‹ Romania (volume 2)Chapitre 78 sur 282 · I . M»U (iu p«)fi, fait ila pMc cuite d«iii du UtI · texte numérisé non relu

I . M»U (iu p«)fi, fait ila pMc cuite d«iii du UtI

Dans une variante de ce conte, également recueillfe à Montiers-sur-Saulr, il n'y a que deux biquets, Frérot et Sœurette. Compère le ioup, rencontrant la bique, lui demande si elle ira le lendemain à la foire pour acheter des pommes. Pendant l'absence de la bique, le loup frappe à ta porte en disant : « Ouvrez-moi la porte, mes petits biquignons, J'ai du laiton plein mes tétons^ Et plein mes cornes de broussaillons. *

Mais les biquets lui disent de montrer la patte et n'ouvrent pas. Le lendemain la bique va ramasser des poires, et le loup revient : il a trempé sa patte notre dans la farine. Les biquets ouvrent ; il mange Frérot. Quand la bique rentre au logis, Sœurette lui dit : « Maman, le loup est venu ; il a mangé Frérot, et moi je me suis cachée dans un sabot. » — La fin est à peu près celle de notre texte, si ce n'est que le loup a été invité par la bique à venir manger des grimées (mélange de farine et d'œtifs^ cuit dans du lait). Quand le loup frappe, h bique lui dit qu'elle est occupée à passer de la farine et qu'il descende par la cheminée.

Comparei dans les Fables de La Fontaine Le Loup, la Chhn et le Chevreau. Les deux récits recueillis h Montiers sont tout â fait indépendants de cette fable; ils se rapprochent beaucoup plus de divers récits étrangers qui sont, comme eux, de simples contes où l'on fait figurer des animaux au lieu d'hommes, sans intentioD de moraliser.

Citons d'abord le conte allemand n" \ de la collection Grimm. Le ioup, après plusieurs tentatives infructueuses pour entrer dans la maison des chevreaux, s'en va chez le meunier et le force à lui blanchir la patte avec de la farine; il se fait ainsi ouvrir par les chevreaux. Il les avale si goulûment qu'ils descendent dans son ventre tout vivants. La bique n'a qu'à découdre leioup, pendant qu'il dort, pour ravoir ses petits; elle met â leur place de grosses pierres, puis elle recoud le ventre du loup, qui^ en voulant boire à une fontaine, est entraîné par le poids des pierres et se noie.

Dans un conte catalan (Rondallayre, III, p. i J4K nous allons trouver quelques traits se rapprochant davantage de notre conte lorrain. Une chèvre s'en va en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle pour se faire guérir les jambes, ^ur lesquelles est tombée une pierre. Elle fait des fromages ei tes laisse à ses petits. En partant, elle leur recommande de n'ouvrir à personne si on ne leur dit : • Obriu, obriu, cabretas»

Porto llêt â las mamelletas, Porto brots .î las bauyetas, » etc.

« Ouvrez, ouvrez, chevreaux ; j'apporte du lait dans mes mamelles, j'apporte des ramilles sur mes cornes, etc. » (C'est tout A fait, comme on voit, le même mot de passe, les mêmes petites rimes que dans la variante de Montiers).

Le renard, qui avait tout entendu, imite la voix de la chèvre. La porte

s*ouvre, les biquets effrayés se cachent, cl le renard prend les fromages. Un

loup, le voyant les manger, le force à lui dire où il les a pris, et le renard lut

enseigne ce qu'il faut dire pour se faire ouvrir. Le loup va frapper i la porte

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des chevreaux ; mais ceux*ci reconnaissent bien que ce n*cst pas leur mère. Quand la chèvre est de retour, eîle leur dit que désormais à quiconque voudra entrer il faudra faire montrer la patte. Pendant J'absence de la chèvre, le loup revient^ et» comme on lut demande de montrer la patte, il s'en va la tremper dans de la chaux. Alors la porte s'ouvre, et le loup mange les fromages. Le lendemain, quand le loup frappe de nouveau à la porte, la chèvre lui fait ouvrir; miis, tout à l'entrée^ elle avait mis un chaudron plein d'eau bouillante. Le loup y tombe et s'y échaude. — Le conte se poursuit par le récit des mauvais tours joués par le renard au loup et par la fin tragique du loup, qui, très maltraité dans ses aventures, est tué à coups de cornes par la chèvre et les chevreaux.

Dans un conte russe (A. de Gubernatis, Zoohgkal Mythology^ \, p. 406), le loup, voyant que sa voix le trahit, va chez le forgeron et se fait faire une voix semblable à celle de la chèvre (jic)*. De cette façon il trompe les chevreaux et les mange tous, à l'exception du plus petit, qui s'est cache sous le poêle. La citévre se promet de se venger : elle invite à dîner son ami le renard ainsi que le toup. Après le dîner, elle engage ses hôtes k sauter, pour se divertir, par dessus un trou qui s'ouvre dans le plancher. La chèvre saute la première, puis le renard, puis enfin le loup, qui tombe dans le trou, rem pli de cendres chaudes, et s'y brûle si bien qu'il en meurt. — Dans un second conte russe {ibid.j p. 407), c'est dans la forêt que ta chèvre délie le loup de sauter par dessus un trou dans lequel des ouvriers avaient fait du feu. Le loup y tombe et le feu fait crever son ventre, é'oh les chevreaux sortent^ encore vivants, comme dans le conte allemand.

Citons encore un conte grec moderne d'Épire (Hahn^ n* 8j, dernière partie), où le loup contrefait la voix du renard pour tromper un poulain que le renard élève dans sa maison et se faire ouvrir la porte, (Le loup va d'abord chez un forgeron, -— comme dans le conte russe, — pour qu'il lui fasse la langue bien fine ; mais la langue ne fait que grossir. Alors te forgeron lui dit de Taller mettre dans une fourmilière et de Vy laisser jusqu'à ce que les fourrais l'aient rendue toute fine. Le loup suit ce conseil, et c'est ainsi qu'il peut contrefaire la petite voix du renard). Pour venger la mort de son poulain, le renard invite le loup à dtner, et, quand ceki-cî est appesanti par la bonne chère, le renard le défie de sauter par dessus un grand chaudron rempli d'eau bouillante. Le loup accepte le défi, mais le renard le pousse ; il tombe dans le chaudron, où il péril.

Comparez un conte serbe (Vouk, n" ^,0 de la traduction atiemande)^ dans lequel les personnages sont les mêmes. Ici le renard dé&e le loup de sauter par dessus un pieu aiguisé, et le loup s'y embroche.

Dans un conte de la Bretagne non brelonnante fP, Sébillot, UtUraturc oralt de la Hûute-Bntagnt, 1 88 1 , p. 242), le dénouement est îe même que dans le conte grec, abstraction faite d'une altération, Le loup dit à la chèvre de faire chaufTer une

1. Dans un autre conte russe fRalston, Russian Foik-taks^ p. \(}\)^ un petit

f;arçon, nommé Ivachko, est parti dans un canot pour pécher. Ij ne sorcière entend a mère de l'enfant l'appeler du rivage pour le faire revenir. La sorcière répète ensuite les mêmes paroles, mais sa voix est rude, et Ivachko ne s'y laisse pas prendre. Alors la sorcière va chez un forgeron et lui dit : « Forgeron, forgeron, fais-moi une belle petite voix comme celle de la mère d'Ivachko, sinon je te mange. ■ Le forgeron lut forge une petite voix, et elle trompe ainsi Ivachko.

bassine d'eau : ils s'amuseront à sauter par dessus. La chèvre saule la première et ne tombe pas dans Teau. Quant au loup, il prend mal son élan et tombe dans la bassine, oi!> il s'èchaude. — Le commencement de ce conte, où le loup ne peut entrer dans la cabane de la chèvre, la farine qu'il a mise sur sa patte étant en parUe tombée, se rapproche de notre variante de Montiers et du conte catalan pour les petites rîmes que dit la chèvre. Voici ces rimes : « Ouvrez la porte, mes petits bichels, J'ai du lait-lait dans mes tétés, Du brou-brou (du lierre) dans mes caunés (cornes), Débarrez, mes petits, petits. »

Il existe en Ecosse une version de ce conte, mais elle n'est qu'indiquée en quelques mots dans la collection Campbell (t. III, p. 93), Le renard se déguise en chèvre et, après diverses tentatives, finit par entrer dans la maison de la chèvre et par manger les chevreaux. La chèvre s'en va chez le renard qui est en train de dîner. Après avoir englouti toute une chaudronnée de nourriture, le renard dit à la chèvre de lut gratter la panse. La chèvre la lui fend, et les chevreaux sortent du ventre du renard.

Dans un conte italien du Bolonais (Carolina Coroncdi-Berti. Novellinc popo* hri bologncii^ n» ix, dans la revue il Propagnalon, t. IX, p. 879), il est recommandé â des petits renards par leur mère de n'ouvrir que quand elle leur dira : t Montrez la petite patte. > Les petits disent au loup ; * Non, ce n'est pas maman. Elle a dit de n'ouvrir que quand on dirait : Montrez la petite patte. » Le loup revient une autre fois, et il dit en faisant une petite voix : c Montrez la petite patte. 1 Les petits renards ouvrent la porte, et le loup les croque tous. Le renard se venge du loup en !e faisant un jour descendre dans un puits au bout d'une corde et en l'y bissant périr.

Dans un conle espagnol [Fernan Caballero. Cutntos,., popubrcs i infantiles^ éd. de Leipzig, p. }o), le Carlanco (sorte de loup-garou) contrefait, lui aussi, la voix de la chèvre et répète le mot de passe qu'il lui a entendu dire. Il entre ainsi dans la maison de la chèvre, mais les petits se réfugient au grenier et tirent l'échelle derrière eux. Quand la mère revient, ilsîui crient que \cCarlanco est dans la maison. Alors la chèvre va chercher une guêpe à qui elle a eu occasion de sauver la vie. La guêpe, lui rendant service pour service, entre par le trou de la serrure dans le logis dp la chèvre et pique si bien le Carlanco qu'elle le force à déguerpir.

La fin de notre conte de Montiers se retrouve à peu près dans un conte du pays messin (Eugène Rolland. Faune popaiûirc de la France. Us Mammlflres sau' ragcSf 1877, p. 134). Le loup, profitant de l'absence de la chèvre, a croqué les chevreaux. A quelques jours de là, ta chèvre rencontre le loup ei lui dit : « Bonjour, loup, tu as bien travaillé ; aussi je veux t'mviter i dîner pour demain. 9 Le loup accepte. Quand il arrive, la chèvre lui dit qu*elle est occupée à faire la pile et ne peut ouvrir. 11 n'a qu'à monter sur le toit et à passer par la cheminée. Le loup le fait el il tombe dans une chaudière pleine d'eau bouillante. • Ah t I crie*t-il, 1 commère la chèvre, je ne mangerai plus tes petits. » Et la chèvre le laisse partir.

Même fin encore dans un cotite italien du Mantouan (I. Visentini. Fiabc Man-

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ttfvane^ n" j j), que nous aurons occasion de rapprocher d'un autre de nos contes lorrains. Une jeunt fille, nommée Marietta, qui a eu des affaires avec un loup et l'a plusieurs fois berné, entend un soir un bruildans le tuyau de sa cheminée. Pensant que c'est le toup, elle prend un chaudron, le remplit d'eau et le met sur te feu. Le loup descend tout doucement et, au moment oi!i il croit sauter sur Marietta, il tombe dans Teau bouillante et y périt.

M. Eug. Rolland, dans sa Faune populaire citée plus haut, donne, d'après des images imprimées à Eplnal, — images bien connues, du reste, — une variante de ce conte (p, I j2 et suiv.). Làj comme dans plusieurs des contes précédents, le loup trempe sa patte dans la farine ; mais, quand il veut montrer patte blanche aux biquets, il s'aperçoit que toute la farine est tombée en chemin. Le renard conseille au loup de se déguiser en pèlerin et d'aller demander aux biquets l'hospitalité. Le loup suit ce conseil ; mais commère la chèvre Ta reconnu à travers une fente. Elle lui dit que la porte est barricadée et l'engage à passer par la cheminée : on lui mettra une échelle pour descendre. Le loup se hile démonter sur le toit et entre dans la cheminée ; mais la chèvre a fait un grand feu, dont la fumée suffoque le loup. Il tombe dans le brasier et y est grillé comme un boudin.

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