‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragedieChapitre 17 sur 30 · ANTIOCHUS, RODOGUNE, RODOGUNE · texte numérisé non relu

ANTIOCHUS, RODOGUNE, RODOGUNE

P Rince, qu’ai- je entendu! Parce que je foupfte -, Vous préfumez que j’aime , & vousm’ofez le dire!

34 It O D O G U N E.

Eft-ce un frere , eft ce vous, dont la témérité S’imagine ....

Appaifez ce courage irrité ,

PrincefTe , aucun de nous ne feroic téméraire Jufqu’à s’imaginer qu’il eût l’heur de vous plaire 5 Je vois votre mérite , & le peu que je vaux ,

Et ce rival fi cher connoît mieux les défauts.

Mais fi tantôt ce cœur parloir par votre bouçhe , Il veut que nous croyons qu’un peu d’amour le touche , Et qu’il daigne écouter quelques-uns de nos vœux, Puifqu’il tient à bonheur d’être à l’un de nous deux. PrincefTe, au nom des dieux , au nom de cette flamme...

Un mot ne fait pas voir jufques au fond d’une ame Et votre efpoir trop prompt prend trop de vanité Des termes obligeans de ma civilité.

Je l’ai dit , il eft vrai , mais, quoi qu’il en puifTe être,' Méritez cet amour que vous voulez connoître.

Lôrfque j’ai foupiré, ce n’étoit pas pour vous ,

J’ai donné ces foupirs aux mânes d’un époux ,

Et ce font les effets du fouvenir fidèle ,

Que fa mort à toute heure en mon ame rappelle. Prince , foyez fes fils , Ôc prenez fon parti.

Recevez donc fon cœur en nous deux reparti.

Ce cœur qu’nn faint amour rangea fous votre empire , Ce cœur pour qui le vôtre à tout moment foupire , Ce cœur en vous aimant indignement percé , Reprend, pour vous aimer, le fang qu’il a verfé. Il le reprend en nous , il revit , 'il vous aime ,

Et montre , en vous aimant , qu’il eft encor le même. Ah! PrincefTe, en l’état où le fort nous a mis, Pouvons-nous mieux montrer oue nous fommes fes fils?

Si c’eft fon cœur en vous qui revit, & qui m’aime/ Faites ce qu’il feroit , s’il vivoit en lui- même ,

AfUe cœur qu’il vous laifTe ofez prêter un bras/ Pouvez-vous le porter , <5c ne l’écouter pas ?

S'il vous explique mal ce qu’il en doit attendre ,

Il emprunte ma voix pour mieux fe faire entendre , Une fécondé fois il vous le dit par moi ,

Prince , il faut le venger.

ANTIOCHUS

J’accepte cette loi , Nommez les aflafiins , & j’y cours.

Quel myfière

Vous, en l’acceptant , méconnoître une mere ?

ANTIOCHUS

Ah ! Si vous ne voulez voir finir nos deftins , Nommez d’autres vengeurs , ou d’autres aflaffins.

AH! Je vois trop regner fon parti dans votre ame^ Prince , vous le prenez. !

Oui , je le prens , Madame , Et j’apporte à vos pieds le plus pur dqfrfon fang ,

Que la nature enferme en ce malheureux flanc.

Satisfaites vous-même à cette voix fecrette ,

Dont la vôcre envers nous daigne être l’interprète , Exécutez fon ordre , ôcjiâtez vous fur moi De punir une Reine , oc de venger un Roi ;

Mais , quitte par ma mort d’un devoir fi févére , Bcoutez-en un autre en faveur de mon frere.

De deux Princes unis à foupirer pour vous ,

Prenez l’un pour viétime , & l’autre pour époux. Puniflez un des fils des crimes de la mere,

Mais payez l’autre auffi des iervices du pere;

Et laiffez un exemple à’ la poflérité ,

Et de rigueur entière, & d’entière équité.

Quoi? N’écouterez- vous , ni l’amour, ni la haine! Ne pourrai- je obtenir , niialaire, ni peine?

Ce cœur qui vous adore, & que vous dédaignez.,;

Hélas , Prince !

ANTIOCHUS

EU ce encor le Roi que vous plaignez ?

Ce foupir ne va-t-il que vers l’ombre d’un pere ? RODOGUNE.

Allez, ou pour le moins rappeliez votre frere.

Le combat pour mon ame étoit moins dangereux, Lorfque je vous avois à combatre tous deux.

Vous êtes plus fort feul que vous n’êtiez enfemble Je vous bravois tantôt , & maintenant je tremble. J'aime , n’abufez pas. Prince, de mon fecret ,

Au milieu de ma haine , il m'échappe à regret ; Mais enfin il m’échappe , 6c cette recenue Ne peut plus foutemr l’effort de votre vue ,

Oui, j’aime un de vous deux, malgré ce grand couroux ; Et ce dernier foupir die affez que c’eft à vous.

Oui , malgré mon amour , j’attendrai d’une mere , Que le trône me donne, ou vous, ou votre frere: Attendant fon fecret , vous aurez mes défirs ,

Et , s’il le fait regner , vous aurez mes foupirs ; -

C’eft tout ce qu’à mes feux ma gloire peut permettre , Et tout ce qu’à vos feurç, les miens olenc promettre.

In t i o c h u s.

Que voudrois-je de plus ; Son bonheur eft le mien Rendez heureux ce frere , & je ne perdrai rien , L’aminé le confent , fi l’amour l’appréhende.

Je bénirai le ciel d’une patte fi grande ,

Et quittant les douceurs de cet efpoir flotcant ,

Je mourrai de douleur, mais ie mourrai content., RODOGUNE.

Et moi , fi mon deftin entre fes mains me livre , Pour un autre que vous s'il m’ordonne de vivre , Mon amour.... Mais adieu , mon efprit fe confond. Prince , fi votre flamme à Ja mienne répond ,

Si vous n’êtes ingrat à ce cœur qui vous aime , Ne me revoyez point qu’avec le diadème.

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