LES ROYALISTES DE MEAUX
(1 CT Janvier 1594.)
Le ligueur espagnol s'est fort scandalisé, Quand il a veu le roy s'estre catholisé :
N'ayant plus de subjet pour luy faire la guerre, Chacun d'eux s'est bandé pour usurper sa terre.
Maintenant disent entre eux qu'il faut pre-
[ miérement Estre absouz du passé, ne pouvant autrement Estre oingt ne sacré qu'il n'ait fait pénitence, Et qu'il ne peut avoir la couronne de France.
L'Espagnol leur transmet force doubles dou-
[ blons Pour mieux entretenir leur ligue et union, Pour faire assubjectir sous son obéissance Ceux qui n'ont recongneu encor le roy de
[France.
Le gouverneur de Meaux a faict un brave
[traict, Lorsque ces beaux doublons il leur a arresté, Et, suivant son devoir, il remet à son prince La ville de Meaux et toute la province.
Cela doit estre exemple à chaque gouverneur De suivre le party de nostre roy vainqueur,
Lequel, maugré leur cloute, est leur roy lé-
[gitime, Des autres surmontant le renom et l'estime (1).
(1) Collection de Th.-G. Tarie.— Cette chanson se trouve en dix-huit couplets dans le tome II de M. L. de Lincy, page' 501 .—La ville de Meaux fut entraînée dans la Ligue par «on évoque, Louis de Brézé, chancelier de la Sainte-Union, mort en 1588.— Après la mort de Henri ni, elle refusa de reconnaître le Béarnais, et fut plusieurs fois assiégée par les royalistes.— Les bons citoyens finirent par voir qu'ils servaient d'instruments à d'odieuses intrigues, et voulurent revenir à la légitimité. Le sire de Rentigny, gouverneur de la ville, s'aperçut de leurs intentions et voulut livrer la place à l'Espagnol, qui l'avait achetée. Les habitants surent maintenir les soldats de Philippe II hors de la ville, puis ils arrêtèrent Rentigny et le mirent hors des murs. Le sire de Vitry-Coubert, élu à sa place, commença par se débarrasser des étrangers ; ensuite, ayant vu, le 25 Juillet 1593, le roi se convertir, il s'entendit avec les honnêtes gens pour le reconnaître. Le 31 Décembre suivant, le gouverneur, les éohevins et vingt des principaux citoyens de Meaux se rendirent à Dammartin, où se trouvait Henri IV, pour lui offrir leur soumission. Admis devant le prince, leur émotion fut telle, qu'ils ne purent dire un mot et tombaient à genoux. Le roi courut à eux, les releva, leur assura que Meaux était sa bonne ville et ses habitants ses bon* sujets.— « Je vous embrasse tous, dit-il, en leur ouvrant les bras ; embrassezmoi. »— Ainsi fut fait. — « Vous m'avez été contraires, ajouta -t-il; moi, démon côté, je vous ai fait du mal. Je ne veux pas seulement oublier levasse : je veux vous faire à l'avenir tout le bien que je pourrai. »— Le lendemain, 1 er Janvier 1594, le Béarnais faisait à Meaux une entrée triomphale aux cris de : Vive le roi ! Le lendemain, dans toute la Brie on chantait :
Fy de la Ligue et de son nom !
Fy de la Lorraine estrangère !
Vive le roy ! Vive Bourbon/ Vive la France, nostre mère !
La Ligue n'est que trahison :
Fy de la Ligue et de son nom !