Mais qu'importe ? Le roi Marsile a pris la
ftiite. Reste son oncle Marganîces, qui gouverné
Carthagène pour le frère de Margalie , et règnç
en Ethiopie, terre maudite , dont les habitants qui
sont sous sa puissance, sont noirs, ont le nez grand,
les oreilles larges, et sont au nombre de cinquante
mUle. Il chevauche fièrement , et, le cœur gonflé
de colère, il fait retentir le cri de guerre des païens.
Alors Roland dît : « TNous allons avoir à soufifrir,
et je sais bien ^jue nous n'avons pas longteipps à
vivre ; que l'on donne le nom de traître à quiconque
ne vendra pas cher sa vie! Frappez, seigneurs, 4e
vos épées fourbies! méprisez votre vie et votre
mort , et que la douce France ne soit pas avilie par
nous ! Quand Charles, mon sire , viendra dans ce
camp, qu'il vçrra comme ont été traités les Sar^
razins, et qu'il en trouvera quinze morts pour un
des nôtres, il ne pourra s'empêcher de nouis
bénir. Aoi. »
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1 42. — Quand Roland voit cette gent mécréante, qui est plus noire que l'encre , et n'a de blanc que les dents : « Oh ! dit-il, je vois clairement, à présent, que nous mourrons aujourd'hui; frappez fort, Français! je vous le recommande!» Olivier dit : a Malheur aux plus lents ! » Et à ces mots , les Français se précipitent au fort de l'ennemi.
143. — Dès que les païens s'aperçurent que les Français étaient en petit nombre , leur oi^ieil et leur courage se ranimèrent. L'un dit à l'autre : « L'empereur aura le dessous.» Marganices monte un cheval sûr; il le pique de ses éperons d'or, et va, par derrière , frapper Olivier dans le dos. Il lui détache son blanc haubert du corps , fait sortir son épieu par la poitrine, et dit alors : « Vous avez reçu un bon coup. Charles a eu tort 'de vous abandonner. Il nous a amené aussi du dommage, mais il n'a pas lieu de s'en louer, car, sur vous, je viens de bien venger les nôtres.»