XX. — La déposition de Henry au procès Dreyfus a-t-elie
été sincère et véridique?
L'audience de la Cour de Cassation est suspendue à 4 heures. Elle est reprise à 4 heures 30. Le rapporteur s'exprime alors en ces termes :
Il est pénible d*ayoir à insister sur l'aberration criminelle d'an homme qui portait Tuniforme de notre armée et qui> cela n'est pas douteux, a dû le porter avec honneur en d'autres circonstances.
Il est cruel que sa mort môme ne puisse assurer à sa mémoire le bénéfice du silence.
Mais les exigences de la vérité et de la justice ne le permettent pas.
Le crime commis par le lieutenant-colonel Henrj a pesé, je vous l'ai montré, sur toute Taffaire Esterhazj, et comment anrait-il pu en être autrement?
Si l'on eût abouti à la démonstration de la culpabilité d'Esterhazy, il y avait au ministère de la Guerre une pièce dont la fausseté aurait éclaté aux yeux du ministre et des généraux.
Dans cette pièce, Dreyfus était désigné en toutes lettres et à propos de son affaire.
Ësterhazy coupable, c'était le chef du service des renseignements compromis et sans doute déshonoré.
Mais, en ce qui concerne Dreyfus, est-ce que ce faux ne constitue pas un fait nouveau, de nature à établir l'innocence en ruinant l'accusation ?
Est-ce qu'Henry a été un témoin sans importance dans l'affaire Dreyfus ?
Et si sa déposition a été une des plus graves, est-ce qu'elle a été sincère et véridique ?
On voudrait le croire. Mais le peut- on ?
Je vous ai prié, au début de ce rapport, de remarquer que le premier interrogatoire de Dreyfus ne lui faisait point connaître les faits dont il était accusé, ni la remise de documents qailui était imputée.
Vous savez qu'il a ignoré tout cela jusqu'à une date avancée de l'enquête.
le vous ai avertis que de cette observation j'aurais à tirer îioe conséquence ; la voici :
mand&nt Henrj qui & été chargé, le 15 oc- : faire Ëcrouer Dreyfni aa Cherche -Midi ; il a main nn rapport oit il rend compte de la con- I auraient eue dans la voiture qui conduisait . prison militaire.
raut dit qu'il ne comprenait rien à l'accusation bjet, qu'il ne savait de quels documents secrets commandant Heur; ajoute :
Toir faire ressortir que rafflrmation de M. le fus, en ce qui concerne la non énuntération des es, est absolument inexacte, attendu qu'avant linistëre et alors que je me trouvais dans ane k celle où cet officier était interrogé, j'ai par- 'ës distinctement entendu M. le commandait am dire au capitaine Drejfus : « Vous êtes r livré & une puissance étrangère une note sur le couverture, une note sur Madagascar, un nueisur le tirde l'artillerie, n Donc, lorsque Is 'fus affirme que le commandant du Pat; de )Bs dit de quoi il était accusé et s'est borné à ocaments secrets et confideatieU, le capitaine! iciemment la vérité.
1 16 octobre 1894; signé Hbnry. > mt lui-même comprend et dit la vérité, le homme qui, se sachant faussaire, accuser* utres et inOigera un démenti retentissaDt nel Picquart.
le qui, devant le ministre l'adjurant de dire li LF huit fois consécutives qu'il n'a pas fabriqua inëe.
:1 est son rôle devant le Conseil de ^aerre q*
deux lettres de M. le ministre de la Gaerre, i
C 16 septembre den '
ë délégué pour dépos'
iseignements.
I arquer que ce tëmoii
'vwm^^rri^f^iar-W^^^ryfrw^'m^^fvr^j,-]
qa'il aurait pu être apporté par le colonel Sapdherr, par le général Gonse ou par le ministre lui-même.
(Test précisément ce qui lui donnait une autorité particulière. <
Le commandant Henry était chargé d'apporter» de la part da ministère, les indications confidentielles qui pouvaient, le cas échéant, compléter les 'données de l'instruction.
S'il 7 avait un témoignage qui eût une importance capitale, c'était incontestablement celui-là.
Il j a plus et ceci est décisif.
« li est certain, vous dit le garde des Sceaux, que le bordereau saisi en 1894 par du Paty de Clam entre les mains du général Gonse, sous-chef d'état-major, avait été remis à cet ofQcier général par le lieutenant-colonel Henry, alors chef de bataillon et sous-chef de bureau des renseignements. D'autre part, au moment de son arrestation, le 30 août 1898, le lieutenant-colonel' Henry a déclaré au général Roget, chef du cabinet du ministre de la guerre, que c'était à lui qu'un agent qu'on ne nomme pas avait apporté le bordereau, venu, ajoutait-il, par la voie ordinaire. »
Ainsi, la proyenance du bordereau n'a d'autre garantie que la parole d'Henry, le fabricateur de fausses pièces, et lorsque l'on voit des experts émettre l'opinion que ce document a été forgé, t)n ne peut se défendre de concevoir de multiples et graves inquiétudes.
Pour nous résumer sur les deux moyens de revision, invoqués par le garde des Sceaux, nous croyons qu'ils sont susceptibles d'être accueillis, et ils sont de telle nature, ils affectent si gravement l'ensemble de Taccusation, qu'ils font nécessairement revivre devant vous toute l'affaire.
Or, il faudrait fermer les yeux à Tévidence pour ne pas voir les raisons de douter qui se dressent devant l'esprit, alors qu'on voudrait trouver des motifs de certitude.
Tant que tout a été ignoré, on a fait confiance & la chose jugée.
 mesure que les révélations se sont produites, une foule d'objections ont surgi et un trouble profond a envahi beaucoup de consciences.
Un homme, entre autres, s'en est fait Técho à ses risques et périls personnels.
Le lieutenant-colonel Picquart avait, pour le compte du ministre de la Guerre, assisté aux débats du procès Dreyfus.
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Il 8, comme chef du aerylce des renseignements, conduit des enqufitea ultérieures et il peut posséder sur toutes ces choses des inrormations particulièrement précieuses et sûres.
11 a fait, en dernier lieu, — aTCC l'assentiment du gouveroement, — un exposé des circonstances qui ont paru ébranler l'autorité du jugement de 1894.
On TOUS a communiqué ces renseignements adressés confidentiellement au garde des Sceaux ; il convient que cette communication soit portée à votre connaissance.