Chapitre I
Dreyfus n'a été arrêté que sur le soupçon d'avoir écrit le bordereau. Lorqne le bordereau est tombé entre lesmaias du service des renseignements, on a pensé, a priori et k tort, qu'en raison des documents qu'il énonçait il ne pouvait avoir été écrit que par un officier du ministère, de prérérence par un officier d'artillerie, et on a comparé les écritures des officiers de l'élat-major avec celle du bordereau.
Après des hésitations, on a trouvé que l'écriture de Dreyfus présentait avec celle du bordereau une analogie.
Jamais auparavant on n'avait soup(oanë Dreyfus ; aucune surveillance préalable n'avait permis de soupçonner qu'il eût des allures, des relations louches, des besoins d'argent ; oo avait seulement remarqué chez lui une prédisposition à. s'occuper indiscrètement des affaires qu'on traitait autour de lui.
Cette prédisposition est cependant explicable chez un stagiaire qui est à l'étaUmajor de l'armée pour s'y instruire et
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qui trouYe là une occasion unique de se mettre au courant de notre organisation militaire.
A. — L'écriture du bordereau n'a que des analogies avec l'écriture de Dreyfus ; par contre, elle est identique à celle d'Esterhazy.
Les documents énumèrés au bordereau sont, en général, de peu de yaleur .
Dreyfus eût pu fournir bien autre chose, s'il eût touIu trahir.
De plus, ces documents ne correspondent pas à ce que Dreyfus avait particulièrement sous la main, au moment où le bordereau a été écrit.
B. — Certaines phrases du bordereau sont inexplicables si Ton admet qu'il est de Dreyfus, par exemple 'ceïle-ci : « A moins que vous ne veuilliez que je ne le fasse copier m extenso. » Dreyfus n'avait pas de secrétaire à sa disposition ; Esterhazy, qui était major, en avait. Voilà un point explicable si Ton admet que le bordereau est d'Esterhazy.