TRISTAN CLODION
On lit dans le Dictionnaire des Contemporains :
Clodion (Tristan), littérateur français, est né à Val- D’Ajoye (Jura), le 8 août 1832. Après des études incomplètes et brillantes, Tristan Clodion se fit condamner à cinq ans de travaux forcés, pour observer d’après nature les héros dont la peinture devait lui assurer la Igloire et la fortune. On connaît de lui ces œuvres délicates et charmantes qui s’appellent : Poissy-la-Perle dit le Ravageur des deux sexes (1858), le Notaire émancipé ou la Lime invisible (1860), la Chiourme galante (1861), le Gibier de potence (1863), la Carmagnole (1865b Casse-poitrine , etc., etc. et tant d’autres ouvrages qui nous ont séduits et émus. On a aussi de lui une Excursion humoristique à Cayenne , et des opuscules sur le régime des Colonies. Pensionnaire du bagne depuis 1852, Tristan Clodion est rentré dans la société au mois d’octobre 1857, pour se consacrer exclusivement aux lettres sous la surveillance de la gendarmerie.
Telles sont les précieuses qualités qui viennent de le faire attacher au Journal populaire , où son roman, Trenlamor, obtient, par avance, un si éclatant et si légitime succès. (\oir a notre première page le Médaillon de l’auteur et les Episodes les plus saisissants DE SON ŒUVRE.
(Le numéro : 15 centimes, dans tous les kiosques et dans toutes les gares.)
TRENLAMOR 151
Enfin, pour couronner cette popularité orchestrale, La Yie de Paris fit l’échange avec le Journal populaire, dont elle annonça l’œuvre en ces termes :
On dit que Trenlamor , le roman du Journal populaire , sera une salade de littérature pimentée, où se retrouveront tous les éléments et les types inventés et créés par les maîtres de l’École noire, le Répertoire du crime , la Grammaire des assassins, le Livre d'or des voleurs, des filous, des escrocs et des faussaires. PLUS D’ÉMOTIONS! Après la lecture de Trenlamor, l’âme sera trempée comme l’acier, les yeux de marbre, le cœur de bronze. On déterre les cadavres ! Ce sera terrible et sublime comme une page de la Bible. Cinq centimes, un sou!
(Changement à vue.)
l’imprimerie
Le 8 novembre, vers minuit, on aurait pu voir tous les personnages mis en scène au commencement de ce récit, quitter le grand salon de la Caverne d'or , descendre lentement les larges degrés de l’escalier d’honneur, traverser une cour obscure, puis disparaître, un à un, par l’orifice d’un escalier en spirale aboutissant à un immense sous-sol recouvert d’un vitrage : c’était Pimprimerie.
Un Philistin qui se serait égaré dans ce labyrinthe, aurait pu se croire transporté dans les Cercles de l'Enfer de Dante.
Huit presses à réaction dorment rangées, comme de 'hauts catafalques, au fond d’une crypte. La machine à vapeur fonctionne avide, brillante comme un joujou neuf. Le piston va et vient, inexorable et doux comme l’huile qui baigne ses engrenages d’acier. Pour parler la langue pittoresque des imprimeries, l'Ours (le correcteur) fait tête droite et tête gauche en corrigeant les épreuves; les mains des Singes (les compositeurs) voltigent sur la casse (boîte à compartiments qui renferme les caractères), alignant les lettres de plomb sur la
gâtée. Le metteur engages, déficelle les paquets composés et les bloque en colonnes. Des appels se répondent comme les commandements répétés sur le pont d’un navire : « Envoyez l’E 12 ! — Qui est-ce qui tient le quatre ? — Moi. — La cote H ! — Ici. » Les vingt-quatre colonnes du journal sont ensuite rassemblées sur le marbre ; puis, le bon a tirer donné sur la morasse (dernière épreuve en grande feuille), on serre les pages dans les cadres de fer à coups de maillet.
Une certaine agitation commence à se produire. Par une porte ouverte, on aperçoit une cuve de plomb fondu, et des hommes sinistres qui le versent comme du potage. C’est la clicherie. On moule Trenlamor. Bientôt on rapporte douze masses solides qu’on glisse sous les presses. On fixe les cylindres de papier, qui ressemblent à des rouleaux de madapolam; l’encre commence à suinter comme une boue noire; une large courroie de cuir saisit l’axe moteur des engrenages; un bruit aigu, strident, déchire l’oreille comme un râle métallique ; les margeurs grimpent au sommet des presses comme des écureuils ; une voix crie : « Boulez ! »
Tout se met en mouvement avec un vacarme infernal. En moins de deux heures, les machines vomissent huit cent mille feuilles de papier, qui vont s’envoler jusqu’aux extrémités du globe, emportées par les locomotives.
M. Plénipo saisit un numéro tout humide du baiser de la presse. Ceux qui l’avaient accompagné l’imitèrent, et tous disparurent, comme ils étaient venus, en remontant les spirales de YEscalier du crime.
TRENLAMOR allait bouleverser le monde.
TRENLAMOR
LE ROCAMBOLE DE L’iNDE
ON A COMMENCÉ Samedi, 8 novembre, 75 jours ON A COMMENCÉ après la daie de l’anniversaire ON A COMMENCÉ de la Saint-Barthélemy.
Charles IX aubalcon du Journal populaire.
Venez voir son arquebuse!!!
c’est fini!!! c’est le bouquet!!!
ÉCRASEZ-YOUs! ! !
Si vous avez des propriétés foncières,
Si vous possédez des immeubles,
Des actions nominatives,
Des titres au porteur,
VENDEZ TOUT Réalisez. Vous pourrez lire en fa-
VENDEZ TOUT mille Trenlamor.
VENDEZ TOUT II est impossible de joindre l’utile à l’agréable et de trouver une acquisition à un prix aussi exceptionnel.
Si vous avez des affections lointaines,
OUBLIEZ la patrie!
OUBLIEZ la famille!
OUBLIEZ Timothée Trimm!
Retenez votre vendeur,
Enfermez-le chez vous à triple tour, Mettez à sa porte des factionnaires.
Le sol de la capitale sera jonché des débris arrachés des numéros du JOURNAL POPULAIRE.
Emportez les numéros vainqueurs du