GENTILLE PASTOURELLE
entille pastourelle, que faites-vous ici ?
— Je cherche mes brebis par ici égarées.
- Si gente damoiselle à garder un troupeau !
- Seigneur, quant je naquis, j'y étais destiée. — Au milieu de ces monts, vous courez rand péril. Fillette, dites-moi, si vous vou- :z me suivre. — Un si brave monsieur et si léchant conseil! Vouloir me faire perdre les rebis de mon maître ! — N'ayez pas cette eur que les brebis se perdent, pour une eure de sieste qu'ici nous passerons. — Pa- 3Ïes ainsi faites point ne les veut entendre, ion maître me dirait que je suis en retard.
- Fillette, tu diras à ton maître que tu t'es britée, contre ce gros nuage qui allait te
f)0 ROMANCE! RO PORTUGAIS
tremper. — Je dirai vérité car je ne sais mentir : qu'en gardant mon troupeau j'eus des distractions. — Ecoute, pastourelle, j'entends des bêlements. — Ce seront les brebis qui se sont échappées. — Je m'en vais les chercher et ferai diligence. Qu'importe qu'aux rocailles je m'accroche et déchire. — Avec des bas de soie, ce sera grave affaire! Dans ce hallier allez avec précaution. — Bas de soie, escarpins, pour te faire plaisir, je n'y regarde pas, mon âme, mon trésor. — Les voici ramenées il n'en manque pas une.
— Etre à votre service était ma destinée.
— Seigneur, allez-vous en, ne me tourmentez plus. Mon maître va venir m'apporter à goûter. — Si ton maître survient, qu'il vienne à la bonne heure, fillette, nous dirons que j'arrive à l'instant. — Seigneur, allez vous en vous me tourmentez trop. Je ne veux plus vous voir, pas même en ma pensée. — Eh bien ! adieu, ingrate et belle pastourelle, reste ici je m'en vais dans les âpres montagnes. — Seigneur, ne partez pas, revenez, accourez, car l'amour est aveugle, je me soumets à lui.
— Ils s'assirent à l'ombre, autour d'eux tout brûlait. Quand elles disent non, oui est au cœur des femmes.
DOM ALEIXO
Nous étions trois sœurs, les trois se ressemblaient. L'une apprenait à l'autre à coudre et à broder. La plus jeune des trois, une nuit pour se divertir imagina de sortir par la porte du verger d'orangers avec deux torches allumées. Elle prit un habit de page qui lui allait à merveille, poignard d'or à la ceinture, brodequins lassés en couleur. Du haut en bas de la rue , elle fit ses allées et venues.
— Là haut demeurent trois sœurs, laquelle veux-je courtiser?
— Nous la regardions du balcon et nous riions de son manège. Enfin elle éteignit la torche, la lune au ciel était montée. Quand elle revint à la porte, jetant les yeux de côté,
()2 ROMANCE1UO l'OUTUGAiS
elle vit un ermite assis sur un banc de pierre.
— Que faites-vous ici, mon père, que faites-vous en ce lieu? j
L'ermite ne répondit pas, mais il se mit à se dresser si haut, si haut qu'en vérité, c'était fait pour épouvanter.
— Si tu es fils de l'enfer, je m'en vais t'exorciser. Si tu es une âme en peine je ferai dire des messes pour ton repos. — Je ne sors pas de l'enfer, tu n'as pas à m'exorciser. Je ne suis pas une âme en peine, de messes je n'ai pas besoin. Je suis l'âme de dom Aleixo qui vient te donner un avis. Au coin de la rue sous ce portail sept hommes se sont embusqués. Ils jurent par le Dieu vivant qu'ils t'arracheront la vie. — Eh bien ! par le Dieu vivant et par la vierge Marie, je jure que fussent-ils deux fois sept, ils ne me feront pas reculer. Oh ça, oh ça! Cavaliers, montrez votre vaillance. Mettez la main à vos épées-» à la mienne je la mettrai. Si l'un de vous n' a pas d'épée, je vais lui prêter la mienne. Ave& mon beau poignard dorée je saurai défendra ma vie.
Ces paroles n'étaient pas achevées que l'ef mite jette son froc. Il fut la prendre dans se^ bras, Tétreignit vigoureusement ; mais elle di>
DOM ALE1XO 9^
ugnard doré qu'elle avait à sa ceinture lui
>rta au cœur un tel coup, qu'il tomba mort
>es pieds.
— Qui t'a tué, dom Aleixo, qui t'a tué,
i de mon âme? — Ma dame, c'est toi qui
as tué, nul autre ne l'aurait pu.
Lève toi dona Maria, bien chaussée et mal
:ue, à présent en vain tu pleures et ton
te est perdue.
DOM ALEIXO
Dans la ville de Madrid, la meilleure ville du roi, il y avait un chevalier qui se nommait dom Aleixo. Du chevalier s'était éprise une damoiselle. Elle lui fit deux demandes pour ménager son bon renom. L'une fut qu'il vint toujours seul, l'autre qu'il vint à la minuit, quand est endormi tout le monde. Dix heures n'avaient pas sonné que dom Aleixo s'habillait, il prit son chaperon de pourpre, il prit son chapeau de gala, il prit aussi son épée pour aller voir son amie. En arrivant dans un bois, il fut assailli de pierres. — Ne m'attaquez pas avec des pierres, des pierres c'est une lâcheté. Mettez la
main à l'épée, comme je mets la main à la mienne ; et si quelqu'un de vous n'en a pas, la mienne je lui prêterai. Cessez, cessez, ô vilains, n'usez point d'un pareil combat. Je veux faire un testament des biens que je possède. Mon âme je la donne à Dieu et à la vierge sainte Marie. Mon corps si vaillant je le donne à la terre froide, mon cœur à ma dame, la discrète dona Maria.
Dona Maria s'éveilla du sommeil dans lequel elle était. — Qui t'a tué, dom Aleixo, qui t'a tué, ma vie ? — Ce sont vos brigands de frère qui m'ont ôté la vie. Imprudent celu qui va de nuit, avisé celui qui va de jour Malheur à celui qui a des amours et ne s'en peut dégager.
Elle prit un poignard d'or, qu'à sa ceinture elle portait. — Je veux m'arracher l'âme, pour te tenir compagnie.