LE DIT DE LA FRONDE A TROYES
Vous, qui fustes tant pour la Ligue, Qui toujours Avez fait la nique Aux bons enfans de Loyola, Vous, dis je, Troiens, vous voilà Devenus vrays cardinalistes .
C'est bien pis qu'avoir les jésuites, D'avoir receu chez vous Praslin, Puisqu'il combat pour Mazarin.
Vrayment c'est une chose bien honneste 1 Vostre ville est encore bien beste De trahir nostre parlement.
Mais quoy! c'est l'honneur seulement, Dans ce rencontre, qui vous» mène.
On vous promet cour souveraine :
Vos conseillers, à droict ou tort, Jugeront en dernier ressort ; Conseillers de six mille livres, Qui n'ont or, chevances ny livres, Car os ses, cochers ny chevaux, Rendront des arrests tous nouveaux.
Vray Dieu ! ce sera belle chose De voir ceste métamorphose.
Il fault travailler tout exprès Aux degrés de vostre palais.
Il fault refaire la grand'salle :
Il ne fault plus qu'on y balle,
Ou qu'on y loge des farceurs.
C'est pour Messieurs les procureurs !
Ce lieu leur sera commode Pour plumer cliens à la mode, ' Et puis, par quelqu'arrest fatal, Les pousser jusqu'à l'hospital :
Car tu sçais que c'est là tout proche.
Mais laissons un peu le reproche r Parlons plustost des liberté^ r ' Des droicts et des iomunitôs ■* Que Ton prépare à vostre- ville : >' Qu'elle deviendra helle fille, Et ses habitants beaux gacçon&i Vous n'aurez plias de garnison r Che& vous n'entrera plus sondrilte; Sy ce n'es! trois ou quatre mkfte Pour gardée rostre tour Boikau,; '■ Car ta parlement bien et beau ; : < ; Prétend bien rataisser vos cî estas.
Vous; awrea droict, aux bannes fe&tès, De mettre vos plus beaux habita, ' Soient ils dedrapou detahis; ' De manger, jours gras, des ajodouiRes ; Dans le caresœe, des: grenouilles»;.
D'aller vêtir jouer citez Cassey, D'aller promener à Gensey, Venir gouster chez la bonne amev - Puis au salut à Nostre-Dame.
Pour toy, nostre très cher aaay, Que je ne nomme qu'à demy, Craignant vostre cour souveraine, : ; Tu vendras papier à la royale, > Papier de Monsieur Mazari», i'
Plus bhme que hiy, mais flfeoin& fin.
N'est ce pas un beau privilège ?
Mais il faut finir, te dirais je :
Lis messager, qui veut partir, Ne me donne plus de loysir.
Assure toy qu'étalonne troàpjte De bon vin et & plaine couppe, Mangeant de cinq sols un pas té, Nous allons boire à ta santé.
JP.-S. Mais j'ay oublié à vous dire Qu'un sot preschéur nous a fàicttire, Un jotrtr de caresme prenant, r Pensionnaire de Mazarin Et cousin germain de ÏVaslin, " En accusant le parlement (1).
(1) Mazarin. pour maintenir la ville de Troyes- dans le parti royal» Ini promit mont» et merveilles, des prfvikéges, des franchises et une eour de parlement comme capitale de l'ancienne Champagne : il caressait les souvenirs «Tune natfetaiité dont les traditions vivaient et vivent encore.— dtarieu de Ghoiseulii «omte dn Ptessis-PrasUn, Champenois de fane, maréohal de France, gonverneur de Troyes, défsnAt la légitimité centre la Ligne et l'étranger, se trouva àq«trante-sept batailles et commanda neuf fois les armées françaises. Il mourut en 1626.— César, son neveu, dont il s'agit ici, maréchal de France, prit parti pour Mazarin contre la Fronde, vainquit le grand Tarenne à Rethel (1650); un de ses fils fut tué dans cette bataille. En 1650, il commandait en Champagne, et en 1653, il reprit Sainte-Menehould. Il fut fait duc de Choiseuil en 1665. Il laissa des mémoires, et perdit deux autres fils au service de la France. Il mourut en 1675. Sa famille doit son nom au village de Choiseuil près Langres.— Praslin est une commune située près de Troyes.