‹ Romances, ballades et légendesChapitre 42 sur 53 · ROBERT · texte numérisé non relu

ROBERT

« Ici la cuirusse , la lance , « Ne préservent pas le guerrier.

« Regarde Fonde fugitive , «« Tu voudrais l'arrêter en vain.

« Adieu , Robert : sur l'autre rive , • Nous nous verrons demain.

« Conrnie toi j'ai bravé l'orage , « J'ai ri de la fureur des flots ; « J'ai dit y en quittant le rivage, « La vague épargne le héros.

» Mais le tems fuit, la barque arrive •> Au lieu marqué par le Destin.

" Adieu , Robert : sur l'autre rive , « Nous nous verrons demain. •

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Ah ! dite^moi quel est dans ce bocage Ce chevalier qiie je vois sommeiller?

Quel noble éclat brille sur son visage !

Ah , qu'il est beau! je vais le réveiller.

Laissez y Emma, laissez jusqu'à l'aurore , Laissez en paix sommeiller le héros ; Ah y qu'il repose ! oui f qu'il repose encore Tandis qu'il dort, il ne sent pas ses maux.

Il veillerait si la voix de la guerre Faisait , Emma , retentir les vallons ;

Il veillerait si la main étrangère Osait encor s'étendre sur ces monts.

Mais une amante y inconstante , infidèle , Une parjure, a trahi le guerrier.

Il aime , hélas ! il aime la cruelle :

Quelques instans laissezr-le l'oublier,

Amis , soldats , voici la plaine , C'est ici qiie l'on combattra .

Amis , la victoire est certaine , Saint-Denis nous la donnera.

A la lueur de votre lance J'ai vu pâlir nos ennemis.

Honneurs aux bons soldais de France 1 Mont-Joie et Saint-Denis î

Qu'à l'instant la trompette sonne !

Fanfare pour tous les guerriers î

^ Et que chacun de nous moissonne :

C'est ici le champ des laiirifer».

Amis , déployons roriflamme , Car nous marchons devers Paris :

Nous allons revoir Notre-Dame.

Mont-Joie et Saint-Denis î

Si quelque coup vient nous atteindre , C'est pour nous loger en bon lieu ; Et l'on n'a jamais à se plaindre Quand on soupe avec le bon Dieu.

Il aime le métier des armes , Car il remplit son paradis De francs-archers et de gens d'armes.

Mont-Joie et Saint-Denis î

W^ommaqt.

Beau chevalier, approchez-vous de moi , Mais quittez d'abord cette armure ,

Et ce cimier qui me remplit d'effroi , Et cette cniraise si dure.

Beau dievalier^ si vous êtes discret, Je pourrai vous dire une chose.

Ëcoutezr-moi , vraiment c'est un secret , Je voudrais le dire , et je n'ose.

Beau chevalier, j'aime votre valeur, Et je veux être votre dame.

Me voulez-vous consacrer votre cœur , Et me le jurer sur votre ame?

Beau chevalier, mettezr-vous à genoux ,

Rendez hommage à votre mie ; Soyez mon preux y soyez vaillant et doux , ' Et je suis à vous pour la vie.

Beau chevalier, il faut partir. Adieu î

Allez mériter ma tendresse , Allez combattre , et ne craignez que Dieu , Et n^aimez que votre maîtresse.

Ha^moij^el ir*Slnwut,

Laisserez-vous seulette La pauvre bachelette , La fille du hameau , O gentil damoiseau?

Depuis Taube nouvelle , Au pied de la tourelle J'attends votre retour, Beau damoisel d'amour.

J'ai vu sur la fougère Une plume légère Qu'agitait le zéphyr^

J'attendais un soupir.

Mais bientôt le silence À cbasse Tespéraiice.

Ête»-vous de retour, Beau damoisel d amour?

Dans Tonde qui murmure J'ai revu la figure Qui fait l>attre mon cœur :

Ce n'était qu'une erreur.

Votre ombre fugitive Seule ^tait sur la rive.

Êtes-vous de retour, Beau damoisel d'amour?

La gentille £ravette , Si joyeuse et follette ,

Semble aujourd'hui languir, Et ne fait que ge'mir.

Et moi , triste , pensive , Moi, comme elle plaintive, J'attends votre retour, Beau damoisel d'amour.

« Sire Ecujer, si vous avez courage , Si vous savez porter de nobles coups , Arrétezr-vous un instant au village :

Un infidèle y helas! est parmi nous.

« Le mécréant est de race cruelle , C'est un gentil indigne de merci.

Il a trahi Blanche ^ Aline ^ Isabelle; On dit qu'il songe à me trahir aussi.

« Il se pourrait cpi'en voyant votre lance ^ Il soit moins prompt à me manquer de foi .

Vous lui ferez jurer obéissance , Et lui direz de n'obéir qu'à moi.

« S'il ne le fait , frappez de votre glaive ; Mais cependant ne Irappez pas trop fort, Car du combat faut bien qu'il se relève , Pour l'amender, ne faut le mettre à mort.

« Sachez pourtant montrer votre vaillance ; Car l'infidèle est jeune et courageux , Et s'il avait la vertu de constance , Nul chevalier ne pourrait valoir mieux.

« Ne vous promets dans l'une ou l'autre chance , Sire Ecujer, que pour vous je serai.

S'il est vainqueur, je suis sa récompense , S'il est vaincu, je le consolerai. »

ôngtt^ttanir tut ^oncu

Près du vallon, il est sur la colline

Un vieux castel inhabité ; Voyez sa tour qui s'élève et domine

Sur tous les donjons du comté.

C'est en ces lieux que demeurait naguère

Le sire Ënguerrand de Couci , Qui fut un preux si vaillant à la guerre :

Que le Ciel lui fasse merci !

Sire Enguerrand , un jour, sur la fougère

Aperçut la jeune Isabeau :

Notre isabeau n'était qu^une bergère ;

Mais sire Ënguerrand était beau.

Le preux se prit à songer d'amourette ,

La pauvrette y songeait atissi.

Ils étaient seuls , seuls et sous la coudrette :

Que le ciel leur fasse merci î

Simple , Isabeau croyait qu'étant fidèle ,

Enguerraod Taimerait toujours ; Mais au pays advint une autre belle ,

Il eu advint d'autres amours.

Félicité finit pour la bergère j

Mais le chagrin finit aussi.

Le preux la vit conduire au cimetière j

Que le ciel lui fasse merci !

^t TSittommtU

Tu vois au fond de ce vallon Ce ruisseau qui fîiit et murmure ^ C'est là que fot la sépulture De sire Ënguerrand le félon .

Près de cette onde fu^tive Un goufïre est ouvert sous ses pas.

Bergerette , n'approche pas , Sire Ënguerrand est sur la rive,

Lorsqu'après l'heure du berger Se montre l'ombre redoutable , Contre ce prestige eflfrojable

LE SOMMEIL. un

Que Dieu daigne te protéger.

Vois la châtelaine craintive Qui pâlit et presse le pas.

Bergerette, n'approche pas, Sire Enguerrand est sur la rive.

Écoute : le torrent mugit, L'éclair sillonne le nuage ; Sous le plus épais du feuillage La biche se cache et frémit ; La colombe, triste, pensive.

Gémit comme au jour des firimats. '^^ Bergerette, n'approche pas, Sire Enguerrand est sur la rive.

Naguère on dit qu'à cet avis Isabeau ne voulut pas croire ,

Et la fillette à la suit noire Fut respirer sov^ te taillis.

A l'incre'dule il mesanrive, Sur rherbe eUe fit un faux pas.

Bergerette, n'approobe pas, Sire Enguerrand est sur la rive.

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