‹ Roger ou Le cure de Champaubert dramevaudeville en deux actesChapitre 26 sur 36 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

ROGER, MEUNIER, HORTENSB.

MEUNIER , d tui-mime. Ses conseils ! oui, cet homme a connu le monde... ce qu'il fut autrefois... nul doute qu'il ne soit à la hauteur du siècle, et qu’il ne consente à seconder mes vues .. Savci-vous, monsieur le curé, que Napoléon a bien fait de relever les autels, et de rendre au culte scs ministres., en vérité, je ne conçois pas qu’il y ait encore des gens, qui déclament contre votre profession... et se plaignent de votre intolérance... ne faut-il pas une religion... c’est le principe vital de toute société, la base de toute morale ; la sauvegarde des royaumes ; le soutiens des pères de famille.

ROGER Monsieur Meunier, quel service avci vous à me demander?

MEUNIER. Oh! presque rien... Voici le fait... le fils du fermier Guy ace.

ROGER. Aime votre fille, qui l’aime à son tour.

MEUNIER. Et voilà précisément ce qu’il ne faut pas...

HORTENSE. Pourquoi cela?

ROGER. Ce jeune homme m’a paru bien élevé, plein de bous sentimens-

UORTENSE. Son père possède la plu*

LS MAGASIN TBÉATRAL.

belle ferme des environs. 11 sera riche un jour.

MEUNIER. Riche... riche... et moi donc, j’ai traversé la... ( A Roger.) Me royeivous,moi maire!., bientôt sous-préfet et décoré peut-être , m'allier iun Gnyace...

Et puis, je hais les mariages d’inclination.

HOHTENSE. 11 vaut beaucaup mieux, n’est-ce pas, lui eu faire conctracter un dans lequel elle trouve l’ennui, le chagrin... et peut-être l’oubli de ses devoirs.

MEUNIER. Ta!., ta!., ta!.. Est-ce que vous m’aimiei vous, quand vous m'avex épousé?., et pourtant jamais...

IlORTENSE. Eh!..

meunier. Qu’cst-ce A dire...

HORTEXSE. Oh ! je n’ai point de reproche à me faire; mais puisque vous me citei, et qu’il s’agit dnbonbeur de ma tille, il faut bien que je vous apprenne ce que vous ignorei.

MEUNIER , effraye. Ce que j’ignore ?..

ROGER, A paî t. Que va-t-elle dire?

HORTEXSE, à part regardant Roger.

Voyons s’il est honuête homme. [Haut.) C’était quelques jours après notre union...

MEUNIER. Dans la lune de miel...

HORTEXSE. lin homme qui m’aimait...

oh ! qui m’aimait avec transport.

MEUNIER. C’est bon, c'est bon, au fait.

[A part, en s’essuyant U front.) J’eu ruisselle.

HORTEXSE.

Air de t* Angélus.

Avec force il tenait ma main.

Et me parlait de son délire Muette... j écoutais... soudain.

Le ciel \int m'inspirer de rire...

Heureux fut cet éclat de rire...

Car, je dois l’avouer ici.

Dans cet instant presqu’altcndric.

Monsieur , si je n’avais pas ri...

UEt'KIBR.

Eh 1 bien, si vous n’aviez pas ri ?

HORTE.NSB.

J’aurais pleuré toute ma vie.

ROGER, dpart. Digne femme I

MEUNIER. Conte alisurde... Vous Terrez que ce sera aussi ce mystérieux personnage, qui vous aura pris l’anneau, que tous m’avez dit avoir perdu à la même époque.

ROGER, lui présentant l'anneau. Le voi-

meunier. Oui, ma foi... de qui le tenezvous?

ROGER. D’une bien mauvaise tête ; mais

qui n’est plus à craindre maintenant.

Il donne l'anneau à Hortensc.

HOTENSE- Merci, monsieur le curé, merci?

MEUNIER. Le séducteur n’existe plus!., tant mieux pour lui , j’ai traversé la...

HORTEXSE, d son mari. Eh bien! monsieur.

meunier. Eh bien ! madame , le cas échéant... votre fille ferait comme vous...

clic rirait... ce n’est pas si difficile.

HORTEXSE. Mais...

meunier. Assez... vous n’entendez rien aux affaires de famille.

ROGER. Ni moi non plus, monsieur le maire... trouvez bon que je me retire.

MEUNIER, le retenant. Par exemple!., tenez, les femmes s’effarouchent de tout, mais nous, nous sommes des hommes...

nous nous connaissons... nous ne sommes pas des rigoristes.

ROGER. Je suis indulgent autant que je puis.

MEUNIER. Venez par ici.. . que je vous glisse mon projet dans le tuyau de l’oreille.

Il l’amméne sur le cêté et lui parle bas.

HORTEXSE, dpart. Un projet!, quel estil donc?

ROGER, se reculant indigné. Calomnier auprès de votre fi Ne celui qu’elle aime!., et, pour l’en détacher, lui prêter des défauts qu’il n’a pas.

MEUNIER. Ruse de guerre.

HORTEXSE, d son mari. Un pareil moyen.

Ah ! fi ! fi ! monsieur.

meunier. Ainsi, vous refusez?

ROGER. Je refuse...

meunier, avec emportement. Mais, c’est une horreur!., une abomination!

HORTEXSE, d son mari. Monsieur.

MEUNIER. Les voilà bien ces ecclésiastiques... orgeillcux. .. sans égards pour la position dans laquelle on se trouve... vous jetez le trouble dans la société , la discorde dans les familles... tous êtes la perte des empires.

ROGER. Il parait, monsieur le maire, que vous n’avez plus rien à me demander.

MEUNIER. Ah! vous vous liguez avec ma femme et ma fille contre moi... Ali ! l’on me croit faible, et sans énergie... Eh bien ! on verra ce que je suis dans l’occasion, et si je manque jamais de courage.

On entend un conp de canon. — Meunier s’arrête et

devient pâle et tremblant. — Moment de silence.

— Second coup de canon.

AOGER. Le lignai de la bataille!. . les co-

(LOGER

lonnes ennemies, qui s'avançaient sur Champaubert, viennent sans doute de rencontrer l’armée française dans la plaine.

meunier. De... jù.

ROGER, dont ta r oix t’anime peu à peu et dont Cad étincelle. Ecouter... écouter... ce brome qui tonne... on s'attaque... ( Coupe de canon répétés.) Le feu redouble I quel transport subit s’empare de moi! mon cœur palpite ! mon front brûle I la bataille! là!.. si prés de nous!..

MEUNIER. La terre danse sous moi... ma femme... ne trembler pas.

PAïSANS, dans le village. Vive l’Empereur.

meunier. Ah ! voici mes administrés qui Tiennent se ranger autour de moi.

v. . ■ y ii . ....

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