‹ Romancero de Champagne (volume 2)Chapitre 77 sur 129 · RAVAGES DES ROUTIERS EN CHAMPAGNE · texte numérisé non relu

RAVAGES DES ROUTIERS EN CHAMPAGNE

virelai. — (1375.)

Les Bretons ont fait compaingne Pour aler en Alemeingne 0 le seigneur de Coucy.

Mais puis se sont averty Qu'il fait plus doulx en Champaigne.

Les trièves nous ont honny :

Car chacun s'est départy Pour le traictié de Bretaigne.

Loire s'en est bien senty Et Aucerrois autre cy ; N'est pays qui ne s'en plaingne.

Il n'est mauvais qui remaigne, Qui ne pille et qui ne preingne.

Le bien commun est ravy ; Défendre ses biens ne ly, N'ose nulz, Dieu en conviengne.

Les Bretons ont, etc.

Sages sont notre ennemy, Qu'eulz estans en dur party Ont trièves, quoy qu'il aviengne, Et vivent en noms d'amy, Dont plusieurs seront péry A descouvrir leur enseigne.

Hélas ! tout le cuer me seigne ; Je nesay qui leur ensaigne A eulz gouverner ainsi :

Se Dieu n'a de nous mercy, Nous devendrons aulx d'Espaigne.

Les Bretons ont, etc.

Onques tel chose ne vy ; Car il ont à Saint-Thierry Faicte la foire brehaingne, Qui est de Saint-Vertremy.

Maint marchant ont amaty Et robe sa propre gaigne, Mercerie, draps de layne, Chevaulx, c'est chose certaine.

Fiertre, bras et crucefy De l'église ont sans deffy Appliqué à leur demayne.

Les Bretons ont, etc.

(1) Eustache Deschamps, 1375. — Il y eut trêve entre la France et l'Angleterre. Le duc de Bretagne, allié des Anglais, licencia ses troupes. A la requête de Charles V, le sire de Coucy, Enguerrand VII, emmena les routiers du côté du Rhin, pour faire valoir ses droits sur l'Alsace Forcés de rentrer en France, ils ravagèrent la Champagne, pillèrent l'abbaye de Saint-Thierry près Reims, et lui enlevèrent ses ornements d'église et son trésor. — V. une autre chanson sur le même sujet dans notre édition de Deschamps.

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