‹ Roger ou Le cure de Champaubert dramevaudeville en deux actesChapitre 9 sur 36 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

ROGER, UORTENSE.

ROGER, après un m 'mmt de silence, revenant d sa nature. Ah! bah .. (I I fait unmouvement, ets’ari Cte denouieau, comme dominé par t' attendant tt' Hortemt.) Oh! oh! voila

qu’elle me regarde... et qu’elle va me parler. ..

UORTENSE, qui s'est approchée. Roger!..

( Celui-ci , ému, ite respectueusement son bonnet ) Je n’ai pas oublié le service que voua m’avez rendu dernièrement... (Hautement de joie de Roger.) et je viens vous en rendre un à mon tour.

ROGER. Vous?

UORTENSE. Oui... écoutez- moi, Roger, il faut vous éloigner sur-le-champ...

ROGER- Vous me renvoyez quand je vous retrouve... et vous appelez ça un service...

IIORTENSE. Savez-vous à quoi tous expose votre présence dans ce village? savez-vous qu’à tort ou à raison , vous avex excité la haine deshabilans, et que si vous leur tombiez sous la main. ..

ROGER. N’est -ce que cela? oh! bien, alors, nous allons rire... qu’ils viennent... j’en ai déjà caressé deux sur la grand route, et quand aux autres... (Se jetant sur un baliii quise traîne d m* un coin de la cour, et le démanchant ) Qu’esl-ce qui en réclamc?qu’cst-ce qui en veut?

Il va faire la voltige avec le bat^n , mais son regard rencontre en ce moment celui d*ïlortense; it s’arrête, et son bras s'abaisse.

UORTENSE, lui ôtant le bâton. Vous tous ferez tuer, mauvaise tête.

ROGER. Eh bien! eh bien! tant mieux !..

après tout, personne ne me regrettera.

UORTENSE. Personne!..

ROGER. Ah! si fait, mon frère Pierre, il m’aime tant; il estsi bon. .orphelins tous les deux, tous les deux pauvres, c’est lui quia toujours travaillé le plus sous prétexte qu’il était l’ainé... c’est lui qui m’a élevé, nourri... qui m’a enseigné le latin , le grec même... oui , le grec... on ne le dirait pas que je sais le grec A la manière... dont je parle français? si je voulais, j’aurais des manières, un ton... mais ça me gênerait...

c’est grâce A mon frère enfin, que je n’ai pas grandi A l’hôpital... aussi, quelquefois, lorsque je le vois IA, devant inoi, avec ses quarante ans et sa figure respectable, il me semble que je vois mon brav e homme de père qui nvc reproche d’être, ce que je suis, un vaurien... oh! je ne me flatte pas IA dessus, allez , je sais bien ce qu’il en est. ..et pourtant quand ie réfléchis... par hasard... de temps en temps... il me semble qu’il en pourrait être autrementl oui...

un jour surtout...

HORTENSE. Un jour?

ROGER. C’était dans les environs... je m’en revenaistranqnillement... des cris...

nne femme qui se sauve devant des iîro-

AOO&R.

fçna*... je m’élance ... halte là, leur dis-je, aveelegeste analogue... descendus... elle Tint à moi... nie remercia de ce que j’a- Yais fait pour elle, me de manda mon nom, et puis... s'en alla... Qu’est-ce que tu as donc, frère, médit Pierre, en me voyant rentrer à la maison plus triste que de coutume. .. Oh! rien .. ça se passera... le lendemain ça ne s’était pas passe, ni le surlendemain... au contraire... ça ne faisait qu’empirer ; je ne pensais plusqu'à elle...

à elle que je n’avais aperçue qu’un instant et que je brûlais «le rctrouvrer... trois semaines après, je la rencontrai en effet...

à Champaubert... elle était sous le bras d’un homme! et cet homme était son mari.

HORTENSE. Oui, j’étais mariée.

ROGER. Mariée!., comprenez-vous qu’il y avait de quoi me rendre fou . si je n’avais pas cherché à prendre mon parti... ù m étourdir... et voilà pourquoi, après avoir fait un tas de bêtises dans le village, j’ai fini par aller m’enrôler dans les en fans de Paris...

HORTEüSE, qui l'a écouté avec une émotion toujours croissante. Et vous partez?

ROGER. Aujourd’hui même... les camarades doivent méprendre, en passant devant la ferme.

HORTEXSB, & part. Pauvre jeune hom-

me!..

ROGER. Hein? qu’est-ce que vous avez dit la.

HORTSNSE Moi... rien...

ROGER. Oh! si fait! vous l’avez dit... je j’ai bien entendu... « Pauvre jeune homme ! • Un mot de vous... un mot de regret et de pitié!., mais, poutquoi me plaindre?

à qui la faute, si je pars, si je vais chercher les balles et les boulets?., je n’ai jamais pu rien faire, je me fais héros! les sièges, les batailles, la poudre qui enivre, le bruit qui étourdit, le bivouac avec de bons camarades et de joyeuses chansons... on ne voit plus rien, on n’entend plus rien , on ne songe plus ù rien de ce qu’on a laissé derrière soi... on est heureux... bien heureux !.. et cependant j’en suis sûr, il m’arrivera plus-d’une fois, quand je serai seul dans la journée, ou bien encore la nuit en faction, de penser à celle qui m’aura sans doute oublié.

HORTENSE. Non, mais qui priera pour vous.

ROGER, avec transport. Bien vrai!

Sa main a renconlé celle d’Hortense ; moment de silence ; leur émotion à tous deux est au comble; Hortense cherche à dégager sa main et dans ce mouvement, un anneau qu’elle a au doigt se détache et reste dans celle de Roger, qui le porte à ses lèvres.

hortense. Que faites-vous? cet anneau...

ROGER. A moi ce gage d’espérance! arec lui, me faire tuer ou me rendre digne de vous! jetant A ses pieds.) Oh ! 11 e détournez pas ainsi la tête.

hortense, d part. Ah! mon Dieu! que se passe- t-il en moi ?

ROGER, «1 ses genoux. Un soupir... un regard... un mot.

HORTENSE. Eli bien!..

ROGER, avec plus d'instance. Un seul mot.

IIORTENSE , de plus en plus pressée et ne sachant plus quelle contenante faire, part tout d coup d'un éclat de rire. Ah ! ah ! ah !

ROGER, déconcerté et se relevant avec indignation. Vous riez, vous riez! voilà votre réponse à mes tourmens... adieu donc, et pour toujours.

11 s’élance hors de la scène.

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