‹ Role du pneumocoque dans la pathologie et dans la pathogénie de la maladie du sommeilChapitre 1 sur 4 · T. — IMPORTANCE UES AFFECTIONS A PNEUMOCOQUE · texte numérisé non relu

T. — IMPORTANCE UES AFFECTIONS A PNEUMOCOQUE

Au mois de mars \ 896, arrivait à Saint-Louis un détachement de tirailleurs sénégalais qui avaient été engagés au Soudan pour aller servir à Madagascar. Hâtivement recrutés, ils avaient été expédiés de Rayes sans être habillés. Fatigués par le voyage pénible du fleuve, qui dure à cette époque 40 jours en chalands, mal nourris, ils étaient encore insuffisamment vêtus pour passer d’un climat très chaud â une région relativement froide comme celle de Saint-Louis, où la température tombe pendant la nuit à 16 ou 18° avec grand vent.

Aussi ont-ils débarqué dans un état de santé très précaire, après avoir meme laissé quelques-uns d'entre eux dans les ambulances des postes du fleuve. Le jour même de l’arrivée, 6 hommes ont été amenés à l’hôpital atteints de pneumonie, et les entrées se sont succédé quotidiennement pendant tout leur séjour dans la ville.

Un mois plus tard, un nouveau convoi arrivait dans les mêmes conditions, avec les mêmes accidents, et fournissait autant de malades. En somme, du 23 mars au 3 mai, dans ces deux groupes de tirailleurs, 48 ont été atteints d’affections pneumococciques. Parmi ces 48 malades, il s’est produit 12 décès.

https://archive.org/details/b30476112

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L’effectif total étant de 200 hommes, il y a donc eu 24 0/0 de malades avec 6 0/0 de décès.

Les renseignements qui nous sont parvenus ultérieurement nous ont appris que ce mauvais état sanitaire s’était continué pendant toute la durée du vovage à Dakar, et sur le Paraguay qui les a transportés à Madag ascar.

Nous avions pensé tout d’abord qu’une pareille épidémie était un accident peu commun sur la côte d’Afrique, et qu’elle tenait uniquement aux conditions exceptionnelles dans lesquelles s’étaient trouvés nos tirailleurs. Mais nous n’avons pas tardé à nous convaincre que les allectious à pneumocoque, loin d’être rares chez les peuples du Sénégal, formaient, au contraire, la majorité des allectious aiguës dont sont atteints les indigènes. Depuis 3 ans, aussi bien les noirs do Saint-Louis que ceux des environs qu’il nous a été permis de voir nous un ont donné trop souvent la preuve. Pour citer des chiffres, nous avons pu relever en moins de 2 ans et demi, sur le registre des entrées de l'hôpital, 184 malades atteints de pneumonie plus ou moins grave. Si l’on tient compte qu’on n'y reçoit que la population militaire, dont l’effectif moyen est de G0Ü hommes environ, si l’on sait que ces hommes ne vivent point casernés, mais qu’ils habitent le village au même titre que la population civile, on comprendra rapidement quelle importance prend le pneumocoque dans la pathologie de notre colonie.

Un autre exemple encore plus frappant fera ressortir la gravité d’un lléau qui finit par faire plus de victimes qu’une grande épidémie, car il se renouvelle périodiquement sans doute depuis de longues années.

Au mois de mars 1898, le chef de la province du Oualo informait l’administration que la mortalité s’élevait à d éhormes proportions dans les populations qu’il administre. L’affection qui régnait, disait-il, ressemblait à une épidémie de tétanos. Les gens étaient pris presque subitement, et ne tardaient pas à mourir avec de la raideur de la nuque et une forte lièvre.

Notre adjoint, M. le Dr Marotte, fut envoyé dans cette région où il put voir beaucoup de malades présentant effectivement les symptômes décrits par le chef de la province. L’uutillage restreint dont disposait M. Marotte, la difficulté de faire accepter les autopsies par des gens aussi primitifs, et de les exécuter

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PNEUMOCOQUE ET MALADIE DU SOMMEIL

discrètement dans un village à population dense, ont malheureusement empêché notre aide de recueillir un grand nombre de renseignements. Il put cependant adresser au laboratoire quelques pipettes de sang retiré aseptiquement des veines du pli du coude chez quelques malades.

Grâce à l’autorité du chef, il réussit à pratiquer une autopsie et à envoyer des pièces. Mais à partir de ce moment les difficultés augmentèrent encore, et il eut les plus grandes peines à approcher les malades. Du matériel envoyé, il fut possible cependant de tirer de précieux renseignements.

Quatre séries de pipettes, provenant de quatre malades, ont été examinées et ensemencées. Le microscope ne permit de trouver aucun microbe. Mais l’ensemencement, négatif pour trois d’entre elles, donna pour la quatrième une culture pure de pneumocoques.

Les pièces d’autopsie, pulpes de foie et de rate, liqu ide céphalo-rachidien, et pulpe cérébrale, furentensemencées. Toutes donnèrent des cultures de pneumocoques, associés à du bactérium coli dans le foie et dans la rate, pures dans le liquide céphalo-rachidien.

Ces constatations, jointes aux caractères cliniques relevés sur les malades, permettent d’affirmer que nous étions en présence d’une épidémie de méningite cérébro-spinale à pneumocoques.

Les pneumonies devaient être certainement très nombreuses dans les villages atteints, mais elles n’ont, pas été signalées ni connues. Outre que les noirs n’attribuaient pas aux méningites si rapidement mortelles la même origine qu’à ces affections pulmonaires dont ils s’inquiètent peu en général, ils ont une très grande répugnance à consulter les médecins européens. Quand on fit le dénombrement des décès survenus par suite de méningite dans les trois mois où sévit la maladie, on constata, non sans étonnement, qu’ils atteignaient le chiffre de 200 en nombre rond dans une population do 20,000 habitants environ.

IL — Etiologie.

À quoi attribuer la fréquence de telles affections parmi les noirs, quandles Européens, résidant dans la colonie, y sont tellement insensibles qu’en cinq années de séjour au Sénégal, il ne

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nous a pas été donné d’observer un seul cas de pneumonie franche chez eux. La race indigène manifeste à la vérité une sensibilité particulière dont témoigne la fréquence des généralisations; maison va voir que la manière de vivre de ces populations laisse autant de place aux causes prédisposantes qu’à la contagion. Le climat du Sénégal présente des variations assez grandes, contre lesquelles les noirs ne savent point se défendre.

À la saison chaude et humide qui dure de juillet à novembre, et où le thermomètre reste presque continuellement entre 26° et 35°, succède assez brusquement une période d’hiver pendant laquelle la température, qui peut s’élever dans la journée, quand souffle le vent d’Est, à 35° et même 38°, tombe jusqu’à 13° à Saint- Louis et plus bas encore dans l’intérieur. Une forte brise accentue souvent l’effet de ces variations, contre lesquelles l’Européen est obligé de se protéger par des vêtements très chauds.

Les noirs, au contraire, sontabsolument dépourvus de moyens de défense. Us habitent des cases en paille dont les parois, formées de nattes grossières et peu serrées, sont très minces. Il y fait très chaud pendant le jour, très froid pendant la nuit. Le vent y pénètre de tous cotés à travers la muraille, etles habitants ne lui opposent aucune couverture, presque aucun vêtement.

Les étoffes de laine, en usage autrefois au Sénégal, ont cédé la place aux cotonnades anglaises avec lesquelles les noirs s’habillent aujourd’hui presque exclusivement. Une pièce d’étoffe pour le torse compose le boubou , une autre pour la moitié inférieure du corps forme le pagne. Comme beaucoup de primitifs, ils ne savent se protéger du froid qu’en ajoutant d’autres pagnes et d’autres boubous à ceux qu’ils portent. Encore ce luxe n’est-il permis qu’aux gens riches. Les autres n’ont qu’un seul vêtement qu’ils laissent flotter ou dans lequel ils s’enroulent.

Pour les enfants, quand ils sont vêtus, c’est d’une simple chemise. Disons en passant que c’est dans la population infantile que la mortalité est la plus élevée.

Il est presque inutile de dire que le lit se compose d’une simple natte ou d’une paillasse sans couverture.

Comment s’étonner, quand on sait l’importance du refroidissement dans le développement des maladies- et de la pneumonie en particulier, que cette dernière affection fasse tant de victimes?

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PNEUMOCOQUE ET MALADIE DU SOMMEIL

L’absence des soins les plus élémentaires de propreté et d’hygiène rend facile le transport des germes.

Dans ce pays où l’eau est rare, on ne se lave guère. Les ablutions prescrites par la religion musulmane se font avec du sable ou quelques cuillerées d’eau. C’est la pluie qui est chargée du blanchissage du linge.

La promiscuité est très grande; les nègres vivent souvent au nombre de 7 ou 8 dans une case de 9 mètres carrés.

Le plat est commun, chacun y puise avec la main dans laquelle il se mouchait un instant auparavant.

Tout le monde crache sans précautions sur le sol formé presque partout de sable marin.

Enfin les noirs, quelquefois très pusillanimes devant la moindre douleur, promènent assez facilement leur pneumonie sans se plaindre, répandant partout le pneumocoque sur le sol.

C’est ainsi qu’on a pu voir tomber, dans les rangs, des tirailleurs qui ne s’étaient point fait porter malades et qui mouraient 12 heures plus tard de méningite suppurée.

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