L'AUTEL DE LA PATRIE A TONNERRE
Dans ce petit coin de la terre Je crois voir le séjour des dieux ; Mais, de quels dieux? C'est un mystère Ceux des enfers ou ceux des cieux.
Habitants de cet hémisphère.
Vous pour qui je forme des vœux, Les éclats de votre tonnerre Ne peuvent qu'obscurcir les cieux.
N'allez pa? vpus mettre en colère :
Pardonnez-moi ! Je suis peureux.
Quand j'entends gronder le tonnerre, Je pe crois plus qu'aux mauvais dieux.
Accusez-moi d'être sincère ; Citez-moi devant tous vos dieux.
Des dieux faits pour troubler la terre Ne peuvent être ceux des cieux.
Les dieux du ciel, ceux de la terre Aiment les sons mélodieux.
Aux vôtres il faut le tonnerre :
Ils ne sont donc pas dieux des cieux.
Aux enfers la noire mégère Se plaît, en agitant ses feux.
Amis, (le foudre et de tonnerre, Oh ! voilà bien quels sont, vos dieux.
Chez les dieux gardés par Cerbère, On ignore le nom d'amis.
Voilà donc, enfants de Tonnerrey Les dieux dont vous êtes épris.
Embrassez-vous , devenez frères , Vous serez les enfants des cieux.
L'union divinise la terre; Des hommes elle fait des dieux.
Devant l'autel de la patrie Allez abjurer vos erreurs.
Chantez-y : — Liberté chérie, Réunis enfin tous les cœurs I
Aux ennemis de la patrie Renvoyez toutes vos aigreurs :
La discorde une fois bannie.
Vous ne cueillerez que des fleurs.
Devenus des dieux sur la terre, Du ciel devenus les enfants, Vous ne lancerez le tonnerre Que pour foudroyer les tyrans (1).
(I) Tonnerre.— Collection de M. LbMaistrb.— Ces couplets, attribués à l'abbé Piat, devenu princii>al du collège de Tonnerre après la Révolution, furent chantés au pied de l'autel delà patrie.
LA RONDE DE LA SAiNCTION DU BRANDON.
(Juin 1794)
Chantons tous à la ronde :
— A l'union, à l'union !
Brûlez, brûlez^ immondes :
C'est la raison, c'est la raison.
L'aristocrate avait promis De garder ses titres maudits :
Ses projets ont manqué ; On lui a confisqué. — Chantons, etc.
Disparaissez, nobles mutins :
Tel est à tous votre destin.
Votre règne est passé, Race mal avisée. — Chantons, etc.
Et vous, titrés, crosses, mitres, Dites votre Miserere.
Vous voilà dans la crotte, D'aumus se portant hotte. — Chantons, etc.
De ces antiques apanages Il ne doit plus rester d'images.
Plus de stupidité !
Mort à l'absurdité ! — Chantons, etc.
Nous faut chanter un Libéra Après un semblable trépas.
Quiescant in pace !
Vivons en liberté.
Chantons tous à la ronde — A l'union ! à l'union I
La paix est dans ce monde, Et la raison, et la raison (1).
(1) Reims, Pierrard et Delaplacc —Collection de M. Bbis- SABT. — Cette ronde, imprimée dans un recueil de chansons publiées à l'occasion de l'inauguration du temple de la Raison à Reims, fut dansée autour d'un feu de joie, rappelant celui de la fétc des brandons, et entretenu avec les archives du sacre, du chapitre, de l'archevêché, les ornements sacrés et les meubles du palais archiépiscopal, le 10 Août 1793 , fête de l'unité et de l'indivisibilité de la république, — le 20 Décembre 1793, fête de la Raison, — le 8 Juin 1794, jour de la fête de l'Etre suprême. — La ville de Reims vit dans ses promenades allumer des feux du même genre. Ces actes de vandalisme expliquent les lacunes de nos archives, la ruine des monumcals de notre histoire locale.