‹ Romania (volume 4)Chapitre 104 sur 283 · PIERRE LE BADAUD · texte numérisé non relu

PIERRE LE BADAUD

Un pauvre homme avait un fils qu'il pouvait à peine élever par suite de la misère dans laquelle il se trouvait. Ce garçon ne brillait pas par la sagesse, aussi était-il battu souvent par ses parents. Si bien qu'un jour Pierre, pour éviter les coups dont on le gratifiait, se sauva, décidé à ne plus revenir à la maison paternelle.

Il lui fallait avant tout trouver un emploi. Pierre alla donc demander de l'ouvrage à un boulanger du village voisin.

« Sais-tu passer la farine, pétrir la pâte, chauffer le four, enfourner le. pain ? » lui demanda le boulanger.

« Oui, maître, je connais tout cela. Commandez-moi quelque chose et vous verrez que je connais mon métier.

— Allons, tu vas commencer par passer la farine, tandis que j'irai au village voisin chercher du blé. »

Pierre se mit au travail avec ardeur ; il commença par délier tous les sacs de farine et* croyant que son maître voulait passer la farine dans la cour, il se mit en devoir d'ouvrir la fenêtre et de jeter le contenu des sacs au beau milieu du ruisseau.

Les poules, les canards, les porcs profitèrent joyeusement de la bonne aubaine.

Lorsque son maître revint, Pierre était en train de jeter le dernier sac.

« Malheureux idiot ! » s'écria le boulanger, « tu jettes toute ma fortune aux bêtes. Je ne te laisserai pas aller sans me venger. »

Et prenant un fouet, il en donna plusieurs bons coups au pauvre enfant, qui se sauva.

Ne voulant pas néanmoins retourner chez ses parents, Pierre s'en alla demander de l'ouvrage à un cordonnier qui lui commanda de couper des souliers pendant qu'il irait voir ses pratiques.

Pierre prit le tranchet et coupa une belle pièce de cuir en morceaux de toutes les formes et de toutes les dimensions. De sorte que, quand le cordonnier rentra dans son échoppe, il ne vit plus de sa belle pièce de cuir qu'un amas de morceaux au milieu desquels se tenait Pierre, attendant sans doute des compliments.

Malheureusement pour lui, il ne reçut pour sa peine qu'une volée de coups de tire-pied.

Prenant ses jambes à son cou, Pierre se sauva une seconde fois, décidé à rentrer chez ses parents. Comme il était encore à trois lieues de leur demeure et qu'il faisait déjà nuit, l'enfant se décida à rester en route et à coucher à la belle étoile.

Il $e plaça sous une ruche et s'endormit. Des voleurs vinrent au milieu de la nuit pour s'emparer du miel, prirent les plus lourdes ruches et s'enfuirent, emportant dans un sac Pierre et la ruche.

Justement, l'enfant avait pris un paquet d'alênes au cordonnier. Il en prit une et l'enfonça un petit coup dans les côtes de son porteur.

« Aïe ! aie ! vilaines bêtes, » cria celui-ci.

Un instant après, Pierre recommença son manège d'une telle façon que le voleur, croyant avoir affaire à tous les diables, laissa tomber le sac et son contenu et s'enfuit au plus vite.

La position de Pierre n'était pas plus belle pour cela, étant enfermé dans un sac bien lié. Néanmoins, à force de se démener, il parvint à trouer le sac et à en sortir après six heures de réclusion.

On voyait clair ; Pierre se hâta de rejoindre la maison de ses parents, où il rentra après avoir déclaré qu'on ne l'y prendrait plus et peu satisfait de ses deux jours d'apprentissage.

Le coq chanta alors ; messieurs, il était jour.

Conté en picard, le 7 mars 1877, par Auguste Gourdin, ancien meunier à Warloy-Baillon (près Amiens).

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