‹ Rodolphe Kreutzer; sa jeunesse à Versailles 1766-1789Chapitre 3 sur 6 · L. Trin(jlund · texte numérisé non relu

L. Trin(jlund

Extrait de comptes de M"''" Démon vii.u:.

Le dossier d'oîi sont tirés les renseignements (jiii vont suivre s'est trouvé dans les papiers d'une de mes arrière-grand'lanles, M"" Sophie-Victoire Antoine, veuve de ^L Sébastien-René Durand-Denionville, qui est décédée à Paris, le 10 septembre 1822

;ii UN DOCUMENT INEDIT SUR RODOLPHE KREUTZER.

M""' Demoiivillc, née à Versailles le 8 juin 1747, éLait l'une (les filles de François Antoine, porte-arquebuse du Roi.

En 1774, M. Domonville était huissier de la chambre du Roi, trésorier de la Maison militaire de Monsieur et g-entilhomme servant par quartier auprès de Mgr le comte d'Artois.

Lorsque Louis XV mourut, le 10 mai 1774, à Versailles, de la petite vérole, M. Demonville, qui l'avait veillé et soigné, succomba le '1 juin 1774 à la même maladie.

M'"" Demonville, sa veuve, reçut, du Roi et des princes, des pensions dont le total atteignait 4,600 livres; elle resta à Versailles et demeura en rapports continuels avec la Cour.

Le comte d'Artois (depuis Charles X), dont l'attention avait été attirée sur le jeune Kreutzer, fit remettre à M""' Demonville, à diverses reprises, des gratifications, dont il la chargea de surveiller l'emploi, pour les besoins de Rodolphe Kreutzer, alors âgé de onze ans passés.

M'°® Demonville commence en ces termes le compte de la première somme à elle remise :

« Décompte des GOO livres accordées par Monseigneur le comte d'Artois à M. Kreulz le fils et remis entre mes mains le r"" janvier 1778, fait le 1" janvier 1779. »

Une nouvelle gratification de 400 livres lui ayant été remise, elle établit^ le 21 décembre 1779, un compte des dépenses totales effectuées avec ces 1,000 livres en 1778 et 1779.

Une autre gratification a dû encore être accordée en 1780, puisqu'il a été porté, à la suite du compte du 21 décembre 1779, des dépenses jusqu'en mai 1780, dont le total excède les 1,000 livres.

Voici la copie textuelle de ce compte, en respectant l'orthographe de M""' Demonville.

Ce compte, du 21 décembre 1779 reproduit d'abord celui du !'■'■ janvier 1779 et comprendre total des dépenses effectuées pour Rodolphe Kreutzer.

<( Au s"' Adam Tailleur le 8 Février 1778 son mémoire 92 1. 12 s.

c( A M. Kreutz le pcre pour du linge pour son fils le 8 Février 1778 90 »

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Mémoire relatif aux frais d'iiabilloiuont du jeuue R. Kreutzer,

soldé par les soins de M^e Demonvilie

et portant l'acquit et la signature de Jean-Jacob Kreutzer.

(Collection de M. Lucien Trixquand.)

UN DOCUMENT INEDIT SUR RODOLPHE KREUTZER. G.'i

« A A[. Lemièrc son maitie de violon pour un violon le 2 May 1778 120 »

« A M. Kreulz le perc pour les couches de sa femme le 8 Septembre 1778 i-8 »

« A M. Kreulz le perc pour une redingolle, culolle et chapeau de son fils le 22 Novembre 1778 3G »

« Payé à M. Kreulz le fils trois mois de son maitre M. Slamitz à 18 livres et 6 livres pour un archer dans le courant de Décembre 1778 ... GO »

« A AI. Kreulz le fils G livres pour un concerto et \i:> livres pour M. Stamilz, le 24 Janvier 1770 2'i- »

« Le 30 Janvier 1771), à M. Kreutz le père, lo livres pour le raccomodagc du violon de son fils et 6 livres pour son chapeau 21 »

« Le 22 Février 1779 à M. Kreulz le fils pour 16 leçons de M. Stamilz 24 »

« Le 4 Mars 1779 payé au S'' Riel tailleur son mémoire 84 »

« Le 9 Mars 1779 à M. Kreulz le pcre pour mancheltes, cols, mouchoirs, bas et souliers de son fils, elc 48 »

« Le 12 Mars 1779 payé au fourbisseur au bas de la rampe à Versailles, une épéc et son ceinturon pour Al. Kreulz lo fils 13 4

« Au S'' Binon le 13 Mars 1779 des boucles de souliers pour M. Kreulz le fils 9 »

(( Le 20 Mars 1779 à AL Kreulz le fils pour AI. Stamilz et une chantrenne 18 G

« Le 7 Avril 1779 à AL Kreutz le fils pour faire remonter son violon 3 »

c( Un chapeau en claque 1 lo

« Le 13 Avril 1779 à AL Kreulz le fils pour M. Stamilz 18 »

« Le 13 Avril à Al. Kreutz le père pour son boulang'cr 72 »

6G UN DOCUMENT INEDIT SUU UODOLPIIE KREUTZER.

« Le 7 ]\Iay 1779 à M. Kreulz fils pour -M. Slamilz , . 18 »

c( Le o Juin 1779 à M. Jvroulz le fils pour M. Slamilz 48 »

« Le 4 Juillel 1779 à M. Kreulz fils pour M.Stamitz 18 »

« Le 17 Aoûl 1779 à INI. Kreulz le fils pour M. Slamilz 18 »

« Le 1" Oclobre 1779 pour 12 leçons de M. Slamilz 18 »

« Le 20 Décembre 1779 pour des souliers à ]\I. Kreulz le fils G »

« Oublié de porler le 2° mémoire du S'' Adam

du o Janvier 1778 4G 9

« Dépense le 31 Décembre 1779. . . . 9311. 1 s.

c< Plus donné à M. Kreulz le fils pour faire un

présent de sucre et de caffé à M. Slamilz ... 18 »

« Donné pour sa voilure et ses gands ... G »

(( Pour sa mère le 1" Janvier 1780 12 »

(( Le G Mars pour son voiage de Paris avec

M. Slamilz G »

« Le M Mars 1780 acliellé pour M. Kreulz

deux paires de mancbelles de fillel IG 10

« Pour remonter son violon 3 »

(( 4 paires de bas, 2 de colon et 2 de fil, le

16 Avril 13 10

l.OOGl. 1 s.

« Le 18 May 1780 envoyé par le S'" Riel fils, tailleur, à M"' Cardonne la somme de 133 livres uppartenanlc à Kreulz pour le faire babiller

cy 133 »

A ce compte sont joints :

Premièrement. — Divers brouillons et notes informes; une de ces notes indique que M'"" Demonville doit conserver 2.52 livres pour payera M. Slamilz 14 mois de leçons à 18 livres à compter du 1"' janvier 1779 jusqu'au 31 janvier 1780.

-T-^A. J^.^ ^<. JZ..'^ ■nxy/' --'•'•-.' -••

Reçu de Leinière, pour violon

donné par le comte d"Artois à fl. Kreutzer, et acquitté par M™" Demonville.

(Collection de M. Lucien Trinquanh.

iftiif^ (!<vt4.^

Reçu de Jeau-Jacob Kreutzer, entièrement lil)ellé de sa main. (Collection de M. Lucien Trinqcand.)

UN DOCUMENT INKDIT SUR RODOLPHE KREUTZER. fi?

Deuxièmement. — Le mémoire d'Adam, tailleur, de ÎJ2 I. 12 s., payé le 8 février 1778, acquitté et suivi d'un reçu de 90 livres délivré à M'"" Demonvillo par Kreutzer le père ; au dos do ce mémoire, se trouve un autre reçu de 3(j livres du même, du 22 novembre 1778, pour une redingote et une culotte et le chapeau de son fils aîné.

Troisièmement . — \jn reçu de Le Mière, ainsi conçu :

« Je re connois a voir reçue de Madame Dé Monville La Somme de Sent vingt Livres pour un Violon don quitance ce 2 Mai 1778.

« Signé : Le Mière L'aîné. »

Quatrièmement. — X^w reçu de Kreutzer le père, pour les 48 livres remises pour les couches de sa femme, entièrement libelle de sa main dans ces termes :

a Jav Eu L'honneur deréscvoir des mains de Madame Demonville La Sonme de qua[ran^trc huit Livre à versaille huit Septembre mil sept cans Soixante édihuif.

0 Signé : Kreutzer. »

Cinquièmement. — Le mémoire de 4G livres d'Adam, tailleur, avec acquit du o janvier 1779.

Sixièmement. — Une note acquittée de janvier 1779, de Saulg'eot, de 6 livres, pour un chapeau vendu à M. Grèse [sic).

Septièmement. — Enfin, une note de Riel ou Uiehl, tailleur, de 84 1. 17 s. (> d., par lui acquittée le 4 mars 1779, constatant la fourniture à M. Kreutzer de drap, doublures., boutons, boucles, et la confection d'un habit complet et deux culottes.

Je pense qu'on peut tirer de l'examen de ces documents des conclusions certaines sur trois points ci-après indiqués :

1° C'est g^râce à la bienveillante générosité du comte d'Artois que les dispositions naturelles de Rodolphe Kreutzer ont été rapidement mises en valeur par les leçons de Stamitz.

Cette gratification de plus de 1,000 livres pour un enfant de douze ans était considérable pour l'époque;

2" Le jeune Kreutzer, avant Stamitz, a eu pour maître de vio-

t)S UN DOCUMENT INEDIT SUR RODOLPHE KREUTZER.

loii Le Mièrc l'aîné, l'un des violons do la chapelle du Roi; l'arlicle 3 du compte ci-dessus l'indique formellement; mais il est probable que ces leçons n'ont eu lieu que pendant un temps assez court ;

3" Il faut fixer au mois de septembre 1778 l'époque à laquelle ont commencé les leçons de Stamitz, puisque, dans le courant de décembre 1778, l'article G du compte indique qu'on lui paie trois mois de leçons.

En outre de ces renseignements certains, il me semble qu'on peut encore déduire de ces papiers quelques indications; je signale particulièrement les suivantes :

1° Il est permis de supposer que les leçons de Le Miëre devaient être données à titre amical et gratuit, en raison des relations qui devaient exister entre Kreutzer le père, clarinette aux Gardes-Suisses, et les musiciens de la Chapelle; en tout cas, il n'est porté aucune dépense pour les leçons de Le Mière et il n'est pas probable que Kreutzer père les ait payées do sa bourse;

2° On remarquera le prix de i20 livres pour le violon vendu par Le Mièrc; ce prix, alors important, indique la confiance qu'on avait dans le talent naissant de Rodolpha Kreutzer \

3° Les leçons de Stamitz étaient-elles données à Versailles ou à Paris?

Je serais porté à croire que ces leçons étaient données à Versailles.

En effet, ces leçons étaient au nombre de douze par mois, soit trois leçons par semaine, payées 11. 10 s. la leçon.

Le compte de M'"" Demonville montre qu'elle n'a rien payé pour voyages du jeune Kreutzer à Paris pendant les années 1778 et 1779, et qu'elle ne lui remettait pas d'argent de poche.

L'état de gêne du ménage Kreutzer empêche d'admettre que le père ait payé ces voyages, à raison de trois par semaine, qui devaient coûter par le coche 25 sols par voyage.

Je rejette comme peu probable l'hypothèse du jeune Kreutzer faisant à douze ans, pédestrement, le double trajet de Versailles à Paris et retour, soit dix lieues, trois fois par semaine.

En raison de la modicité du prix de la leçon, de leur nombre régulier par mois, de la perte de temps résultant alors du

UN DOCUMENT INEDIT SUR RODOLPHE KREUTZER. fiO

voyage aller et retour do l*ari.s à Versailles, je croirais volontiers, sans prétendre cependant trancher la question, que Stamitz habitait alors A^ersaillcs, el j'invoquerais à l'appui de celte opinion la mention du compte : « Le G Mars (1780) pour son voyage de Paris avec M. Stamitz », ce qui semble bien vouloir dire (le jeune Kreutzer habitant Versailles) qu'il s'agit d'un voyage qu'il fait à Paris avec M. Stamitz, habitant aussi Versailles (1).

La situation peu fortunée de Kreutzer père se trouve bien confirmée par le compte ci-dessus.

Dès le début, il faut habiller des pieds à la tète l'enfant et dépenser plus de 200 livres.

Dans les moments de gêne. M""" Demonville venait au secours des parents.

Le 8 septembre 1778, elle paie 48 livres pour les couches de M""" Kreutzer (naissance du huitième enfant, Jean-iVicolas, du 3 septembre); dans sa reconnaissante émotion, Kreutzer père commence son reçu par ces mots : « J'ai eu riionnour de recevoir... »

Le 13 avril 1770, on lui remet 72 livres pour le boulanger.

Je ferai remarquer comme détail amusant que, pour témoigner à Slamilz sa reconnaissance, son élève lui offre en janvier 1780 un présent de sucre et café de 18 livres.

D'après votre étude si consciencieuse, Rodolphe Kreutzer s'est fait entendre le 2."j mai 1780 au Concert spirituel des Tuileries; vous trouvez en fin du compte une dépense de 133 livres remises à M""" Cardonne, le 18 mai 1780, par Riel, tailleur, de la part de M°"' Demonville, pour faire habiller le jeune artiste (M"'' Cardonne était une amie de M""* Demonville^ occupant un emploi à la Cour).

Mais je crois qu'avant cette époque le jeune Kreutzer a dû se faire entendre dans une réunion à la Cour ou chez son protecteur le comte d'Artois; en effet, on trouve dans le compte, en mars et avril 1779, des dépenses importantes d'habillement et d'équipement :

(1) Il semble en cfTet que Stamitz devait habiter Versailles à cette époque; à moins, touteCois, qu'il ne soit parvenu à trouver un certain nombre d'élèves en cette ville, ce qui expliqu('rait son déplacement; car nous savons par YAlmanach musical qu'en 178:2 il demeurait à Paris, « rue des Moineaux, vis-à-vis le Serrurier, maison de M. Moncade». J. H.

70 UN DOCUMENT INÉDIT SUll RODOLPHE KREUTZER.

Le 4 mars, nolo Riel, tailleur 84 1. os.

Le 9 mars, manchelles, cols, mouchoirs, bas et

souliers 48 »

Le 12 mars, une épée et un ceinturon 13 4

Le 13 mars, des boucles de soulier 9 •>

Un chapeau en claque 1 10

Toutes ces acquisitions n'établisscnt-clles pas qu'il fallait habiller le jeune violoniste de douze ans pour lui permettre de paraître dans un salon princier en se conformant aux règles de l'étiquette, y compris le port de l'épée?

Il serait intéressant de rechercher si cette hypothèse se vérifie ; je la livre à la réflexion du lecteur.

LMPRl.MERIE J. AUBERT ET C'e C, avenue de Sceaux.

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