‹ Romania (volume 2)Chapitre 72 sur 282 · LE LOUP BLANC · texte numérisé non relu

LE LOUP BLANC

Il était une fois un homme qui avait trois filles. Un jour, il leur dit qu'il allait faire un voyage. « Que me rapporteras- tu ? » demanda Paînée. ^— « Ce que tu voudras. — Eh bien ! rapporte-moi une belle robe. — Et toi, que veux-tu ? » dit le père à la cadette. — « Je voudrais aussi une robe. — Et toi, mon enfant? » dit-il à la plus jeune, celle des trois qu'il - aimait le mieux. — «Je ne désire rien, » répondit-elle. — « Comment, rien ? — Non, mon père. — Je dois rapporter quelque chose à tes sœurs, je ne veux pas que tu sois la seule qui n*ait rien. — Eh bien ! je voudrais avoir la rose qui parle. — La rose qui parle ? » s'écria le père, « où pourrai-je la trouver ? — Oui, mon père, c'est cette rose que je veux ; ne reviens pas sans l'avoir. »

Le père se mit en route. Il n'eut pas de peine à se procurer de belles robes pour ses filles aînées ; mais, partout où il s'informa de la rose qui parle, on lui dit qu'il voulait rire, et qu'il n'y avait au monde rien de semblable. « Pourtant, » disait le père, « si cette rose n'existait pas^ comment ma fille me l'aurait -elle demandée P » Enfm il arriva un jour devant un beau château, d'où sortait un murmure de voix ; il jirêta Toreille et entendit qu'on parlait et qu'on chantait. Après avoir fait plusieurs fois le tour du château sans en trouver l'entrée, il finit par découvrir une porte et entra dans une cour au milieu de laquelle était un rosier couvert de roses : c'étaient ces roses qu'il avait entendues parler

liS E. COSQUIN

^t chanter, u Enfin, » s'écria-t-il, « j'ai donc trouvé la rose qui parie ! * Et il s'empressa de cueillir une des roses.

Aussitôt un loup blanc s'élança sur lui en criant : « Qui l^a permis d'entrer dans mon château et de cueillir mes roses ? Tu seras puni de mort : tous ceux qui pénètrent ici doivent mourir, — Laissez-moi partir, s dit le pauvre homme ; « je vais vous rendre la rose qui parle. — — Non, non, » répondit le loup blanc, « tu mourras. — Hélas ! « dît l'homme, « que je suis malheureux ! Ma fille me demande de lui rapporter la rose qui parle^ et, quand enfin je Fai trouvée, il faut mourir ! — Ecoute, M reprit le loup blanc. « je te fais grâce, et, de plus, je te permets de garder la rose, mais à une condition : c'est que tu m'amèneras la première personne que tu rencontreras en rentrant chez toi. » Le pauvre homme le promit et reprit le chemin de son pays. La première personne qu'il vit en rentrant chez lui, ce fut sa plus jeune fille

« Ah ! ma fille, » dît-il, « que! triste voyage ! — EstHîe que vous n*avez pas trouvé la rose qui parle ? ») lui demanda-t-elle. — « Je l'ai trouvée, mais pour mon malheur. C'est dans le château d'un loup blanc que je l'ai cueillie. Il faut que je meure^ — Non, » dit-elle, « je ne veux pas que vous mouriez. Je mourrai plutôt pour vous. » Elle le lui répéta tant de fois qu^enfin ri lui dit : « Eh bien ! ma fille, apprends ce que je voulais te cacher. J'ai promis au loup blanc de lui amener la première personne que je rencontrerais en rentrant dans ma maison. C'est à cette condition qu'il m'a laissé la vie. — Mon père, n dit-elle, « je suis prête à partir. »

Le père la conduisit donc au château. Après plusieurs jours de marche, ils y arrivèrent sur le soir, et le loup blanc ne tarda pas à paraître. L'homme lui dît : a Voici la personne que j'ai rencontrée la première en rentrant chez moi. C'est ma fiUe, celle qui avait demandé la rose quî parle. — Je ne vous ferai point de mal, » dit le loup blanc; « mais il faut que vous ne disiez à personne rien de ce que vous aurez vu ou entendu. Ce château appartient à des fées ; nous tous qui l'habitons, nous sommes fées ' ; moi je suis condamné à être loup blanc pendant tout le jour. Si vous gardez le secret, vous vous en trouverez bien, »

La jeune fille et son père entrèrent dans une chambre où un bon repas était servi; ils se mirent â table, ei bientôt, la nuit étant venue, ils virent entrer un beau seigneur : c'était !e même qui s*étaiî montré d'abord sous la forme du loup blanc. « Vous voyez, » leur dil-it, « ce qui est écrit sur la table : Ici on ne parle pas. » Us promirent tous les deux encore une fois de ne rien dire, La jeune fille s'était retirée depuis quelque temps dans sa chambre, lorsqu'elle vit entrer le beau seigneur.

Page 1