‹ Rodogune, princesse des Parthes, tragedieChapitre 23 sur 30 · CLEOPATRE, SELEUCUS · texte numérisé non relu

CLEOPATRE, SELEUCUS

CLEOPATRE

S Avez* vous, Seleucus, que je me fuis vengée?

SELEUCUS

Pauvre Princeffe , helas !

Vous déplorez fon fort .'

Quoi , l’aimiez- vous ?

■ SELEUCUS

Affez pour regretter fa mort.

CLEOPATRE

Vous lui pouvez fervir encor d’amant fidèle ,

Si j’ai lû me venger, ce n’a pas été d’elle.

m SELEUCUS.

Q%el ! Et de qui dont , Madame ?

CLEOPATRE

C'eft de vous.

Ingrat, qui n’afpirez qu’à vous voir fon époux.

De vous, qui l’adorez en dépit d'une mere ,

De vous , qui dédaignez de fervir ma colère ,

De vous, de qui l’amour , rebelle à mes défirs, S’oppofe à ma vengeance, & détruit mes plaifirs.

De moi !

CLEOPATRE

De toi , perfide. Ignoré, difflmute Le mal que tu dois craindre , & le feu qüi te brûle ; Et fi, pour l’ignorer, tu crois t’en garantir.

Du moins en l’apprenant, commence à le fentir.

Le trône étoit à toi par le droit de naifïance, Rodogune avec lui tomboic en ta puifTance ,

Tu devois l’époufer , tu devois être Roi;

Mais comme ce fecret n’eft connu que de moi ,

Je puis , comme je veux tourner le droit d’aîneflê, • Et donne à toa rival ton fcéptre & ta maîtreffe. SELEUCUS.

A mon frere ?

CLEOPAPRE. •

C’eft lui que j’ai nommé l’aîné.

SELEUCUS

Vous ne m’afflige? point de l’avoir courronné.

Et, par une railon qui vous eft inconnue,

Mais propres fentimens vous avoient prévenue.

Les biens que vous m’ôtez n’ont point d’attraits fi doux. Que mon cœur n’ait donnés à ce frere avant vous , Et, fi vous bornez là toute votre vengeance.

Vos défirs & les miens feront d’intelligence., CLEOPATRE.

C’eft ainfi qu’une feinte au dehors l’afioupit.

Et qu’on croit amufer de fauflTes patiences ,

Ceux dont en Pâme on craint les juftes défiances*

SELEUCUS

Quoi , je conferverois quelque courroux CLEOPATRE.

fecret.'^

Quoi , lâche , tu pourrois la perdre (ans regret ? , Elle de qui les dieux te donnoient l’hyménée?

Elle dont tu plaignois la perte imaginée ?

SELEUCUS

Confidérer fa perce avec compaflion.

Ce n’efl pas afpirer à fa poffeffion.

CLEOPATRE

Que la mort la ravillê , ou qu’un rival l’emporte „ La douleur d’un amant efl également forte".

D’autant plus animé , que ce qu’il a perdu Par rang, ou par mérite, à fa flamme étoit dû.

Peut être ; mais enfin par quel amour de mere Prenez vous tellement ma douleur contre un frere ? Prenez vous intérêt à la faire éclater?

J’en prens à la connoître , & la faire avorter ,

J’en prens à conferver , malgré toi , mon ouvrage Des jaloux attentats de ta fecrette rage.

SELEUCUS

Je le veux croire ainfi ; mais quel autre intérêc Nous fait tous deux aînés , quand , & comme il vous plaît ?

Qui des deux vous doit croire ? Et par quelle juflice Faut-il que fur moi feul tombe tout le fupplice;

Et que du même amour dont nous fommes blefTés Il loic récompenfé , quand vous m’en puniflez ?

CLEOPATRE

Comme Reine, à mon choix, je fais juflice ,’ou grâce; F.t je m’étonne flirt d’où vous vient cette audace > D’où vient qu’un fils vers moi noirci de trahifon,

Ofe demies faveurs me demander raifon.

SELEUCUS

Vous pardonnerez donc ces chaleurs indifcrettes.

Je ne luis point ]aloux du bien que vous lui faites * E. je vois quel amour vous avez pour cous deux.

Plus que vous ne penfez , & plus que je ne veux. Le refpeét me défend d’en dire davantage.

Je n’ai ni faute d’yeux, ni faute découragé.

Madame, mais enfin n’efpérez voir en moi Qu’amitié pour mon frere, & zélé pour mon Roi, Adieu.

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