‹ Romancero de Champagne (volume 2)Chapitre 87 sur 129 · DUC DE BOURGOGNE, ADVENUE SUR LEPONTDEMONTEREAUHFAUT-YONNE · texte numérisé non relu

DUC DE BOURGOGNE, ADVENUE SUR LEPONTDEMONTEREAUHFAUT-YONNE

(10 Septembre 4419.)

Dieu, qui est vray miséricors (1), Vueille ceulz en santé tenir, Qui vorront oyr nos recors Et de vollenté retenir ; Dont chy orés, au Dieu plaisir, Pitié recorder playnement Du bon duc, que on a fait morir :

Dieu mesche s-ame à sauvimentf!

(1) Chansons du temps de Charles VI. — M. Lhroux dk Lincy, .1857, page 19.— Jean, duc de Bourgogne, avait, en 1407, fait assassiner le duc d'Orléans, frère de Charles VI. De là la haine que lui vouèrent les amis du prince, connus sous le nom des Armagnacs. Il eut d'abord le gouvernement de la France, puis il le -perdit. Son mécontentement amena la guerre civile et l'invasion étrangère. Une entrevue solennelle, où l'on devait tenter un rapprochement entre le prince et le dauphin, eut lieu au pont de Montereau : il y fut assassiné d'un coup de hache par Tanneguy Duchastel, qui crut venger son ami le duc d'Orléans et délivrer la.France d'un fatcticnx.il oubliait qu'un crime ne justifie pas un crime. Les Bourguignons devinrent alors les alliés des Angtafe, et la (France fut plus malheureuse que jamais. Le plat pays, c'est-à-dire la Champagne et la Brie, qui séparaient la Bourgogne de rUe-de-'FBance, devint le ctoamp de-ba- Uillc que se disputèrent les factions.— De là cette curieuse complainte écrite par un partiean du duc de Bourgogne.

Sancq et nature vault finer, On s'en peult bien apperchevoir ; Amys font l'uni l'autre miner Et déchéir par noncaloir ; Plainement on voit apparoir Les signes de mortalité :

Jésus, par son digne pooir, Ayt du poyre poeuple pité !

Que le comte de Charoloix (1) A moult de tristesse et doleur !

Madame sa mère, c'est droix (2), En a forment dolent le cueur, Etaussya sa bonne seur (3), Qui d'Austrisse tient le pays, Et la dame de grand valeur Qui Haynau tint au temps jadis (4).

Celle de Savoye ensément (5) S'en doit grandement dolourer.

Le duc de Brabant proprement (6) En doit aussy grand dœil mener :

Et Saint-Pol en doit bien plourer (7),

(i) Philippe le Bon, alors comte de Charolais, duc de Bourgogne à la mort de son père Jean Sans-Peur.

(2) Marguerite de Bavière, veuve de Jean.

(3) Catherine de Bourgogne, sœur de Jean, femme de Léopold, duc d'Autriche.

(4) Jacqueline de Bavière, comtesse de Hainaut, duchesse de Bourgogne, mère de Jean.

(5) Marie de Bourgogne, fille de Jean, femme d'Anne, comte de Savoie.

(6) Jean de Bourgogne, neveu de Jean, duc de Brabant.

(7) Philippe de Bourgogne, neveu de Jean, comte de Saint- Pol.

Et aussy doit plourer Nevers (1). Jhésus-Christ lui vœuille ottrier Vray pardon de tous ses méfiais !

Et Jehan de Bayvière aussy (2) En doit estre le cuer dolant :

Perdu y a un grant ami, Et qui du cueur lui fut aidant ; Aussy à la dame plaisant De Guienne, qui fdle estoit (3) Au duc qui a fini son temps :

Jhésus miséricors luy soitl

Tous seigneurs, prinches terriens En sont en tribulacion.

Il n'est grans, petis ne moyens, Qui n'en soit en confusion :

Moult doubtent la pugnission Du mal, qui en porroit yssir.

Se Dieu n'y met provision, Grant meschiefenpoeult advenir.

Las! que les gens du plat pays En sont attendant de griesté !

Trestous, communs, grans et petis, En sont grandement destourbé.

Laz ! ils ont esté desrobé, Perdu le leur en trestous cas.

Ils secuidoient reposer :

(1) Charles de Bourgogne, neveu de Jean, comte de Ne vers.

(2) Jean, duc de Bavière, beau-frère de Jean.

(3) Marguerite de Bourgogne, fille de Jean, femme de Louis de France, dauphin, duc de Guienne, et femme en •h uxi.'mes noces d'Artus de Bretagne, connétable de France

Mais fortuite tes mfei au bas

La dame: qui cueur a vaillant (1), Qui fut femme au duc Bourguignon, Ses bons amis va requérant , Disant : — Henuyer, Brabanchon, Souviengne vous du bon baron !

Etaussy entre vous, Flament, Que sa mort venghiés de cueur bon, Contre ces Ermignalz païens (2).

Le bon conte de Charolois Se complaint moult piteusement De la paix, que on fist l'autre fois, Au jour que on tint le parlement.

Ensemble allèrent à ce mouslier Et rechurent leur sacrement, Et promirent paix sans tricquier :

Et puis l'ont murdry faussement !

Oncques mais seigneur si puissant Ne fut par tel party fine :

Quant par ceulx, où s'aloit franc, Il a esté persécuté.

Chieux Dieux, qui en croix fut péné, Lui fâche à son ame pardon, Et tous ceulx qui sont trispassé, Ayent aussy de Dieu le don !

Sy prions Dieu dévotement Qu'il vœulle nostre duc garder,

(1) La veuve du duc Jean Sans-Peur.

(2) Tanneguy Duchastel, les amis du feu duc d'Orléans, les partisans du dauphin, qui eurent le malheur de souiller par un crime le drapeau de la nationalité* française.

Et aussy ceulx semblablement Qui Franche doibvent jouvener !

Et vœulle les seigneurs garder, Qui sont au noble prinche amys, Et paix et paradis doner Au Seigneur, dont sommes subgis !

LE DIT DU TRAITÉ DE TROYES (21 Mai 4420.)

Une femme eust jadis perdu l'humain lignaige, En séduisant Adam, son chef et sa moitié , Si Dieu, par une vierge aussi sainte que saige , N'eust étendu sur nous de son fils la pitié.

Catherine eust planté nos lys en Angleterre, Notre salique loy par armes s'abbatant, Si Jeanne la Pucelle, en protégeant sa terre, N'eust l'ennemy vainqueur défait en combat-

[tant (1).

(l) H allé y, avocat général à la cour des aides. — Recueil de Charles du Lys, p. 22.— Le 21 Mai 1420, un odieux traité mariait à Henri V, roi d'Angleterre, Catherine de France, fille de l'infortuné Charles VI, et lui transférait ses prétendus droits à la couronne de France après la mort de ce dernier. — Le dauphin en appela à Dieu et à la France. Dieu lui envoya Jeanne d'Arc, et la France lui garda sa couronne en sauvant sa propre nationalité.

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