‹ Rochefort?Chapitre 55 sur 112 · XIII. — Examen de l'afifaire Esterhazy · texte numérisé non relu

XIII. — Examen de l'afifaire Esterhazy

Nous arrivons à l'affaire Esterhazy.

L'historique en est connu de tous.

Passons surtout sur les histoires de la femme voilée et les faux «Speranza », destinés à perdre, comme lia été prouvé, le lieutenant-colonel Picquart.

Viennent les histoires d'Ësterhazy et de Tétat-major.

D'après M. Bard, tout prouve que Tétat-major protégeait, voulait sauver Esterhazy , au moment où on l'accusait d'avoir écrit le bordereau.

Les papiers saisis font apparaître cette protection, de telle sorte qu'on n'en peut plus douter.

M. Bard dit qu'il n'était pas protégé seulement par M. daPatyde Clam, par le lieutenant-colonel Henry, ^i avaient une œuvre à défendre, mais encore par tous les officiecs qui eurent à s'occuper de lui : par l'officier enquêteur d'abord, le général de Pellieux ; par M. Ravary; ensuite, par le conseil de guerre, qui l'a jugé dans <ie8 conditions spéciales.

XlV. La production du faux Henry aux « officiers mêlés à l'acquittement iVËsterhazy sa dominé l'attitude de ces officiers, •^atis le procès Esterhazy.

D'où venait cette attitude? Pourquoi tant de manmétude?

« Cest qu'il ne faut pas oublier, dit M, Bard, que l'enquête du général de Pellieux, que le rapport de V^ Havary et qUe le jugement des membres du conseil

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de guerre ont été dominés par la production, aux yeuï de tous ceux qui auraient pu douter, de la fameusepièce. qui dénonçait Dreyfus, du faux Henry. »

M. Bard rappelle l'importance exceptionnelle qoe l'on attachail à cette pièce, les déclarations des généraux à la Gour d'assises et les déclarations de M. Cavaignac, ministre de la gnerre, à la tribune.

Dana ces conditiona, dit le rapporteur, mettez-Tous pwlt pensée k la place de ces soldats : tout ce qu'on pourra dire contre Eaterhaij ne pourra serTir h l'Innocence de Drejbs.

XV. Brouillon saisi chez Bsterhazy : < Comment ni Chiraia; ni VariDard D'oat-ils pas conclu pour moi, dans les leiires B»!' lancy?»

Cependant on a démeati les lettres à madame Banlancy où la France est ioEaltée par un officier Tranç^is, et, pour ces lettres comme pour le bordereau, 1 veaux experts vont avoir à se prononcer.

Esterbazy n'est pas tranquille. j

Le rapporteurnous lit quelques brouillous de leltrH

saisis chez le commandant. j

Que dois-je faire demain, puisque les experts ne vealea^ pas conclure comme tous le pensiez^ dit-il dans un lettres adressées à un officier qu'on ne nomme pas.

Dois-je demander, comme Tèzenas le voulait tout l'expertise ayec l'écriture Drejfus et reparler du décalipit!

Comment ni M. Charavay ni M. Varinard n'ont-ila p conclu pour moi dans les lettres Houlaocj?

Ce Belhomme est complètement gâteui, c'est ïisible-

Dois-je exiger la contre- expertise Bertilion ? Que faire' tous ces gens m'assassinent. :

Ne peut-on pas démontrer à Uelhomme et aux experlsq»! je n'ai pas pu écrire les termes de la grande lettre 4 la iio^^ lancjî

Quand le commandant est acquitté, poursuit le rap porteur, il reçoit une lettre de félicitations du lieuteaaol

-, ^T- TBiOtv . -;«TT^ 7-^ • J«Wr-T» SS^-W-^V*'-» ^^ "

colonel du Paty de Glaoi, et, quelques jours plus tard, : il va demander au lieutenant-colonel Henry de Tassister { dans une affaire d^honneur.

2VI. — Lettre d'Esterhazy au ministre de la guerre, du 14 septembre 1898 : « Suivant l'intérêt que le gouvernement croyait y avoir, j'ai dû, tantôt être déclaré innocent, tantôt ô^e reconnu coupable. » — « Tézenas a eii des entrevues avec le ministre de

lagaerre. »

Ëofio, avant de quitter la France pour se réfugier en Angleterre, le commandant latnce le trait du Parthe : il écrit au niinistre de la guerre :

Paris, 14 septembre 1898.

Monsieur le ministre.

Pendant ma détention, j'^ai dû, suivant Tintèrêt que le gou- ▼ernement croyait y avoir, tantôt être déclaré innocent, tantôt être reconnu coupable, et ce n'est qu'à la fin, quand j'ai fait comprendre, par l'intermédiaire de mon avocat, que M. Picquart se portait partie civile et allait compromettre bien plus haut que moi, que, brusquement, Faction gouvernementale, ainsi que disait sans grande vergogne M. Gavaignac, s'est fait définitivement sentir dans le sens que vous lavez aussi bien que moi.

Mais, dans les entrevues que M. Tézenas avait eues à diverses reprises tant avec le ministre lui-même qu'avec celui en qui il avait confiance, et qui lui a fait commettre de graves erreurs, on n'avait pas caché à M. Tézenas qu'on avait résolu ma perte d'une façon absolue et qu'on ne reculerait devant rien pour y -arriver. . .

J'ai, par respect pour la robe, gardé jusqu'ici ce que j'auîais à dire; mais, informé de ce qui se produit, je vais être, à mon très réel regret, obligé, monsieur le ministre, de sortir Ida silence que j'étais résolu à garder.

Après tout ce que j'avais supporté et souffert, il fallait au moins me laisser prendre la retraite que le gouvernement précédent s'était engagé à me donner.

On a agi vis-à-vis de moi avec tant de lâcheté et de bêtise ^*on a donné l'ordre d'être pour ou contre moi ; la magis-

LYRE DEUSiâHE

meot dans toat cela un râle honteui

igébondene pas tous préreDir,tnon aotea que j'ai adressées, j'ai teno i

894 ont codcId k nue dissimnt&tioD à'étout en rattriboant à Dreyfus. — Ceui tcritare d'Eaterliazy. ~ Pourquoi le boriTgé 1, comme s'il s'&gUsait d'na testalit nouveau en fateur de V

:ite son avis sur les expertises :

;b expertises de 1891, le rapporteur conctuaieat & une dissimulation d'éint cette écriture à Drejfus, ce qui données les circonstances dans le»ir avis.

itraire, ont conclu que le document , [naissant que t'écritnre offrait une lielle d'Esterha2y

Dt forgé, comme s'il s'agissait d'nnl , à ordre î

quel but il aurait été ainsi fabriqua.

Dé ni daté.

lelqu'un î I

pporte pas l'examen. ,

de 1897 constitue des pièces incon- !

[894 et rentre, par ce côté aussi, dans I e l'article 443.

été condamné parce qu'on l'accusait Dt oïl son écriture était dissimulée. , affirment que cette écriture est celle

alure à établir l'innocence dn pr^ e natore à établir cette innocence, |

-iTîi.-F'v^cs tï.-'i*--"^-' ïTVi-'.tr^-'rfWf-TKïT^îifvyjnijiw.j^if 7 y, '

XVIII. ~ Le faux Henry« — Sténographie des aveux dû faussaire

au ministre de la guerre.

Passant aa faux Henry.

Le conseiller rapporteur fait remarquer que» le surlendemain du jô(ir où le général de Pellieux en affirma l'authenticité en cour d^assises, le lieutenant-colonel Picquart a déclaré, qu'il constituait un faux.

H. Bard rappelle que c'est cependant cette pièce qui a ^té lue à la tribune.

Son authenticité a été affirmée par M. G^vaignac.

H. Gavaignac, cependant, a été amené à en reconnaître le vrai caractère, et, ici, lecture est donnée du procès-verbal de l'interrogatoire du lieutenant-colonel Henry.

Voici la sténographie complète de ce document :

Le ministre. — Quand et comment avez-vous reconstitué la pièce de juin 1894? Quand et comment a?ez-vous reconstitaé la pièce de 1896 ?

Hbnry. — J'ai reçu la première pièce au mois de juin 1894 ; c'est moi qui l'ai reconstituée, comme la plupart des pièces ayant la môme origine quand elles étaient écrites en français. ieTai datée, au moment où je l'ai reçue. Quant à la pièce de 1896, je l'ai reçue, la veille de la Toussaint, et je l'ai reconstituée moi-même ; j'y ai mis la date, moi-même.

Le MINISTRE. — N'avez-vous jamais décollé, puis reconstitué la pièce de 1894?

Henrt. — Je n'ai jamais décollé et recollé cette pièce. Pourquoi l'aurais-je fait ? C'était une pièce sans importance. Elle avait été classée au dossier de l'année 1894. Je suis absolument sûr de ne l'avoir pas décollée ; du reste, je ne décolle jamais les pièces.

Le ministre. — Gardez- vous quelquefois des morceaux de papier sans les reconstituer ?

Henrt. — Quelquefois, pendant un certain temps, le temps de débrouiller un peu ce que sont ces papiers ; mais je ne ïne rappelle pas avoir gardé de morceaux de papier en vrac, pendant plus de huit ou dix jours.

Le ministre, -r Aviez- vous eu la pièce de 1896 en main, après le moment où vous l'avez remise au général Gonse?

' Henrt. — Jein'ai jamais eu la pièce de 1896 entre les mains, depuis le moment où je l'ai remise au général Gonse. Le MiNiSTitB. — Comment pouvez-Tous expliquer alors <]!ie la piècetde 1 894 contienne des morceaux appartenant & celle de 1896 etrËciproquementT

Henry. — Je ne peux pas l'expliquer : cela me paraît IdI' possible. Hatériellcment, la pièce de 4896 n'est jamais sorlie des mains du général Gonse. Quanta celle de 1S94, donlTom connaissez l'existence aux archives, je l'ai recherchée, quelques jours après moÏt remis l'autre au général Gonse. A ce moment, on ne savait pas où elle était : j'ai dû la rechercher.

Le ministre. — Ce que tous dites n'est pas possible. [I j * une preuve matérielle que certain» morceaux ont été inlerchangés. Comment l'expliquez-vons î

Henry. — Comment j'explique le fait? Mais, s'il existe, c'est que j'aurai fait moi-même l'intercalation. le ne peai pourtant pas dire que j'ai fabriqué une pièce que je n'ai pas fabriquée ! Il aurait aussi fallu fabriquer l'enveloppe. Com- ' ment cela a-t-il pu se produire ?

Le ministre. — Le fait de l'intercalation est certain.

Hknky. —J'ai reconstitué les papiers, tels que je les aîre;us.

Lb hihistbb. — Je vous rappelle que rien n'est plus gra« pour vous que l'absence de toute explication. Dites-nnoi ce qui s'est passé. Qu'avezrvous tait ¥

Hrnri — Que voulez-vous que je voos diseî

Le ministre. — Que vous me donniez une explication.

Hbnrt. — Je ne peux pas.

Lk ministre. — Le fait est certain. Pesez bien les conséquences de ma question.

Henry. — Que voulez-vous que je voua dise?

Le HiMSTRB. — Ce que vous avez fait.

Henry. — Je n'ai pas fabriqué les papiers.

Le HIMSTRB. — Allons, voyons, voua avez mis des morceaux de l'une dans l'autre?

Hbnht, après un moment d'hésitation. — Eh bien, oui, parce que les deux choses s'adaptaient parfaitement. J'ai été amené à ceci : J'ai re^u la première pièce, au mois de juin 1894; je l'ai reconstituée, & ce moment. Lorsque la pièce de 1896 esl arrivée, il y avait quelques mots que je ne comprenais pas bien. J'ai pris quelques découpures delà première pièce, pour les mettre dans la seconde.

I ♦. 'T^f* ^«y.-.V '"^ '-'^rr-x ^'^1^79^'»^^:^''^^^^^^^^'

Le ministbe. — Vous avez fabriqué la pièce de 1898 ?

Henry. — Non, je ne Tai pas fabriquée.

Le ministre. — Qu'avez-vous fait ?

Henry. — J'ai ajouté quelques mots à la pièce de 1895, qui étaient dans l'autre. J'ai arrangé des phrases : « Il faut que OQ sache jamais » ; mais la première phrase était exacte : le nom de Dreyfus y était très bien.

Lk ministre. — Vous ne me dites pas la vérité.

Henry. — Je vous la dis. Il n'y a eu que ces phrases de la fin, qae j'ai arrangées.

Le MINISTRE. — Ce n'est pas vous, qui avez eu l'idée de ces arrangements ?

Henry. — Personne ne m'en a jamais parlé. Je l'ai fait poar donner plus de poids à la pièce.

Le MINISTRE. — Vous ne me dites pas tout. Vous avez fabriqué la pièce entière ?

Hbnrt. — Je n'ai rien fabriqué. Le nom de Dreyfus était bien dans la pièce de 1896 ; je n'ai pas pu le prendre dans celle de 4894, puisqu'il n'y était pas. Je n'ai pas eu trois pièces à ma disposition; jen'en ai jamais eu que deux. Je vous jure que c'est comme cela que cela s'est passé.

Le ministre. — Votre explication est contraire à la matérialité des faits. Dites-moi tout.

Hsnry. — Je vous dis tout. J'ai ajouté seulement cette pbrase.

Le ministre. — Alors, voilà votre explication : Vous avez fabriqué la phrase finale : c II faut pas que on sache jamais... » ?.

Henry. — Je ne peux pas dire que j'ai fait la phrase. Quand j'ai trouvé le papier de 1896, j'ai été très ému. Il y avait : « J'ai vu qu'un député va interpeller sur Dreyfus... » Alors, à partir d'une certaine phrase, je ne retrouvais plus la suite, j'ai repris dans la pièce de 1894 quelques mots qui compL taient le sens.

Le ministre. — Ce n'est pas vrai. Vous avez fabriqué 1 a pièce.

Henry. — Je vous jure que non. J'ai ajouté la phrase, mais je n'ai pas fabriqué la pièce.

Le ministre. — Pourquoi avez-vous fabriqué ces mots?

Henry. — Pour donner plus de poids à la pièce.

Le ministre. — Quels sont les mots que vous avez fabriqués ?

ne me rappelle plus. J'ai décollé une partie $94, pas la pièce entière. Il est possible que ts d'une pièce dans l'autre. J'ai fabriqué UDe liëre phrase.

- Vous avez fabriqué la pièce entière, ronsjure que non.

- Vous avez fait la deuxième pièce ta tous ) rem i ère.

rouB jure que non. Les autres pièces que nous :tte époque prouvent bien l'authenticité de suivi : a C'est f&cheux que nous n'ajoiu la lettre de... » (Ici lenom d'un officier étraD-

commencement de la lettre au crayon blea

- Le commencement a été inventé aussi.

toute laTéritél

: je n'ai mis que la dernière phrase : ■ H Je l'ai écrite sans décalquer.

- Allons, voyons, puisque les pièces parlent liions, avouez!

7 a des mots dans le corps de la lettre qui tre, mais le commencement de la lettre est me de... (Ici le nom d'un officier étranger.)

- Qu'est-ce qui vous a donné l'idée...

■,s chefs étaient très inquiets : Je voulais les lais faire renaître la tranquillité dans le) lis dit: K Ajoutons une phrase; sinoasavioni I la situation où nous sommes... »

- C'est cette idée qui tous a amené à fabri-

: ne l'ai pas fabriquée. Comment aurais-ji ture comme celle-là. C'est le commencement 'idée de faire la fin.

— « Il faut pas qne on sache jamais per^ B TOUS, ce langage?

iii, parce que je savais comment il écrivait.

- Vous n'avez pas daté en 1894 la pièce qui teî

Je l'ai datée en 1894 ; je ne crois pas l'avoir i cru l'avoir datée en 1894. Je pense. Je ne

- Vous avez été seul k faire cela?

Hbnrt. — Oui : <iribelin n'en a rien sa.

La MimSTRa. — Personne n'a sa cela? pera monde ?

Hrnrt. — Je l'ai fait dans l'intérât de mon pay tort.

Le uikibtbb. — Allons, dites la vérité, tonte la t< «ontei-moi ce qui s'est passé.

Hen^t.— Je jure que j'avais le commencement . J la fin pour donner plus de poids.

L&MIN13TKB. — La pièce de 1896 étsit*lle signée'

Henht. — Je ne pense pas avoir fait la signature

Lb uiMSTRK. —Elles enveloppes?

Bbnrt. — Je jure que je n'ai pas fait les envelopf ment aorais-je pn ?

Lr MiNisTKR. — C'est bien invraisemblable que ajouté aenlement la phrase de la Un.

Bbnrt. — Je le jure. C'est le commencement qu donné l'idée, et, après, on a été tranquillisé.

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