SONNET SUR LE PORTRAIT DE LA PUCELLE
Celle qu'icy tu vois, ce n'est une amazone, Encore qu'en valeur au milieu des combats Ny en chaste courage elle ne cède pas A celles que plus haut l'antiquité nous sonne;
Celle qu'icy tu vois, ce n'est une Bellonne, Encores qu'à la guerre elle marche d'un pas Non moins délibéré, faisant tomber à bas Un million de gens, que son glaive moissonne ;
Celle qu'icy tu vois, ce n'est pas de Jupin La fille , qui sortit de son cerveau divin, Encores qu'elle soit en pareil équipage :
C'est une pastourelle, à qui la France doit Sa franchise, et sans qui languiroit en servage Le François , que son roy trop foible défendoit.
(1) Retueil de Charles du Lys, p. 58. — Ce sonnet est d'Alexandre d'Anglure, sire de Bazemont — La baronnie d'Anglure près Suzanne était un fief mouvant de l'évèché de Troyes. Son seigneur avait le titre de premier baron de Champagne. — La maison d'Anglure a produit plusieuri hommes distingués.
LE MONUMENT DE JEANNE DE l)OMREMY
ïcy bas ne gist la Pucelle, Qui conserva le champ du lys :
La terre n'est pas digne de celle Qui meurt pour sauver son pays (1).
Jacques Dorât, archidiacre de Reims-
La France n'estoit plus que l'ombre de la
[ France ; Son cœur estoit failly, ses membres presque
[ morts ; Il ne nous restoit plus que le nom de ce corps, Que l'Anglois (estranger !) avoit en sa puissance !
(t) Après la révision du procès de Jeanne, Charles VII, en 1458, fit élever sur le pont d'Orléans un monument en l'honneur de l'immortelle jeune fille. Au centre était la statue de la vierge ; à ses pieds, à droite et à gauche, étaient à genoux Charles VII et Jeanne : ils imploraient de son intercession la délivrance de la patrie. Au-dessous étaient trois pierres destinées à recevoir des inscriptions ; elles les attendaient encore en 1628. C'est alors que Charles du Lys réunit toutes les poésies latines et françaises proposées pour achever le monument. — A ce recueil, publié à Paris en 1628, nous empruntons ces deux pièces d'origine champenoise.
Jeanne de Dompremy, la seule délivrance Des François asservis, qui dompta les efforts Des Bretons impétueux, qui regnoient les plus
[ forts, Fait renaître ce corps et lui donne allégeance.
Mais, hélas ! comme elle eust ranimé cet estât, Elle ressent l'effet d'un meschant attentat , Innocente, au milieu d'une cruelle flamme.
Ah ! Anglois ! tu te trompe : elle n'en mourra
[pas:
Il faudroit que la France eust souffert son trespas , Car la France est son corps, comme Jeanne est
[son âme(l).
(1 ) J. Legrand, sieur de Briocourt, avocat du roi au présidial de Chaumont en Bassigny. C'est dans le bailliage de Ch aumont que se trouve la commune de Domremy. — La fin de ce sonnet rachète la faiblesse du début.