ACTE I, SCÈNE V ^I
Mais moi, j'en ferais une, et je n'en veux point faire. N'insiste pas !
RONDELET
Le gouverneur, pourtant...
Eh quoi 1...
Lorsque je suis à table, est-il donc plus que moi? Le gouverneur ! ... De ce grand mot, ta bouche est pleine ! Quand tu l'as prononcé, tu restes hors d'haleine. Les mains jointes, prêt à tomber en pâmoison... Rondelet, mon ami, ne sois pas un oison, Que diable!... Apprends un peu, de ma philosophie, A séparer le mot de ce qu'il signifie... Un gouverneur!... Tu vois, tout de suite, bien sûr, Un merveilleux habit lamé d'or et d'azur; Te voilà comme les fileuses de quenouille, Que trouble un uniforme et qu'un titre agenouille!... Un gouverneur!... Le beau sujet d'être envieux!... Je vois le nôtre : ça doit être un petit vieux Bien propre, bien coiflFé d'une perruque blanche. Qui s'applique à rester bien droit, comme une planche. Qui détache une chiquenaude, s'il tomba. Sur son jabot neigeux, quelque grain de tabac...
Un peu notre bailli, sans doute, en moins vulgaire... Mais ça mange du bout des dents, dont il n'a guère... Le meilleur plat lui sert, un moment, de hochet... Enfin, bref, Monseigneur n'aura pas mon brochet.
RONDELET
C'est ton dernier mot ?
Oui.
RONDELET
Quoi qu'on dise, OU qu'on fasse ?
Je garde mon brochet.
RONDELET, en lui montrant la porte.
Va-t'en souper en face!
ROGER BONTEMPS, sourtant.
Moi ! Non.
RONDELET, /wn^WX.
Vraiment !
J'ai mes habitudes ici.