d’un vieux prêtre irlandais qui o£6cioit quelquefois à Osbaklistone-Hall). Je croyois que le pèreVaughan étoit encore au château ; il y étoit hier matin.

— Oui, reprit André; mais il est parti le soir pour aller à Greystock, ou quelque part paVlà. Il y a eu du mouvement et’^ du grabuge de ce côté. Ils sont aussi affairés que mes abeilles, Dieu me préserve de comparer jamais ces pauvres animaux à des papistes. Ah çà, à propos d’abeilles, savez-vous bien que voilà le second essaim qui part aujourd’hui? ah mon Dieu oui; le premier est parti dès la pointe du jbur; car il est bon que vous sachiez que je suis sur pied depuis cinq heures du mutin. Mais les voilà à peu près toutes rentrées; ainsi je souhaite à votre honneur le bonsoir, et les bénédictions du Ciel. -

* ^ nOB*BOY.

A ces mots André se retira, mais en s’en allant il se retourna souvent 'pour jeter un regard sur les rucBes. . ' ' ■’

J’avois obtenu indirectement d’André une information importante , c’étoit que le père'Vau- ■ghan n’étoit plus au châtean. Si j’apercevois de la lumière dans la bibliothèque, ce ne pouvoit donc pas être la sienne, ou bien il tenoit une conduite très -mystérieuse, et par conséquent suspecte. J’attendis avec impatience le coucher du soleil * ét le crépuscule. Iæ jour comrnençoit à peine à tomber que j’aperçus une foible clarté partir des fenêtres de la bibliothèque; à peine étoit-il possible de distinguer cette pâle lumière, qui se confondoit avec les derniers rayons d«i soleil couchant. Je la découvris néanmoins aussi promp-^ tement que le matelot égare aperçoit dans l’éloignement la prernjère lueur du fanal qui lui indique la course qu’il doit tenir. I^e doute, l’irrésolution, le sentiment des convenances, qui jusquelà avoient combattu ma curiosité et ma jalousie, s’évanouirent dès que l’occasion se présenta de satisfaire l’une et de motiver l’autre, ou, si je trouvoisque mes soupçons étoienl injustes, de ramener le calme dans mon cœur. Je rentre aussitôt dans la maison, et évitant jies appartements les plus fréquentés avec la précaution d’un homme qui médite un crime, j’arrive devant la bibliothé-

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que; la niaiu sw la serrure, j’hésite un instant;...

j’entends marcher, j’ouvre la porte et je

trouve miss Vernon seufe. ^

'Diana parut surprise : étoit-ce à cause de mon arrivée brusque et imprévue, ou par quelque motif, c’est ce que je ne pouvois deviner; elle parois- ‘ soit dans une agitation qui ne pouvoit être produite que par une émotion extraordinaire. Mais en un instant elle fut calme et tranquille; et telle est la force la conscience , que moi, qui venois pour la surprendre et la confondre, je restai tout surpris et confus.

— Qu’est-il arrivé? dit miss Vernon. Est-il'venu quelqu’un au château ? ' . ■

— Personne que je sache , répondis-je en bégayant; je venois chercher le Roland furieux.

— Il est sur cette table, me dit Diana, dont l’assurance redoubloit encore mon embarras.

En remuant deux ou trois livres pour prendre ' celui que je prétendois chercher, je revois à quelque moyen de faire une retraite honorable , ce qui dans ma position, et avec un adversaire aussi pénétrant que Diana, n’étoit pas chose facile, lorsque j’aperçus un gant d’homme sur la table: Mes yeux rencontrèrent ceux de miss Vernon, qui rougit aussitôt. •

•^C’est une de mes reliques, dit-elle en hésitant :* c’est un des gants de mon grand-père,

3pO • t HOB*KOT. ' «s. •

l’briginaldusuperbeportraitdeVandyck que VOUS admirez. ' • « * : , <

Coniinesi ellepensoitqVil falloit quelque chose de plus qu’une simple assertion pour lever tofas mes doutes, elle ouvrit un des tiroirs de la tâble, et t en tira un autre gant, qu'elle me jet». Quand un» persofinè naturellement franche et sincère veut se couvrir du voile dala'duplicité et de la dissimula-. tion,'la'gaucherie avec laquelle elle le porte, et lès peines qu’elle prend pour cacher s^ embaur ras, inspirent souvent des soupçons, et Font naître le désir de vérifier une histoire qu'elle ne débile que d’un ton foible et mal assuré. Je jetai un regard-sur les deux gants,- et je répondis gravement Ces gants «e ressemblent pour la brode-

rie, tnais miss Vernon voudra bien remarquer qu’ils ^ne peuvent former une paiK, puisqu’ils sonMous d^x de la main droite. V •«

* • Miss Vernon eÈl' mordit les lèvres de dépit

rougit de nouveau. ■ ' ■ ‘

— Vous faites bien de me confondre , de me démasquer , reprit-elle avec amertume. Il est des personnes qui eussent jugé, d’après ce que je disois, que je ne voulois point donner d’explication particulière d’une circonstance qui ne regarde 'personne, — surtout un étranger. Vous avez jugé mieux, et vous fn’avez fait sentir la bassesse de 1% duplicité, que j’ai toujours eue en horreur et

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ROB-Roy., t 3or

, que j’àbjure à^jainais.>|^'O’ai‘p 0 hit le talent 'de k dia&muktién ; c’eh uti rôle indigne de moi,' et que la nécessité seule a'pu me-jkire pre^fè un instant. Non, comme votre sagacité l’a bi^ découvejll, ce gant pas le pareil de celui que );e vous ai montré; il a(q>artient à un ami qui m’est * encore plus, cher que le tableau de Vandy^..... un ami dont les conseils me guideront toujours, .i.î un ami que j.’honore,.... un ami que Elle s’arifêta. *■ ■

— Que^f aime, veut dire sans doute^miss Ver^ non , m’écriai-je en m’efiforçant de cacher sous un ton ironique le dépit qui me rt»ngeoit. >»

, ' — Et quand je le dirois, reprit-elle ôèrement , quelqu’un a-t-il le- droit de contrôler mes affections? quelqu’un prétendra -t- il m’en demander raison? ’ . «

— Ce ne sera pas moi, assurément, miss Yernon, repris-je avec emphase,, car j’étois piqué à î mon tour; je vous prie de ne pas me supposer une semblable présomption, mais j’espère que miss Vernon voudra bien pardonner à.un ami, à une personne du moin^ qu’elle hbnoroit de ce titre, s’il prend la liberté de Jui faire observer.,..

— Ne me faites rien observer. Monsieur, ditelle avec véhémence , si ce n’est que je n’aime pas . les questions. Prétendez-vous vous établir mon juge ? je ne le souffrirai pas; et si vous n’êtes vend

3o2 ' ROB-ROY.

* . . . ■ - ■ • ici que pour ëpier ma conduite, l’amitié que vous *

dites avoir pour moi est une pauvre excuse pour votre incivile curiosité. ’ f

— -Je vous délivre de ma présence, dis-je avec une fierté semblable à la sienne; j’ai fait un rêve agréable, oh! oui, bien agréable, mais .aussi bien

trompeur, et mais nous nous entendons à

présent. , . ‘

J'allois sortir, lorsque ^nliss Vernon, dont^ les* mouveméntsétoient quelquefois si rapides, qu’ils sembloient presque un iostinct , se précipita de-.vant la porte, et me saisissant le bras, elle m’arrêta avec cet air d’autorité qu’elle savoit si bien prendre et qui contrastoit si singulièrement avec la naïveté et là simplicité de ses manières.

’ — Arrêtez, monsieur Frank, me dit-elle , noiis ne devons pas nous quitter ainsi; je n’ai pas assez d’amis pour que je puisse me résoudre à rayer de ce nombre même les ingrats et les égoïstes. Écoutez-moi , monsieur Frank , vous ne saurez jamais rien sur ce gant mystérieux.*Èt elle le prit à la main. Non rien. Pas un iota de plus que vous ne savéz déjà, mais qu’il ne soit pas un sujet de dis^' .corde entre nous. I^e séjour que je dois faire ici, -ajouta-t-elle d’un ton plus doux, sera nécessaire- ^ ^roent fort court; le vôtre doit l’être ‘encore da- vantage. Nous devons nous quitter bientôt pour ,jje "jamais nous revoir, ne noüs querellons "donc

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pas; que mes mystérieuses infurtunes né soient pas un prétexte pour mêler d’amertume le peu d’heures que nous avons encore à passer ensemble avant de passer sur l’autre rive de l’éteruité.

Je ne sais, Tresham, par quel charme, par quel sortilège cette charmante créature obtenoit un ascendant si complet sur un caractère que j’étois quelquefois moi-même incapable de maîtriser.

J’étois décidé, en entrant dans la bibliothèque, à demander une explication complète à miss Vernon. Elle l’avoit refusée avec une fierté insultante, elle m’avoit avoué en fece qu’elle me préféroit un rival; car quelle autre interprétation pouvoisje donner à la préférence qu’elle témoignoit pour son mystérieux confident ?Et cependant, lorsque j’étois sur le point de sortir de la chambre , et de rompre pour toujours avec elle, il^ne lui falloit que changer de ton , passer de celui de la fierté et du ressentiment à celui de l’autorité et du despotisme, tempérés e*i suite par l’expression de la flouceur et de la mélancolie , pour ramenerson humble sujet à sa place , aux dures conditions qu’elle lui imposoit.

— Que sert que je revienne, dis-je en m’asseyant ? pourquoi vouloir que je sois témoin de malheurs que je ne puis adoucir, et de mystères que c’est vous- offenser que de chercher à découvrir,? Quoique vous ne connôissiez pas encore Iç

3o4 BOBraOT.

monde, il estimpossible qu6k.vnus igpK>riez qi^ jeune personne ne peut avbir qu’ipt'' ançiû ^ savois qu’un de mes amis eût en secret pour|k|i tiersjune confiance .qu’il n’a pas pour moi, je ne pourvois m’empêcher d’être jaloux : mais de vous , miss Vernon, de vous.... ^

— Vous êtes jaloux , n’est-ce pas , dans toute la force du terme; mais, mon cher ami, vous ne faites que répéter ce que les niais apprennent par cœur dans les comédies et les romans, jusq^P^ qu’ils donnent à un sot^verhiage qne influence réelle sur leur esprit. Garçons, filles, tous babillent, babillent jusqu’à ce qu’ils soient amoureux, et lorsque leur amour est prêt à s’éteindre, ils se remettent à babiller et à se tourmenter jusqu’à ce qu’ils soient jaloux. Mais nous, Frank, qui^sommes des êtres raisonnables, nous ne devons parlerque le langage de la bonne ét franche amitié. Toute autre union entre nous est aussi impossible que si j’étoi| homme ou que;Vous fussiez femme. JPour parler sans détour, ajouta-t-elle après ûîi moment d’hésitation , quoique je veuille biei^ sacrifier encore assez aux- convenances po|^ rougir un peu de la clarté de^mon explication , nous ne pourrions pas nous marier, si nou^le voulions ; et quand même nous le pournonS, nè.üs ne le devrions pas. v-j. . •«

Upe rougeur angéKque coloroit son fropt, lors-

b, CDogle

ROB-TIOT

qu’elle me fit cette cruelle déclaration. Je me préparois à combattre ses arguments," oubliant jusqu’à mes soupçons qui venoieut d’être confirmés; maif elle me prévint, et ajouta avec une fermeté froide qui approchoit de la sévérité : — Ce que je dis est une vérité incontestable qu’il est impossible de réfuter; ainsi point de question,

je vous prie , nous sommes amis, M. Osbal-

distone, n’est-ce pas? Elle me tendit la main, et prenant la mienne : Et rien, non, jamais rien qu’amis.

Elle laissa tomber ma main, et voyant que je pouvois à peine maîtriser mon émotion , elle se hâta de changer de sujet. '

- •• — Voici, nie dit-elle, une lettre qui vous est adressée, mais qui, malgré les préventions dç la personne qui vous l’écrit, ne vous fut probablement' jamais parvenue si elle ne fût tombée entre les mains de mon petit Pacolet, ou nain magique, que, comme toutes les damoiselles infortunées des romans, je garde en, secret à mon service.

I.a lettre étoit cachetée, je l’ouvris, et jetai un coup d’œil sur le contenu. Le papier me tomba des mains , et je m’écriai involontairement : — Grand Dieu! ma folie et ma désobéissance ont ruiné mon père ! . '

Miss Vernon parut vivement alarmée, mais se remettant aussitôt : — Vous pâlissez , me dit-elle,

Rob-Rot. Tom. I.

3o6 , , ROB-Bcnf. ,

vous êtes malade', vous apporterai-je un verre' d’eau? Allons, M. Osbaldistone, soyez homme; qu’est-il arrivé? votre père n’est-il plus'?

— 11 vit , grâce au Ciel ? mais dans quel embarras, dans quelle détresse !

— Est-ce là tout ? ne désespérez pas. Puis-je lire cette lettre, dit-elle en la ramassant.

J’y consentis, sachant à peine ce que je disois. Elle la lut avec la plus grande attention.

— Quel est ce M. Tresham , qui signe la lettre. — L’associé de mon père ( votre bon père , mon cher William), mais il n’est pas dans l’habitude de prendre aucune part aux affaires' du commerce. • '

— Il parle ici de plusieurs lettres qui vous ont déjà été écrites. . , •

— Je n’en ai reçu aucune, répondis-je.

— Et il paroît, ajouta-t-elle, que Rashieigh, que votre père avoit mis à la tête de toutes ses affaires avant son départ pour la Hollande, a quitté Londres depuis quelques jours pour passer en Ecosse, emportant avec lui des effets montant -à une somme considérable , et destinés à acquitter des billets'souscrits par votre père au profit de différentes personnes de ce pays. -<;►

— H n’est que trop vrai.,

— On dit encore dans la lettre que n’ayant plus . entendu parler de Rashieigh , on a envoyé le pre-

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mier commis > un nommé Owen, à Glascow, pour tâcher de le découvrir, et l’on finit par vous prier de vous rendre aussi dans cette ville, et de l’aider dans ses recherches.

— -Oui, et il faut que je parte à l’instant.

^ — Écoutez , dit miss Vernon, il me semble que le plus grand m:dheur qui puisse résulter de tout cela sera la perte d’une certaine somme d’argent, et j’aperçois des larmes dans vosyeux! fi,M. Osbaldistone!

— Vous me faites injure, miss Vernon , répondis-je, ce n’est point la perte de ma fortune qui m’arrache des larmes; c’est l’effet qu'elle produira sur l’esprit çt sur la santé de mon père, à qui l’honneur est plus cher que la vie. S’il se voit dans l’impossibilité de faire face à ses engagemens , iP® éprouvera le même regret, le méme^ désespoir qu’un brave soldat qui a fui une fois devant l’ennemi, qu’un honnête homme qui a perdu son rang et sa réputation dans la société. J’aurois pu prévenir tous ces malheurs si je n’avois pas écouté un vain orgueil, une indolence coupable qui m’a fait refuser de partager ses travaux , et de suivre ' comme lui une carrière aussi utile qu’honorable. Grand Dieu! comment réparer à présent les funestes conséquences d^mon erreur !

— En vous rendant de suite à Glascow, comme '

TOUS en êtes instamment prié par l’ami qui vous écrit cette lettre.

— Mais si Rashleigh a véritablement formé l’infâme projet de ruiner sou bienfaiteur, quelle apparence que je puisse trouver quelque moyen de déjouer un plan si profondément combiné?

— La réussite n’est pas certaine, je l’avoue; mais d’un autre côté, vous ne pouvez rendre aucun service à votre père en restant ici. Rappelez - vous que si vous aviez été au poste qui vous étoit destiné, ce désastre ne serait pas arrivé; courez à celui qu’on vous indique à présent, et tout peut' se réparer; attendez, ne sortez pas’ ae cette chambre que je ne sois revenue. . , .

Elle me laissa en proie à l’étonnement et à la ^fenfusion, au milieu de laquelle je pouvois pourtant trouver un intervalle lucide pour admirer la fermeté, le sang-froid et la présence d’esprit que miss Vernon possédoit toujours, même dans les crises violentes et inattendues.

Elle revint quelques minutes après, tenant à la main un papier plié et cacheté comme une lettre, mais sans adresse: — Je vous remets, me ditelle, cette preuve de mon amitié, parce que j’ai la plus parfaite confiance en votre honneur. Si j’ai bien compris la lettre ^ui vous est écrite, les fonds qui sont en la possession de Rashleigh doi-

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vent être recouvrés le 12 septembre; afin qu’ils puissent être appliqués au paiement des billets en question ; et si vous poqvez y parvenir avant cette, époque, le crédit de votre père ne court aucun danger. *

‘ — Il est vrai; la lettre *de M. Tresham est fort claire. Je la lus encore une fois, et ajoutai : il n’y a pas l’ombre d’un doute.

. — Eh bien« dit miss Vernon, dans ce cas, mon petit Pacolet pourra vous être utile. Vous • avez entendu parler d’un charme magique contenu dans une lettre. Prenez ce paquet; s’il vous est possible de réussir par d’autres moyens et . d’obtenir la remise des effets 'que Rashleigh a ' emportés, je compte sur votre honneur pour le brûler sans l’ouvrir; sinon, vous pouvez rompre le cachet dix jours avant l’échéance des billets que votre père a souscrits, et vous trouverez des renseignements qui pourront vous être utiles. Adieu, Frank , nous ne nous reverrons plus; mais pensez quelquefois à votre amie Diana Vernon.

Elle me tendit la main, mais je la serrai elle- , même contre mon cœur. Elle soupira en se dégageant de mes bras, s’échappa par la petite porte qui conduisoit à son appartement ^t je ne lavis plus. ‘ „

,AOB-BOT.

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