‹ RobRoyChapitre 23 sur 24 · R OÙ · texte numérisé non relu

R OÙ

VÉpoutt en deuH.

M’algré l’impatience de mon guide, je ne pus m’empèher de m’arrêter pour considérer pendant quelques minutes l’extérieur de l’édifice, rendu plus imposant par la solitude où nous laissèrent * les portes en se fermant après avoir, pour ainsi dire, dévoré la multitude qui tout à l’heure remplissoit le cimetière, et dont les voix, se mêlant en chœur, nous annonçoient les pieux exercices du culte. Le concert de tant de voix, auxquelles la distance donnoit une véritable harmonie, en ' ne laissant point parvenir à mon oreille les discordances qui l’eussent blessée de plus près, le ruisseau qui y roêloit son murmure, et le vent gémissant entre les vieux sapins, tout me paroissoit sublime. La nature, telle qu’elle est invoquée par le Roi -Prophète dont on chantoit les psaumes, sembloit aussi s’unir aux fidèles pour offrir à son créateur cette louange solennelle dans laquelle la crainte et la joie se confondent. J’ai entendu en France, le service divin

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célébré avec tout l’éclat que la plus belle musique, les plus liches costuiBes, les plus imposantes cérémonies pouvoient lui donner. JVIais la > simplicité du culte presbytérien a produit sur moi bien plus d’effet : ce concert d’actions de grâces m’a paru si supérieur à la routine du chaiU dicté aux musiciens, que le culte écossais me semble avoir tous les avantages de la réalité sur le jeu d’un acteur.

Comme je restois à écouter ces accents solen- ^ iiels, André, dont l’impatience devenoit importune, me tira parla manche: — Venez, Monsieur, venez donc, nous troublerons le service si nous entrons trop tard, et si les bedeaux nous trouvent à nous promener dans le cimetière pendant l’office divin , ils nous arrêteront comme des vagabonds, et nous conduiront au corps -de -garde.

D’après cet avis, je suivis mon guide; mais comme je me disposois à entrer dans le choeur de la cathédrale : — Par ici. Monsieur, s’écria-t-il, par cette porte. Nous n’entendrions là-haut que des discours de morale aussi insipides qu’une feuille de rue à Noël. Descendez, suivez -moi, c’est ici que nous goûterons la saveur de la vraie doctrine.

Il me conduisit alors vers une petite porte cintrée, gardée par un homme à figure grave qui sembloit sur le point de la fermer au verrou ,

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et nous ^scendîmes un escalier par lequel nous, arrivâmes sous l’é^^e , local qu’on avoit choisi , je ne sais pourquoi , pour l’execiâce du culte presbytérien.

Figurez -voiis , Tresham, une longue suite de Boutes sombres et basses, semblables à celles qui servent aux sépultures dans d’autres pays, et consacrées ici depuis long- temps- i cet usage. Une partie avoit été convertie en église, et l’on y avoit placé des bancs. Cette partie des voûtes ainsi occupée, quoique capable de contenir une congrégation de plus de mille personnes, n’étoit point proportionnée avec les caveaux plus sombres et plus vastes qui s’ouvroient autour de ce qu’on pourroit appeler l’espace habité. Dans ces régions désertes de l’oubli, de sombres bannières et des écussons brisés indiquoient les tombes de ceux qui avoient sans doute été autrefois les princes d’Israël , et des inscriptions que pouvoit à peine déchiffrer l’œil du laborieux antiquaire, invitoient le passant à -prier Dieu pour le» âmes de ceux dont elles couvroient les dépouilles mortelles.

Dans ces retraites funèbres, où tout relraçoit l’image de la mort, je trouvai une nombreuse assemblée s’occupant de la prière. Les presbytériens écossais lie tiennent debout pour remplir ce devoir religieux , sans doute pour annoncer publiquement leur éloignement pour les formes. du

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rituel romain ; car lorsqu’ils prient dans l’intérieur de leur famille ils prennent la posture que tous les autres chrétiens ont adoptée pour s’adresser à la Divinité, comme étant la plus humble et la plus respectueuse. C’étoit donc debout, et les hommes la tète découverte, que plus de deux mille personnes des deux sexes et de tout âge écoutoient, avec autant de respect que d’attention , la prière qu’un ministre, déjà avancé en âge et très-ainié dans la ville, adressoit au Ciel; peut-être étoit-elle improvisée , mais du moins . elle n’étoit pas écrite

Elevé dans la même croyance, je m’unis sérieusement à la piété générale* et ce fut seulement lorsque la congrégation Vassit sur les bancs que mon attention fut distraite.

A la fin de la prière la plupart des hommes mirent leur chapeau ou leur bonnet , et tout le monde .s’assit, c’est-à-dire tous ceux qui avoient le bonheur d’avoir des banCs, car André et moi, qui étions arrivés trop tard pour nous y placer,

’ ^ J’ai y ainetnent cherché le nom de cet ecclésiastique. Je ne

désespère pas cependant de voir ce point et quelques autres qui échappent à ma sagacité , éclairés par une des publications périodiques qui ont consacré leurs pages à commenter ces volumes , et dont les recherches et les bonnes intentions méritent "ma gratitude particulière, comme ayant découvert plusieurs personnes et plusieurs faits liés à mes récits, mais auxquels je n’avois même pas songé.

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restâmes debout de même qu’un grand nombre de personnes , formant ainsi une espèce de cercle autour de la partie de la congrégation qui étoit assise. Derrière nous étoient les voûtes dont j’ai ‘déjà parlé, et nous faisions fecfe aux fidèles assemblés, dont les figures tournées du côté du prêcheur étaient à demi éclairées par le jour ,que donnoient tleux ou trois fenêtres basses de forme gothique.

A la faveur de cette cl irté, on distinguoit' la tliversité des visages tournés vers un pasteur écossais dans une occasion semblable. Presque tous portoient le caractère de l’attetUion , si ce n’étoit quand un père ou une mère rappeloit les reganls distraits d’un enfant trop vif^ou interrompoit le sommeil de celui qui étoit assoupi. La physionomie» austère et prononcée de la nation , exprimant presque partout l’intelligence et la ruse, est observée avec plus d’avantages dans les actes de la piété ou dans les rangs de la guerre, que dans les réunions d’un intérêt moins sérieux. Le discours du prédicateur étoit bien propre à exciter ies divers sentiments de l’auditoire ; l’âge et les infirmités avoient affoibli son organe, naturellement sonore. Il lut son texte avec une prononciation mal articulée ; mais quand il eut fermé la Bible pt' commencé le sermon, soii ton s’affermit, sa

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véhémence l’entraîna ; et il se fit parfaitement entendre de tout son auditoire. Son discours rouloit sur les points les plus- abstraits de la doctrine chrétienne, sur des sujets graves et si profQiids qu’ils sont impénétrables à la raison humaine, et qu’il cherchoit pourtant à expliquer par des citations tirées des écritures. Mon esprit n’étoit pas disposé à,4e suivre dans tous ses raisonnements, il y en avoit même quelquesuns qu’il m’étoit impossible de comprendre.

Cependant l’enthousiasme du vieillard faisoit grande impression sur ses auditeurs , et rien n’étüit plus ingénieux que sa nlanière de raisonner. L’Écossais se fait remarquer par son intelligeijice beaucoup plus que par sa sensibilité, aussi la logique agit- elle sur lui plus fortement que la rhétorique , et il lui est plus ordinaire de s’attacher à suivre des raisonnements serrés et abstraits sur un pobit.de doctrine, que de se laisser entraîner par. les mouvements oratoires auxquels ont recours les prédicateurs dans les autres pays, pour émouvoir le cœur, mettre en jeu les passions, et s’assurer la vogue.

1 Parmi le groupe attentif, que j’avois sous les yeux , on distinguoit des physioinoinies ayant la même expression que celles qu’on remarque dans le fameux carton de Raphaël , représentant saint Paul prêchant à Athènes.' Ici les sourcils

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froncés d’un zélé calviniste annonçoient le zèle et l’attention; ses lèvres légèrement coraprimées, ses yeux fixés sur le ministre sembloient partager avec lui le triomphe de ses arguments.

Là, un autre, d’un air plus fier et plus sombre, affichoit son mépris pour ceux qui doutoient 4es vérités qu’annonçoit son pasteur, et sa joie , des châtiments terribles dont il les menaçoit. Un troisième qui n’appartenoit peut-être pas à la congrégation, et que le hasard seul y avoit amené, paroissoit intérieurement occupé d’objections, et un mouvement de tète presque imperteptible trahissoit les doutes qu’il concevoit. Le plus grand nombre écoutoit d’un air calme et satisfait qui exprimoit le mérite qtt’ilsise faisoient de leur présence, et de l’attention qu’ils doanoient à un discours qu’ils n’étoient peutêtre pas en état de comprendre. Presque toutes les femmes faisoient partie de cette dernière dit vision de l’auditoire. Cependant les vieilles paroissoient écouter plus attentivement la doctrine abstraite qu’on leur développoit, tandis que les plus jeunes permettoient quelquefois à leurs regards de se promener modestement sur toute l’assemblée, et je crus même, Xresham, si m«( vanité ne me trompoit point, que quelques-unes d’entre elles reconnurent votre ami pour^uii anglais , et le distinguèrent comme un jeûne

homme passablement tourné. Quant au reste de la congrégation, les uns ouvroient de grands yeux, bâilloient ensuite et finissoient par s’endormir, jusqu’à ce qu’un voisin scandalisé réveillât leur attention en leur pressant fortement le pied ; les autres chercboient à reconnoître les personnes de leur connoissance , sans oser donner des sig’nes trop marqués de l’ennui qu’ils éprouvoient. Je reconnoissois çà et là, à' leur costume , des montagnards dont les veux se portoient successivement sur tout l’auditoire, avec un air de curiosité sauvage, sans s’inquiéter de ce que disoit le ministre, parce qu’ils n’eutendoieut pas la langue dans laquelle il parloit , ce qui sera , j’espère , une. excuse suffisante pour eux. L’air martial et déterminé de ces* étrangers ajoutoit à cette réunion un caractère qui , sans eux", lui auroit manqué. André me dit ensuite qu’ils étoient en ce moment en plus grand nombre que de coutume à Glascôw, parce qu’il y avoit dans les environs une foire de bestiaux.

Telles étoient les figures du groupe rangé sur les bancs de l’église souterraine de Glascow, et que présentoit à mon inspection critique le' jour imparfait qui , pénétrant à travers les vitraiix gothiques, éclairoit la congrégation attentive, et alloit se perdre dans la solitude des dernières

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voûtes avec les ombres des piliers semblables à' un labyrinthe interminable. •

J’ai déjà dit que je me trouvois debout dans le cercle extérieur, le visage tourné vers le ministre, et le dos aux voûtes dont j’ai plus d’une fuis parlé. Cette position exposoil mon attention à de fréquentes éclipses, car le plus léger bruit qui se faisoit sous ces sombres arcades, y étoit répété par mille échos. Je tournai plus d’une fois la tète île ce côté ; et quand mes yeux preuoient cette direction, je trouvois difficile de les en faire changer, tant notre imagination trouve de plaisir à découvrir les objets qui lui sont cachés, et qui n’ont souvent d'intérêt que parce qu'ils sont inconnus ou douteux. Je finis par habituer ma vue à l’obscurité dans laquelle , je' la dirigeois, et insensiblement je pris plus d’intérêt aux découvertes que je faisois dans ces retraites obscures qu’aux subtilités métaphysiques dont le prêcheur nous entretenoit.

Mon père m’avoit plus d’une fois reproché cette légèreté dont la source venoit peut-être d’une vivacité d’imagination - qui n’appartenoit point à son caractère. Je me rappelai qu’étant 4 enfant, lorsqu’il me conduisoit à la chapelle entendre les instructions de M. Shower, il me recomraandoit toujours de bien les écouter et ^de

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'.les mettre à profit. Mais en ce moment le souvenir (les avis de mon père ne me donnoit que de nouvelles distractions, en me fais.mt songer à ses affaires et aux dangers qui le menaçoient. Je dis à André, du ton le plus bas possible, de s’informer à ses voisiné si M. Éphraïm Macvittie se trouvoit dans l’église; mais André, tout attentif au sermon , ne me répondoit qu’en me poussant du coude pour m’avertir de garder lesilence. Je reportai donc les yeux sur les auditeurs pour voir si , parmi toutes les figures qui , le cou (tendu, se dirigeoient vers la chaire comme vers un centre d’attraction, je pourrois reconnoître le visage paisible et les traits imperturbables d’Owen; mais, sous les larges chapeaux des citoyens dé Glascow et sous les bonnets serrés des paysans du Lanarksbire, je ne vis rien qui ressemblât à la perruque bien poudrée, aux manchettes empesées et à l’habit complet couleur de noisette , marques distinctives du premier commis de la maison de banque Osbaldistone et Tresham. Mes inquiétudes revinrent avec une nouvelle force , èt je résolus de sortit de l’église afin de pouvoir demander aux premières personnes qui en sortiroient si elles y avoient vu M. Éphraïm Macvittie. Je tirai André par la manche, et lui dis que je voulois partir;’ mais André montra dans l’église de Glascow la

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même opiniâtreté dont il avoit fait preuve sur^ les montagnes de Chéviot, et ce ne fut que lorsqu’il eut reconnu l’impossibilité de me réduire au silence sans me répondre qu’il voulut bien m’informer qu’une fois entré dans l’église nous ne pouvions en sortir «vaut la fin de l’office, attendu qu’on en fermoit la porte au commencement lies prières, afin que les fidèles ne fussent pas distraits de leur dévotion. Après m’avoir donné cet avis en peu de mots, et d’un air d’humeur, il reprit son air d’importance et d’attention critique. ^

' Je m’efibrçois de faire de nécessité vertu et d’écouter aussi le sermon, quand je- fus interterrompu d’une manière bien singulière. Quelqu’un me dit à voix basse, par-derrière : — -Vous ‘courez des dangers dans cette ville.

J’étois appuyé d’un côté contre un pilier, j’avois André de l’autre, je me retournai brusquement, et je ne vis derrière nous que quelques ouvriers. Un seul regard jeté sur eux m’assura que ce n’étoit aucun d’eux qui m’avoit parlé. Ils étoient entièrement absorbés dans l’attention qu’ils donnoient au sermon , et ils ne remarquèrent même pas l’air d’inquiétude et d’étonnement avec lequel je les regardois. Le pilier •massif près duquel je me trouvois pouvoit avoir caché celui qui m’avoit parlé à l’instant où il

venoit me donner cet avis mystérieux. Mais par quT m’étoit-il donné? pourquoi choisissoit • on cet endroit? quels dangers pouvois-je avoir à craindre? C’étoient autant de questions sur la solution desquelles mon imagination se perdoit en conjectures. Me retournant du côté du prêcheur, je fis semblant dè^’écouter avec la plus grande attention. J’espérois par -là que la voix mystérieuse se feroit encore entendre, dans la crainte de ne pas avoir été entendue la première fois.

Mon plan réussit. Avant que cinq minutes se fussent écoulées , la même voix me dit tout bas : — Écoutez , mais ne vous retournez pas.

Je restai immobile.

— Vous êtes en danger dans cette ville , reprit la voix, et je n’y suis pas moi- même en sûreté. Rendez î vous à minuit précis sur le pont, vous m’y trouverez : jusque-là restez chez vous et ne vous montrez à personne.

La voix cessa de se faire entendre, et je tournai la tête à l’instant. Mais celui qui parloit avoit fait un mouvement encore plus prompt, et s’étoit vraisemblablement déjà glissé derrière le pilier. 'J’étois résolu à le découvrir s’il étoit possible, et me retirant du dernier rang des auditeurs , je passai aussi derrière le pilier. Je n’y trouvai personne , et j’aperçus seulement quelqu'un

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couvert d’un mantea.u dont je ne pus distinguer la couleur, qui traversoit comme une ombre la solitude des voûtes que j’ai décrites.

Je m’avançai pour poursuivre l’étre mystérieux qui se glissa et disparut sous les voûtes comme le spectre d’un des morts nombreux qiii reposoient dans cette enceinte. Je n’avois guère l’espoir d’arrêter dans sa fuite celui qui étoit si déterminé à éviter une explication avec moi ; mais tout espoir fut perdu quand j'avois à peine fait trois pas en avant. Mon pied se heurta contre un obstacle inaperçu et je tombai. L’obscurité qui étoit cause de ma chute me fut du moins favorable dans ma disgrâce; car le prédicateur, avec ce ,ton d’autorité que prennent les ministres presbytériens pour maintenir l’ordre parmi leurs auditeurs, interrompit son discours pour ordonner aux bedeaux d’arrêter celui qui venoit de troubler la congrégation. Comme le bruit ne dura qu’un instant, on ne jugea probablement pas nécessaire, d’exécuter cet ordre à la rigueur, ou l’obscurité qui avoit causé mon accident couvrit aussi ma retraite , et je regagnai mon pilier sans que personne prit garde à moi. Le prédicateur continua son sermon, et il le termina .sans nouvel événement.

Comme nous sortions de l’église avec le reste de la congrégation , voyez , me dit André qui

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avt)it retrouvé sa langue, voilà le digne M. Macvittie, Mistress Macvittie, Miss Alison Macvittie, et M. Thomas Madin qui va, dit-on, épouser Miss Alison , s’il joue bien son jeu. Elle n’est pas très -jolie; mais elle sera bien dotée.

Mes yeux suivant la direction qu’il m’iudiquoit se fixèrent sur M. Macvittie. C’étoit un homme âgé , grand , sec , ayant des yeux bleus enfoncés dans la tète, de gros sourcils gris, et, à ce qu’il me parut, un air dur et nue physionomie sinistre qui me donnèrent malgré moi de la prévention contre lui. Je me souvins de l’avis qui m’avoit été donné dans l’église de ne me montrer à personne^ et je balançai à m’adresser à lui, quoique je n’eusse aucun motif raisonnable pour redouter aucun danger' de sa part, ou pour le regarder comme suspect.

J’étois encore indécis quand André, qui prit mon itKertitude pour de la timidité, s’avisa de m’encourager. Parlez- lui, monsieur Francis, me dit-il, parlez-lui. Il n’est pas encore prévôt de Glascow, quoiqu’on dise qu’il le sera l’année prochaine. Parlez-lui, vous dis-je, il vous répondra civilement, pourvu que vous n’ayez pas d’argent à lui demander, car on dit qu’il est dur à la desserre. ^

Je fis sur-le-champ la réflexion que si ce négo- * ciant étoit aussi avare et intéressé qu’André me

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le représentoit, j’avois peut-être quelques précautions à prendre avant de me faire connoître à ' lui puisque j’ignorois si mon père se trouvoit son débiteur ou son créancier. Cette considéra-, tion , jointe à l’avis mystérieux que j’avois reçu,, et à la répugnance que sa physionomie m’avoit inspirée , me décida à attendre au moins le lendemain pour m’adresser à lui. Je me bornai donc à charger André de passer chez M. Macvittie, et <l’y demander l’adresse d’un Anglais nommé Owen qui devoit être arrivé à Glascow depuis quelques jours, lui recommandant bien de ne pas dire qui lui avoit donné cette commission, et de m’apporter la réponse à l’auberge où nous* étions logés. Il me promit de s’en acquitter. Chemin faisant, il m’entretint de l’obligation où étoit tout bon chrétien d’assister à l’office du soir; mais. Dieu me préserve! ajouta-t-il avec * sa causticité ordinaire, les gens qui ne peuvent se’tenir tranquilles sur leurs jambes, et qui vont se les casser contre les pierres des tombeaux comme s’ils en vouloient faire sortir les morts, font aussi bien de rester au coin de leur feu. ^

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