‹ Romania (volume 2)Chapitre 222 sur 282 · XXXIII. — Fui te, gaite, fais nous voie · texte numérisé non relu

XXXIII. — Fui te, gaite, fais nous voie

Par chi passe gent de joie.

Même refrain dans les Tourn. de Chauv.y v. 2342-3, et dans une pièce d'Adan de la Haie (Montp., fol. 313 r', et Bibl. nat., ms. fr. 25566, fol. 3$), publiée par Coussemaker, Œuvres d'Adam de la Halle ^ p. 256. Ces deux vers se trouvent aussi dans le ms. Douce 308, fol. 248 r», où ils forment le premier et le dernier vers d'une pièce tout entière.

Le Ju de le Capete, dont nous avons maintenant à parler, est placé dans le ms. (fol. 32 0-^60] entre les deux poèmes de la Cour d'Amour et leur sert évidemment de trait d'union. Ce petit poème allégorique de 5 5 3 vers, où l'auteur, tout d'abord trahi par sa dame, se reprend ensuite à espérer, est en effet la transition toute naturelle entre le premier poème, où Mahiu le Poriier assiste à la défaite d'Amour, et le second, où le poète assiste au triomphe d'Amour. De ce fait il est facile de conclure que Mahiu le Poriier doit être l'auteur de tout le ms., aussi bien du Ju de le Capete que des deux poèmes de la Cour d'Amour^ d'autant que nous revoyons partout la même langue, le même style et la même tournure d'esprit.

Non plus que les deux poèmes qui l'encadrent, le Ju de le Capete ne

LE JU DE LE CAPETE MARTINET ÇlJ

semble avoir été connu jusqu'ici. Nous n'en trouvons la mention que dans V Inventaire des joy aulx et autres biens meubles ... de la duchesse de Bourgogne ' (7 mai 140V), tîont une copie nous a été communiquée par M. Paul Meyer. On lit en effet, au milieu de l'énumération des manuscrits ayant appartenu à Marguerite de Flandres, la note suivante : « Le romant de la capette Martinet, » Il n'y a pas de doute pour l'identification des deux poèmes : le jeu de ia capeiie est bien le même que le roman de !a capette Martinet, car ce dernier mot parait aussi dans notre poème (v. 58-^9) :

« Juons i le capeie

Martinet.., 1

Ce jeu de le capete Martinet, sorte de colin-mailijrd, où le bandeau était peut-être remplacé par une capete, ou petite chape, fait évidemment allusion à la chape de saint Martin ^ dont ta popularité au moyen âge se trouve justifiée une fois de plus. La comparaison qu'établit l'auteur entre ce jeu et la vie d'amour est la seule raison d'être du titre.

Quel que soit l'auteur de ce poème, Mahiu le Poriier ou un autre, MOUS pouvons affirmer, d'après l'étude de la langue, qu'il était originaire du nord de la France, car, sans parler de certaines formes linguistiques qui peuvent aussi bien provenir du copiste : sen (son)^ v. 3, 92 ; veritavles {véritables)^ v. ^'j ; rewardai {regardai)^ v. 94; blanques (blanches)^ v. 242, etc., etc., nous relevons les rimes : cangie {changiée)^ v. ji ; muchie (muchiée), v. 519 ; mi (moi), v. 272 ; tl {toi), v. 6j, qui appartiennent à la seule région du Nord. Remarquons de plus, comme caractère dialectal déjà signalé par M. W. Fœrster \Cheval. aus .IL espees, introd.), es et es rimant ensemble : adès et amis (v. 145-146) ; pris et prés (v. 77-78); près et espeuentés (v. 25^-254); ce fait se retrouve aussi dans le Jeu Saint Nicolas de Jean Bodel ',

Nous n'avons pas cru utile de faire suivre cette publication d'un glossaire, car aucun mol du texte ne présente de sérieuse difficulté d'explication.

1. Ce ms. porte le n*» 20J de la bibliothèque de la ville de Troyes; c'est une copie du XVIU' siècle faite. sur {original. Voy. le Catalogue glniral...^ I. Il,

2, Nous trouvons unt pièce lyrique intitulée la « Note Martinet » dans le ms. fr. 84^ de la Bibl nat , fol. i»7c. Dans ce litre • Martinet • semble bien être le nom de l'auteur.

j. Le Théâtre français au moyen dgCj p. 167 (ir<fi et aprhs).

DE

LE CAPETE. ^^^B

^^^^H Amours qui d'onneur et de joie (f.

J2fl)

Qu'il fu l'eure de miedi

^^^^H Pourvoit tous cheus qui sont en

voie

U gracie us vergié flou ri

^^^^H D'amer et de sen gré souffrir,

Qui moût me sanla gens et biaus ;

^^^^H L'autre jour, pour faire esjoir

De mainte manière d'oisiaus

^^^^H Men cuer qui d'anui estoit plains

Y entendi chu jour les cans,

^^^^M Et pour che oti c'on oist mes plains,

Mais une grant route d'enfans,

^^ft

Que je vi de mi aprocliier

^^^^B Me fist en .i. vergier entrer,

Un peu d'autre part le vergier

so H

^^^^V Lau moût me pleut a demourer,

En .1. pré ou moul faisoit bel,

^^V Car ii lius estoit biaus et gens.

Me iist delaissier te revel

^^M Et peu y repairoit de gens.

Pour yaus regarder volcnliers.

^^1 Ensi qu'en chu vergier estùie

Moût en y avoit de legiers

^^H Et que je merancolioie

Et de nés, si qu'il me sanloit

ii ^^1

^^M En pluseurs pensées d'amours,

Qu'entre les autres y avoit

^^M De le nobleche et des atours,

Une faitiche baisselete,

^^m Du regarl et des dous sanlans

Qui disl : « Juons a le capcte

^^M Me dame, dont Ii nonsest grans,

Martinet, et je clugncrai.

^^1 Me souvint, et me pleut f entrée

Mais le premier que je p orrai

^^H Du vergiei et de le pensée,

Tenir, sachiés, le paiera. «

^^M Lau je fui tant que je m'assis

Pluseur dirent : « Or y parra,

^^H^ Dessous j. arbre tout pensis,

Car ch'cst Ii droiture du ju;

^^^^H Car Ii pensers m'abelissoii ;

Mais clugnebien, ou ja, par Diu,

^^^^k Et pour che qu'il me souvenoit

Nus ne le paiera fors ti. »

^^H Des douz biens de racointemcnt

A chest mot, sans mit autre si,

^^H Me dame, a quel assentement

Se (ist Ii jus qui moul me pleut

^^H Amours douchemenl me saisi,

A veoir, et moul en y eut

^^M Je mis et vauch mètre en obli,

Enlour Ii qui point ne voloient

^^H Pour les dous biens de racomtanche,

Au ju ou Ii plus s acordoient

^^H Le grant anui et le soufra nche

Juer, ains esloient rebours,

^^1 Que mes cuers en a puissedi

Et quant chele taisott ses tours

^^M Sans avoir nul confort senti,

Qui le ju paioit liement,

^^m Pour che qu'en peu d'eure cangie

Plus tost et plus hardiemenl

^^M Me fu trop chele qui d'amie

C'a chîaus du ju y assenoit :

^^M Estre me faisoit grant sanlant ;

Dont mes cuers moût s'esmerviltoit, ^|

^^M Si fui pris en li regardant

^^1 Aussi que plus sages de mi

Car chil le feroienl de près

^^B Seroit ; or recongnois(t) par lî

Qui juoient, et se Ii prés

^^M .1. mot qui moût est veritavtes :

Fust assês plus grans qu'il n'estoit

^^1 Que cuers de fenme est trop muables;

Et Ii uns de chîaus qui n'avoit

^^M Mais de che me convient passer

Que faire du ju se vausist

^^M Et confort de joie espérer,

Traire au bout, chele le presist

^^M Car je n*i sai nul milleur tour. (f. }2c)

Plus tost, et sefust la tous seus,

^^M Tant melancoliai chu jour

Qu'eîe ne fesist de vint deus

^^^^b 69 Ii manqût^^ 84 ^^^H

Page 1