‹ Romancero de ChampagneChapitre 130 sur 131 · COMPLAINTE · texte numérisé non relu

COMPLAINTE

DE tA MORT

DE L'ABBÉ JEAN GODfNOT.

Or, écoutés, petits et grands, Un des tristes évènemens Causés par la mort d'un chanoine Qui donna tout son patrimoine, Et qui fut, après son trépas, Vilipendé par des ingrats.

C'était un si bon citoyen Et qui nous a fait tant de bien, Qu'on en gardera la mémoire Tant qu'on aura de l'eau à boire ; Sans doute il est bien avec Dieu, Dans le ciel, tout au beau milieu.

À peine fut-il décédé Que, par un méchant procédé, On refusa de mettre en terre Son corps étendu dans la bierre, Parce qu'à la Constitution Il n'avoit pas dévotion.

Sitôt que la cloche eut sonné, Le chapitre fut assemblé, Pour voir s'il donneroit sépulture À cette bonne créature, Qui déjà dans le paradis S'en étoit allé tout brandis.

Tout d'abord Monsieur le prévôt, Qui n'est ni gauche ni manchot, Partisan d'une bonne cause, Très-éloquemment leur propose D'inhumer avec tous honneurs Leur confrère et leur bienfaiteur.

Pareille proposition N'eût point eu d'opposition Sans la loyaliste cabale, Qui, ne craignant point le scandale, Vouloit que sur lui l'on vengea Le déshonneur de Molina.

Le plus fougueux de ces gens-là, Le poing fermé, se signala.

Le Camus, faut-il qu'on le nomme?

Prétendant bien défendre Rome, Donnoit l'enfer pour logement À cet homme si bienfaisant.

Mais le prévôt adroitement Et notre habile lieutenant Conduisirent si bien la chose , Qu'on lui fit creuser une fosse , Et qu'on l'enterra poliment, Avec un grand contentement.

Or prions le doux Rédempteur,

Pour évitet le grand malheur D'avoir jamais aucune prise Avec Messieurs les gens d'Eglise ; Nous aurions, dès ce monde-ci, Enfer, et purgatoire aussi (1).

(i) BU>1. de Reims.— Manuscrit de Taisy.— Jean Godinot» ne en 1661 , mort en 1749, chanoine de Reims, prit part, comme tous les ecclésiastiques de son temps, aux querelles des jansénistes et des molinistes. Les partisans du Père Quesnel étaient et ont été longtemps nombreux dans nos murs. L'abbé Godinot était du nombre, et, à sa mort, ses adversaires voulurent lui faire refuser les honneurs dus à son rang. Cette rigueur posthume était d'autant plus inconvenante qu'il avait passé sa vie à faire du bien. Il avait doté Reims d'écoles chrétiennes et d'autres institutions bienfaisantes. C'est à lui que nos pères durent les fontaines qui leur distribuaient de l'eau potable. On évalue à plus de 500,000 livres les sommes dépensées par son patriotisme et sa charité.— La rancune des chanoines molinistes inspira de nombreux couplets : elle eut aussi pour elle des chansonniers.— Ne réveillons pas le chat qui dort : imitons un bon curé d'un de nos villages, lequel, en bonne compagnie, à table, en face d'un jambon rose et blanc, pressé de dire s'il était janséniste ou moliniste, déclara qu'en son âme et conscience il était jamboniste,. et disons à tous : Beqwescant inpacel

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