‹ Romania (volume 4)Chapitre 268 sur 283 · LA CANNE DE CINQ CENTS LIVRES · texte numérisé non relu

LA CANNE DE CINQ CENTS LIVRES

Il était une fois un petit garçon qu'on avait trouvé dans le bois et qui était bien méchant. Quand il fut grand, il entra un jour chez un forgeron et lui commanda une canne de cinq cents livres. « Tu veux dire une canne de cinq livres? » lui dit le forgeron. <r — Non, » répondit le jeune garçon, « une canne de cinq cents livres. » Et en même temps il donna un grand soufflet au forgeron. Celui-ci lui fit une canne comme il la voulait, et le jeune garçon se mit en route.

Sur son chemin, il rencontra un jeune homme qui jouait au palet avec une meule de moulin. « Camarade, » lui dit-il, « veux-tu venir avec moi ? — Je ne demande pas mieux. »

Un peu plus loin, il vit un autre jeune homme qui tordait un chêne pour s'en faire une hart. « Camarade, veux-tu venir avec moi ? — Volontiers. »

Les voilà donc en route tous les trois. Après qu'ils eurent marché quelque temps, ils arrivèrent près d'un grand trou ; le jeune garçon s'y fit descendre et y trouva une vieille femme. « Indiquez-nous, » lui dit-il, « où il y a des demoiselles à marier. — Je n'en connais pas. — Vieille sorcière, tu dois en connaître. — J'en connais bien une, mais il y a un léopard qui la garde. — Oh bien ! ce n'est toujours pas le diable, puisque le diable est là sur ton lit. »

« Léopard, léopard, ouvre-moi ta porte. — Méchant petit ver de terre, je ne ferai de toi qu'une bouchée, et encore quelle bouchée ! — N'importe, ouvre-moi toujours ta porte. »

Pendant que le jeune homme cherchait à forcer l'entrée, le léopard passa la tète par la chatière de la porte : aussitôt, le jeune homme la lui abattit d'un coup de sa canne de cinq cents livres. Puis il enfonça la porte et ne trouva rien. Arrivé à une seconde porte, il la brisa également et trouva une belle princesse qui lui dit : « Avant qu'on ne nous ait enfermées ici, mes sœurs et moi, notre père nous a donné à chacune un mouchoir de soie et une pomme d'or, pour en faire présent à celui qui nous délivrerait. » Et elle lui offrit le mouchoir et la pomme d'or.

Le jeune homme les prit, puis il fit remonter la princesse hors du trou par ses compagnons, elle et toutes ses richesses. Il voulut ensuite remonter lui-même; mais, quand il fut presque en haut, ses compagnons le laissèrent retomber et s'emparèrent de la princesse et du trésor.

Le jeune homme alla retrouver la vieille. « Dis-moi où il y a d'autres princesses ; mes compagnons ont pris la mienne. — Je n'en connais

plus. — Vieille sorcière, tu dois encore en connaître. — J'en connais bien une, mais il y a un serpent qui la garde. — Oh bien! ce n'est toujours pas le diable, puisque le diable est là sur ton lit. »

« Serpent, serpent, ouvre-moi ta porte. — Méchant ver de terre, je ne ferai de toi qu'une bouchée, et encore quelle bouchée ! — N'importe, ouvre-moi toujours ta porte. »

Us combattirent deux ou trois heures ; enfin le serpent fut tué. Le jeune garçon enfonça une porte et ne trouva rien, puis une autre et encore une autre. A la quatrième, il trouva une princesse encore plus belle que la première. Elle lui dit : « Avant qu'on ne nous ait enfermées ici, mes sœurs et moi, notre père nous a donné à chacune un mouchoir de soie et une pomme d'or, pour en faire présent à celui qui nous délivrerait. » En même temps, elle lui remit le mouchoir et la pomme d'or.

Alors le jeune homme la fit remonter avec toutes ses richesses, comme il avait fait pour sa sœur; mais, quand il voulut remonter lui-même, ses compagnons le laissèrent encore retomber et s'emparèrent de la princesse et du trésor.

Le jeune homme retourna près de la sorcière. « Dis-moi où il y a encore des princesses ; mes compagnons ont chacun la leur. — Je n'en connais plus. — Vieille sorcière, tu dois encore en connaître. — J'en connais bien une, mais il y a un serpent volant qui la garde. — Oh bien! ce n'est toujours pas le diable, puisque le diable est là sur ton lit. »

« Serpent, serpent volant, ouvre-moi ta porte. — Méchant ver de terre, je ne ferai de toi qu'une bouchée, et encore quelle bouchée! — N'importe, ouvre-moi toujours ta porte. »

Le jeune homme lui abattit d'abord une aile ; puis, comme le serpent volant combattait toujours, il lui abattit l'autre, et le combat finit. Il ouvrit une porte et ne trouva rien ; il en ouvrit une deuxième, une troisième, une quatrième, toujours rien ; enfin, à la cinquième, il trouva une belle princesse, encore plus belle que les deux premières. Elle lui dit : « Avant qu'on ne nous ait enfermées ici, mes sœurs et moi, notre père nous a donné à chacune un mouchoir de soie et une pomme d'or, pour en faire présent à celui qui nous délivrerait. »

Il prit le mouchoir et la pomme d'or et fit remonter la princesse avec ses richesses ; il voulut remonter ensuite, mais ses compagnons le laissèrent retomber et emmenèrent la princesse avec son trésor.

Le jeune homme courut retrouver la sorcière et lui dit : « Mes compagnons avaient chacun leur princesse, et voilà qu'ils ont encore pris la mienne ! — Je n'ai plus de princesse à t 'indiquer, » dit la vieille ; « mais pour t'aider à sortir d'ici, voici un aigle qui t'emportera jusqu'en haut «,

i . Le texte littéral est : « Voici un aigle pour t'aider à monter la côte, t

et un pot de graisse. Si l'aigle vient à crier, tu te couperas le mollet et tu le lui donneras à manger ; autrement, il te jetterait en bas. Puis tu te frotteras la jambe avec la graisse, et il n'y paraîtra plus. »

Le jeune garçon se laissa enlever par l'aigle. Arrivé presque en haut, l'aigle se mit à crier ; le jeune garçon se coupa le mollet et le lui donna; puis il se frotta avec la graisse et il n'y parut plus. Quand ils furent en haut, l'aigle le déposa par terre.

Après avoir marché quelque temps, le jeune homme rencontra des petites oies. Il leur demanda : « Les princesses de Pampelune sont-elles de retour? — Adressez-vous à nos mères qui vont jusque dans la cour du roi ; elles pourront vous le dire. » Lorsque le jeune homme vit les mères oies, il leur dit : « Mères aux petites oies, les princesses de Pampelune sont-elles de retour ? — Oui, » dirent les oies, « et elles doivent se marier demain matin à neuf heures. — Combien y a-t-il d'ici à Pampelune ? — 11 y a trente lieues. »

Le jeune homme fit grande diligence, arriva à Pampelune et entra dans le jardin du roi. Tout en se promenant, il tira de sa poche un de ses mouchoirs de soie et laissa tomber une pomme d'or comme par mégarde. Justement les princesses regardaient par la fenêtre, « Mes sœurs, » s'écria l'une d'elles, « ce doit être le jeune homme qui nous a délivrées. — En effet, c'est lui, ma sœur. »

Un instant après, il laissa tomber la seconde pomme, puis la troisième. On loi criait : « Monsieur, vous perdez quelque chose. » Mais il faisait semblant de ne pas entendre.

Les princesses coururent avertir leur père et lui racontèrent toute l'histoire. Le roi fit alors venir les deux jeunes gens qui devaient épouser ses filles, et dit en leur présence aux princesses : « Mes enfants, quand j'ai dû me séparer de vous, je vous ai remis à chacune un mouchoir de soie et une pomme d'or. A qui les avez-vous donnés ? — Mon père, nous les avons donnés à celui qui nous a délivrées. — Eh bien ! » dit le roi aux deux jeunes gens, « où sont vos pommes d'or? » Mais ils n'en avaient pas à montrer.

Le toi dit alors au jeune garçon de choisir pour femme celle de ses filles qu'il aimerait le mieux. Il choisit la plus jeune, qui était aussi la plus belle. Quant aux deux compagnons, ils reçurent chacun un coup de pied dans le derrière et ils partirent comme ils étaient venus.

Ce conte est une variante de notre n* 1 Jean de l'Ours ; voici une troisième version qui se rapproche davantage de ce n° 1 .

Plus loin, il est dit encore : f Quand ils furent en haut de la côte. » Evidemment le narrateur ne se rend pas bien compte du lieu où se passe l'action qui est le monde inférieur.

Il était une fois un soldat, nommé La Ramée, qui revenait de la guerre. Sur son chemin, il rencontra Jean de la Meule, qui jouait au palet avec une meule de moulin, a Camarade, » lui dit La Ramée, « veux-tu venir avec moi? — Je le veux bien. » Les deux compagnons rencontrèrent plus loin Tord-Chêne, qui tordait un chêne pour lier ses fagots. La Ramée lui proposa de le suivre, ce que Tord-Chêne accepta. lis firent route tous les trois ensemble. Étant arrivés près d'un château, ils y entrèrent et s'y établirent. Ils convinrent que, chaque jour, deux d'entre eux pourraient aller se promener ; le troisième resterait pour faire la cuisine. Ce fut d'abord le tour de Tord-Chêne de garder la maison. Pendant qu'il était occupé à préparer le dtner, il vit entrer un petit galopin qui lui dit : t Bonjour, Monsieur. — Bonjour, mon ami. — Voudriezvous, i dit le petit garçon, c me permettre d'allumer ma pipe? — Volontiers, mon ami, prends du feu. — Oh! non, je n'ose pas : si vous vouliez m'en donner? — Je le veux bien volontiers, » dit Tord-Chêne. Comme il se baissait, le petit garçon le poussa dans le feu et s'enfuit. La Ramée et Jean de la Meule, à leur retour, trouvant Tord-Chêne tout dolent, lui demandèrent ce qu'il avait. Il leur raconta son aventure. Le lendemain, ce fut Jean de la Meule qui resta au château, et même chose lui arriva. C'était alors le tour de La Ramée. Mais, quand le petit garçon vint lui demander du feu, il lui dit d'en prendre, si bon lui semblait, mais que pour lui il ne lui en donnerait pas. Le petit garçon, voyant qu'il ne pouvait rien obtenir, s'enfuit par une ouverture qui communiquait avec une sorte de remise. La Ramée le poursuivit, un fusil à la main, mais il ne put l'atteindre. Ayant enlevé une planche du plancher, il vit un grand trou et, quand ses compagnons furent rentrés, il s'y fit descendre au moyen d'une corde. Arrivé en bas, il se trouva en face d'une bête à sept têtes qui lui dit : c Que viens-tu faire ici? — Je ne viens pas pour toi, » répondit La Ramée, « mais pour les princesses que tu gardes. — Tu ne les auras pas, » dit la bête. La Ramée prit un grand sabre et combattit contre la bête. Il lui abattit deux têtes : la bête ne fit que devenir plus terrible ; il lui en abattit deux autres, puis, à force de combattre, deux autres encore, et enfin la dernière. Il entra ensuite dans une chambre où il trouva trois belles princesses qui travaillaient à de beaux ouvrages. Ces trois princesses étaient sœurs. La première lui donna un mouchoir de soie et un beau bracelet orné de perles, de rubis, de diamants et d'émeraudes. Il la fit remonter par ses compagnons avec ses richesses, et retourna auprès de la seconde princesse qui lui donna aussi un mouchoir de soie et un bracelet orné de pierres précieuses ; il la fit remonter, comme sa sœur, et, après avoir reçu de la troisième le même présent, il la fit remonter à son tour. Quand lui-même les suivit et qu'il fut presque en haut, ses compagnons le laissèrent retomber. Par bonheur il rencontra une fée qui lui donna un pot de graisse pour l'aider à monter la côte (jir), et lui dit : « Voici le roi des oiseaux : il vous portera hors d'ici. Si, avant d'être arrivé là- haut, il vient à chanter, coupez-vous un morceau du mollet et donnez-le-lui ; sinon il vous jetterait en bas. » La Ramée monta donc sur le roi des oiseaux. A moitié chemin, celui-ci se mit à chanter. La Ramée se coupa un morceau du mollet et le lui donna. Quand il fut arrivé en haut, ses camarades étaient partis, emmenant les princesses. En voyageant, La Ramée arriva justement dans le pays des

princesses, et il entra comme ouvrier chez un marchand vitrier. Ce dernier avait entendu dire que le roi promettait une grande récompense à celui qui lui ferait des bracelets semblables à ceux qu'il avait donnés à ses filles avant qu'elles fussent prisonnières de la béte à sept tètes. La Ramée dit au vitrier qu'il se chargeait de l'affaire. Le vitrier l'alla dire au roi, qui ordonna qu'un des bracelets fût prêt dans huit jours. La Ramée dit alors au vitrier qu'il lui fallait, pour faire le bracelet, un boisseau de noisettes à casser ; il mangea les noisettes, puis il alla trouver le vitrier, qui lui demanda où était le bracelet. La Ramée lui présenta l'un de ceux que lui avaient donnés les princesses. Le vitrier courut porter le bracelet au roi, qui fut bien surpris. Il fallait le second bracelet dans huit jours, sous peine de mort. Cette fois, La Ramée demanda un boisseau de noix à casser, et, quand il eut fini de manger les noix, il porta le bracelet à son maître. Quand il s'agit de faire le troisième bracelet, il se fit donner un boisseau d'amandes. Les amandes mangées, La Ramée dit au vitrier : c Cette fois, c'est moi qui irai porter le bracelet au roi. 1 Les princesses le reconnurent et dirent au roi que c'était ce jeune homme qui les avait délivrées, et le roi lui donna la plus jeune en mariage.

Citons encore un trait d'une quatrième version, toujours de Montiers-sur- Saulx, dont nous avons déjà cité un passage dans les remarques de notre n* 36, Jean et Pierre. Ici les trois compagnons sont Jean-sans-Peur, Jean de l'Ours et Tord-Chêne. Au moment où ce dernier, qui est resté au château pour faire la cuisine, va tremper la soupe, survient un petit garçon qui jette des cendres dans la marmite, si bien que Tord-Chêne est obligé de refaire la soupe. Le lendemain, le petit garçon étant revenu et ayant encore jeté des cendres dans la marmite, Jean de l'Ours, qui ce jour-là est de service, court après lui et lui coupe la tête ; mais le petit garçon continue de fuir en tenant sa tête dans ses mains. C'est alors le tour de Jean-sans-Peur de rester. Le petit garçon revient une troisième fois, portant sa tête dans ses mains, pour jeter des cendres dans la marmite. Jean-sans-Peur court après lui, mais il ne peut l'atteindre et il le voit disparaître par une ouverture qui se trouve au plancher, etc.

Le commencement de la Canne de cinq cents livres, — ce petit garçon qu'on a trouvé dans le bois et qui est si c méchant *, — est évidemment un souvenir affaibli de l'introduction de Jean de l'Ours, fils d'une femme enlevée par un ours pendant qu'elle allait au bois; Jean de l'Ours, on se le rappelle, est, lui aussi, très c méchant » et il se fait renvoyer de l'école.

Nous ajouterons ici, puisque c'en est l'occasion, quelques rapprochements à ceux que nous avons donnés dans les remarques de notre n* 1 relativement à cette introduction. Aux contes russe, serbe, allemands (du grand-duché d'Oldenbourg et du Hanovre), catalan, avare du Caucase, que nous avons indiqués, il faut ajouter un troisième conte allemand, Jean l'Ours (Johannes der Bar), dans Prœhle, Marchcn fwr die Jugend, n* 29; un conte picard (Mil usine, 1877, col. 1 10) ; un conte flamand de Condé-sur-l'Escaut (Deulin, Contes du roi Cambrinus, n* 1), où le héros s'appelle Jean l'Ourson, mais seulement parce qu'il a

été trouvé avec des oursons par un bûcheron ; un conte basque [Milus'we, p. 1 59), dont le début seul se rapporte à notre thème.

La suite du récit présente encore, à l'endroit où le jeune garçon descend dans le c grand trou 1, une autre altération. Dans un conte hanovrien de la collection Colshorn (n° j), le passage correspondant est beaucoup mieux motivé: Pierre l'Ours et ses compagnons, dont les noms correspondent à ceux de Tord- Chêne, etc., s'établissent, comme Jean de l'Ours et aussi comme le La Ramée de notre variante, dans une maison isolée. Les compagnons de Pierre l'Ours sont successivement battus par un nain à grande barbe. Quant à Pierre l'Ours, il empoigne le nain et l'attache par la barbe à un bois de lit. Pendant que les quatre camarades sont à manger, le nain se dégage. Pierre l'Ours le poursuit et le voit disparaître dans un puits. Il y saute après lui avec sa canne de fer de trots quintaux et entre à sa suite dans une vieille maison. Il y trouve une vieille sorcière, qu'il force à lui dire où est le nain. Jetant les yeux par la fenêtre, il aperçoit un beau château, t Vieille sorcière, dis-moi ce que c'est que cette maison! — Ah 1 il y a lâ une princesse enchantée, gardée par quatre géants, • etc.

Nous ferons remarquer à ce propos qu'il y a une catégorie de contes appartenant à ce thème qui, n'ayant pas l'introduction de Jean de FOurs ni l'épisode de la maison isolée, motivent d'une façon tout autre, mais très naturelle, la descente du héros dans le monde inférieur.

Dans plusieurs, par exemple dans un conte grec moderne (Hahn, n* 70), un conte breton (F.-M. Luzel, $• Rapport, p. 10), un conte sicilien (Gonzenbach, n* 64), un conte russe (Ralston, Russian Folk-tales, p. 73), etc., c'est afin de poursuivre un monstre qui, dans la plupart de ces contes, vient voler des fruits d'or dans le jardin d'un roi, que le plus jeune des fils de ce roi se fait descendre dans un gouffre béant.

Dans un conte autrichien (Vernaleken, n* 54), le héros, ancien soldat, s'en va, de compagnie avec deux tailleurs, à la recherche de trois princesses disparues. Une vieille femme lui montre un puits ; il s'y fait descendre. Il ouvre une porte et voit un dragon qu'il tue. Il ouvre une seconde porte et tue un autre dragon, etc. Comparez un conte russe (A. de Gubernatis, Zoological Mythobgj, I, p. 192).

Cette dernière forme d'introduction, — plusieurs compagnons à la recherche de princesses disparues, — se trouve combinée, dans le conte flamand mentionné plus haut, avec l'épisode de la maison isolée et même avec l'introduction de km de FOurs. Dans ce conte flamand, le roi fait publier qu'il donnera une de ses deux filles en mariage à qui les délivrera de captivité. Jean l'Ourson demande qu'on lui forge une canne de fer grosse comme le bras, puis il se met en campagne. Il rencontre d'abord sa mère nourrice l'ourse, qui le guide, puis Tord- Chêne, qu'il prend avec lui. Us arrivent dans un château. Suit l'aventure de Tord-Chêne, puis de Jean l'Ourson avec un petit vieux qui rosse Tord-Chêne, mais qui est battu comme plâtre par Jean. Descendu dans le monde inférieur, ce dernier tue le petit vieux, dont une vieille femme était en train de panser les plaies. Cette vieille femme indique à Jean où sont les princesses et lui donne de la graisse qui guérit toutes les blessures, etc.

Arrêtons-nous un instant sur l'épisode de la maison isolée. Dans notre n* i,

c'est un géant, comme dans un conte sicilien (Gonzenbach, n* 59), qui bâties compagnons de Jean de l'Ours. Dans les deux variantes lorraines que nous donnons ci-dessus, c'est un petit garçon qui leur joue des mauvais tours. Ce petit garçon rappelle le nain qui figure à cet endroit dans presque tous les contes de ce genre. Ainsi, dans le conte des Avares du Caucase, pendant que celui des compagnons d'Oreille-d'Ours qui correspond à Tord-Chêne est occupé â préparer le repas, arrive, chevauchant sur un lièvre boiteux, un petit homme, haut d'une palme, avec une barbe longue de trois palmes. Il demande un peu de viande, puis encore un peu, et, comme alors le compagnon d'Oreille-d'Ours l'envoie promener, il saute à bas de sa monture, s'arrache un poil de la barbe et en un instant il a garrotté notre homme et mangé toute la viande. Dans un conte lithuanien (Schleicher, p. 1 28), un petit homme à longue barbe prie le tailleur, un des compagnons du héros, de l'asseoir sur le banc auprès du feu, puis il lui demande un petit morceau de viande. Quand il a le morceau, il le laisse échapper de ses mains, et, tandis que le tailleur se baisse pour le ramasser, il tombe sur lui à coups de poing (comparez ci-dessus notre troisième version lorraine). Dans un conte du • pays saxon • de Transylvanie (Haltrich, n° 17), pendant qu'un des compagnons de Jean le Fort prépare le dîner, survient un petit homme avec une barbe longue de sept aunes, tout geignant et disant qu'il a bien froid. Quand l'autre lui dit de venir se chauffer, il s'approche du foyer, renverse la marmite et s'enfuit à toutes jambes (comparez le fragment cité de notre dernière variante lorraine). Il est inutile de multiplier ces citations.

Dans les remarques de notre n° 1 , nous n'avons pas attiré l'attention, comme il eût fallu, sur un des éléments de notre thème, ces personnages d'une force extraordinaire, Tord-Chêne, Jean de la Meule, Appuie-Montagne, qui deviennent les compagnons de Jean de l'Ours. Cet élément a été emprunté à un autre thème, celui dans lequel divers personnages, doués de dons merveilleux, force, finesse d'ouïe, rapidité à la course, etc., se mettent à la suite du héros et l'aident à mener à bonne fin des entreprises à première vue impossibles (voir, par exemple, Grimm, n* 71). M. Benfey a traité à fond ce thème dans la revue YAusland (1858, 0*41-45). ^ seu' personnage qui, en général, passe de ce thème dans celui de Jean de l'Ours est l'homme fort, le Bondos du n* 28 du Pentamerone de Basile, qui peut porter une montagne; le Forte-échine du Chevalier Fortuné de M"* d'Aulnoy, qui correspond à notre Tord-Chêne ; comme aussi le Bondos d'un conte arabe traduit par Chavis et Cazotte, véritable parodie des contes de ce type, et le Tranche-mont du même conte, qui se retrouve sous le nom de Brise-montagne dans le conte picard mentionné ci-dessus. L'emprunt est, à vrai dire, assez inutile ; car, après leur association avec Jean de l'Ours, la force de ces personnages ne leur sert plus à rien, et il semblerait même qu'elle ait disparu. Du reste, la combinaison de cet élément avec notre thème ne doit pas être récente et elle existait évidemment déjà à la source ; car nous la constatons dans des contes recueillis aux deux extrémités de l'ancien continent, dans le conte des Kariaines de la Birmanie, résumé dans notre n* 1 (où les compagnons de Ta-ywa sont Longs-Bras et Longues-Jambes), aussi bien que dans notre conte lorrain, en passant, par exemple, par le conte avare (où les compagnons d'Oreille-d'Ours correspondent à Tord-Chêne et à Jean de la Meule).

Nous avons maintenant à nous occuper d'un trait qui manquait dans Jean de l'Ours, l'épisode de l'aigle qui transporte le héros hors du monde inférieur. Ce trait se rencontre dans un grand nombre de contes, dont plusieurs ne se rapportent pas à notre thème : nous n'essaierons pas d'en dresser ici la liste complète. Nous nous bornerons à en citer quelques-uns, en insistant sur les formes orientales à nous connues.

Dans notre conte la Canne de cinq cents livres, c'est la sorcière qui donne l'aigle au jeune homme. Il en est ainsi dans le conte hanovrien de la collection Colshorn ; de même aussi, à peu près, dans le conte flamand de la collection Deulin ; mais ce n'est point là certainement la forme primitive ; un élément important fait défaut : un service rendu à l'aigle par le héros. Ce trait se trouve dans la majeure partie des contes européens de ce type. Ordinairement, le héros a sauvé d'un serpent les petits de l'aigle ; voir, par exemple, deux contes russes (Gubernatis, Zoological Mythology, I, p. 193 et 194), un conte bosniaque (Serbian Folk-tore. Translated by Madam Csedomille Mijatowies. London, 1874, p. 123), un conte tsigane de la Bukovine (Mémoires de l'Académie de Vienne, t. XXIII [1874], p. 280, n° 2), un conte do c jgfcvs saxon » de Transylvanie (Haltrich, n* 17), etc. Dans un conte de l'Agenais, V Homme de toutes couleurs , publié par M. Bladé dans la Revue de l'Agenais (1875, p. 448), le service a été rendu personnellement à l'aigle, que le héros a fait sortir d'une cage où il était enfermé.

En Orient, prenons d'abord le conte avare d'Oreille-d'Ours. Abandonné par ses compagnons dans le monde inférieur, Oreille-d'Ours délivre une fille de roi d'un dragon à neuf têtes, auquel on était forcé de livrer chaque année une jeune fille (voir cet épisode dans les remarques de notre n° 37). Le roi lui ayant offert sa fille en mariage, Oreille-d'Ours demande pour toute récompense que le roi lui donne le moyen de revenir dans le monde supérieur ; mais pour le roi c'est chose impossible : il n'y a qu'un certain aigle, habitant la forêt des platanes, qui soit en état de le faire. Le roi envoie un messager à l'aigle, qui refuse. Alors Oreille-d'Ours se rend lui-même à la forêt des platanes. Au moment où il arrive auprès du nid, l'aigle est absent et un serpent noir à trois têtes s'approche pour dévorer les aiglons. Oreille-d'Ours le taille en pièces. A son retour, l'aigle demande au sauveur de ses petits quel service il peut lui rendre pour lui témoigner sa reconnaissance, et, à la prière d'Oreille-d'Ours, il le porte dans le monde supérieur. Auparavant, Oreille-d'Ours a dû charger l'aigle de la chair de cinquante buffles et de cinquante outres faites avec les peaux et remplies d'eau. Chaque fois que l'aigle crie : c De la viande! » il lui donne de la viande; quand il crie : t De l'eau ! 1 il lui donne de l'eau. Un instant avant le terme du voyage, la viande manque, et Oreille-d'Ours est obligé de se couper un morceau de la cuisse, qu'il donne à l'aigle. (Dans notre conte, il est dit d'avance au héros qu'il lui faudra se couper un morceau du mollet et l'on ne voit pas qu'il ait emporté la moindre provision. Il y a là une évidente altération.) L'aigle, ayant déposé Oreille-d'Ours sur la terre, s'aperçoit qu'il boite et, apprenant pourquoi, il rejette le morceau de chair et le remet à sa place.

Avant de passer à une autre forme orientale, il sera peut-être intéressant de faire remarquer que tout ce passage du conte avare se retrouve presque exacte-

ment dans un conte grec moderne (Hahn, n° 70). Le prince ayant tué le serpent à douze têtes auquel il fallait livrer la fille du roi, ce dernier offre au libérateur de la princesse la main de celle-ci. Mais le jeune homme lui demande seulement de le faire ramener dans le monde supérieur. Alors le roi lui conseille d'aller sur une certaine montagne, au pied d'un certain arbre sur lequel des aigles ont leur nid, et de tuer un serpent â dix-huit têtes, ennemi de ces aigles, qui, par reconnaissance, le porteront dans le monde supérieur. Le prince combat pendant vingt-quatre heures contre le serpent et, après l'avoir tué, s'endort de fatigue sous l'arbre. Pendant son sommeil, les aiglons viennent l'éventer avec leurs ailes. Le père et la mère, étant revenus et l'apercevant, veulent d'abord l'écraser ■ sous des quartiers de roc ; mais leurs petits leur crient que ce jeune homme a tué le serpent et les a délivrés, et, quand il se réveille, les aigles lui demandent de leur dire ce qu'ils peuvent faire pour lui. Le prince les prie de le transporter dans le monde supérieur. Le roi des aigles lui dit alors de se procurer la chair de quarante buffles et quarante outres d'eau, et de plus un joug d'argent. Le jeune homme attellera les aigles à ce joug et s'y attachera lui-même. Quand les aigles crieront kra! il leur ..don n< ra de la viande ; quand ils crieront glou! de l'eau. Le jeune homme se conforme à ces instructions; mais, avant qu'on atteigne le monde supérieur, toute la viande est mangée ; l'un des aigles ayant crié kra! le prince se coupe la jambe et la lui donne. Arrivés en haut, les aigles remarquent qu'il boite; le roi des aigles ordonne à celui des siens qui avait avalé la jambe de la rendre au prince, et on la lui rattache au moyen de l'eau de la source de vie (Cf. pour tout cet épisode de l'aigle le conte bosniaque mentionné plus haut. Dans ce conte, le roi donne au héros une lettre pour l'oiseau-géant ; ce trait rappelle le messager du conte avare).

Chez les Tartares de la Sibérie méridionale, nous retrouvons un épisode du même genre dans une sorte de légende héroïque recueillie dans les tribus Kirghizes. Comme ce passage rappelle, dans son ensemble, le thème principal auquel se rapportent Jean de l'Ours et La Canne de cinq cents livres, nous le résumerons en entier. (W. Radloff. Proben der Volkslitteratur der tûrkischen Stamme Sùd-Sibiriens, III. Theil, p. 3 1 5 seq.) Le c héros » Kan Schentaei, après avoir épousé la fille d'Aïna Kan, s'en retourne vers son peuple avec sa femme, emmenant avec lui soixante chameaux, quarante jeunes gens et quarante jeunes filles. Un jour qu'il a pris les devants, le c héros » Kara Tun, un c djalmaous • à sept têtes, qui habite sous la terre, apparaît à la surface du sol, avale la femme de Kan Schentaei, les soixante chameaux, les quarante jeunes gens, les quarante jeunes filles et toutes les richesses, puis il rentre sous terre. Trois t héros », qui s'étaient joints à Kan Schentaei, dont ils avaient appris les exploits, veulent descendre à la suite de Kara Tun dans le trou par lequel celui-ci a disparu ; mais quand ils y mettent le pied, leur pied se trouve coupé ; de même pour leur main. Ils restent donc assis, mutilés, auprès du trou. Kan Schentaei, ayant fait un mauvais rêve, revient sur ses pas, et il apprend'des trois héros qu'un t djalmaous » a avalé tous ses gens. Il s'attache à une corde et se fait descendre dans l'abîme. Parvenu au fond, il trouve un autre monde et se met à marcher vers l'Orient. Un jour il arrive auprès d'immenses troupeaux, et, au milieu de ces troupeaux s'élève une maison haute comme une montagne. Kan Schentaei entre dans cette

maison : c'était celle du djalmaous à sept tètes, qui dormait en ce moment; car de temps en temps, il dormait sept jours et sept nuits de suite. Auprès de lui la femme de Kan Schentaei était assise et pleurait. En voyant son mari, elle lui dit qu'il périra, car il n'est pas assez fort pour combattre le djalmaous. Kan Schentaei tire son épée et en porte un coup à la tète du djalmaous; celui-ci bondit, et ils combattent pendant sept jours et sept nuits. Alors ils conviennent de se reposer. Comme Kan Schentaei était à se dire que sa force ne suffirait pas pour vaincre le djalmaous, parait un homme à barbe blanche qui frappe le djalmaous avec une massue de fer, et le djalmaous meurt. Kan Schentaei se lève, fend le ventre du monstre, et tous les hommes qu'il avait avalés se retrouvent vivants. Il les amène tous avec les troupeaux à l'ouverture par laquelle il était descendu ; mais ses trois compagnons, mutilés comme ils sont, ne peuvent les faire remonter. II s'éloigne désespéré. Un jour qu'il s'était endormi sous un grand tremble, il est réveillé par un bruit très fort. Il lève les yeux et voit en haut de l'arbre un nid, et dans ce nid trois jeunes oiseaux qui poussent des cris d'effroi; un dragon, en effet, était en train de grimper à l'arbre et allait les dévorer. Kan Schentaei tire son épée et coupe en deux le dragon. Les oiseaux le remercient et lui font raconter son histoire. Ensuite ils lui disent : c Notre mère est un oiseau nommé le héros (sic) Kara Kous ; il n'y a personne de plus grand qu'elle. Elle te portera où tu voudras, t Ici, comme dans les contes précédents, le gros oiseau dit au sauveur de ses petits de lui apporter beaucoup de viande : soixante élans. Il en mange trente avant de prendre son vol et on charge sur son dos les trente autres, ainsi que tout le bétail et le peuple de Kan Schentaei. Ici encore, la viande faisant défaut, Kan Schentaei se voit obligé de se couper la chair des cuisses et de la jeter dans le bec de l'oiseau, qui, arrivé en haut, la lui rend et le rétablit dans son premier état.

L'épisode de l'oiseau se rencontre encore dans d'autres récits orientaux, mais ceux-ci tout différents, pour l'ensemble, de La Canne de cinq cents livres. Ainsi, dans un conte du Bahar-Danush persan (trad. de Jonathan Scott, Shrewsbury, 1799, t. III, p. 101, seq.), le prince Ferokh-Faul, qui voyage avec un fidèle ami à la recherche d'une princesse dont il a vu le portrait, se repose un jour au pied d'un arbre. Sur la cime de cet arbre un simurgh (oiseau fabuleux) avait construit son nid, et justement un monstrueux serpent noir venait de s'enrouler autour du tronc pour aller dévorer les petits ; le prince tire son sabre et le tue ; puis il s'endort, ainsi que son compagnon. Vers le soir, le simurgh revient, et apercevant les deux jeunes gens, il les prend pour des ennemis de sa couvée, et il allait les mettre à mort quand ses petits lui font connattre le service que leur a rendu le prince. Le simurgh réveille Ferokh-Faul et lui demande de quelle façon il peut lui témoigner sa reconnaissance. Le prince lui expose l'objet de son voyage et, le lendemain, le simurgh prend les deux jeunes gens sur son dos et les dépose le soir dans la ville où ils voulaient se rendre et qui était pour ainsi dire inaccessible.

Dans un conte indien recueilli dans le Deccan (Miss M. Frère, Old Deccan Days, p. 1 3) et que nous avons eu déjà l'occasion de citer dans les remarques de notre n* 15, les Dons des trois Animaux, un jeune prince dont la mère est retenue captive par un magicien s'est mis en campagne pour chercher à trouver

l'endroit où il sait que le magicien a caché son âme, sa vie. Comme le héros du conte persan, il s'endort au pied d'un arbre ; il est réveillé par un grand bruit et tue un serpent qui est au moment de dévorer des aiglons. Les aigles, reconnaissants, disent à leurs petits de se mettre au service du prince, et ceux-ci le portent dans le lieu où il veut pénétrer, puis ils le ramènent, après qu'il s'est saisi du petit perroquet dans lequel est cachée la vie du magicien.

Citons enfin un passage d'un roman hindoustani, dont M. Garcin de Tassy a donné la traduction dans la Revue orientale et américaine (4* année, 1861, p. 1, seq.). Le prince Almâs s'est mis en route vers la ville de Wâkâf, où il doit trouver le mot d'une énigme dont la solution lui obtiendrait la main d'une princesse. Un jour, il s'endort au pied d'un arbre sur lequel l'oiseau simorg avait son nid ; il est réveillé par le hennissement de son cheval qui lui signale l'approche d'un dragon. Après un long combat, il parvient à tuer le monstre qui déjà grimpait à l'arbre. Puis, entendant les petits du simorg crier de faim, il les rassasie de la chair du dragon et se rendort de fatigue. Le simorg, à son retour, n'entendant plus crier ses petits et voyant un homme endormi au pied de l'arbre, s'imagine qu'Almâs a détruit sa couvée, et il est au moment de laisser tomber sur lui une pierre énorme quand sa femelle l'arrête. Par reconnaissance, le simorg porte le prince, par delà sept mers, dans la ville de WÂcâf, après lui avoir fait prendre une provision de chair d'Âne sauvage, qu'Almâs doit lui donner peu à peu pendant le trajet.

Arrêtons-nous un instant avant de finir, sur un tout petit trait qui est particulier à notre troisième version lorraine et qui évidemment n'a pas dû frapper au premier abord. Quand il s'agit de foire les trois bracelets, La Ramée demande à son maître, d'abord un boisseau de noisettes, puis un boisseau de noix, puis enfin un boisseau d'amandes. Nous pouvons d'abord rapprocher de ce trait un passage du conte hanovrien de la collection Colshom cité plus haut. Pierre l'Ours, qui s'est engagé chez un orfèvre après avoir délivré les trois princesses, se charge de fabriquer l'anneau commandé par le roi. Il prie son maître de lui donner pour la nuit une tonne de bière, un muid de noix et deux pains. — On se demandera peut-être si ce n'est pas du hasard que provient cette ressemblance dans un si petit détail ; mais le doute à ce sujet diminuera certainement quand on verra que, dans le conte flamand de la collection Deulin, également cité par nous, Jean l'Ourson, en pareille circonstance, se fait donner un sac de noix par son patron. De même, dans le conte allemand de la collection Prœhle, mentionné aussi précédemment, Jean l'Ours, qui a promis de faire trois boules pareilles à celles qu'avaient les princesses, se remplit la poche de noisettes avant de se mettre ou plutôt de faire semblant de se mettre au travail. Un conte grec moderne (Hahn, n° 70), que nous avons aussi résumé en partie, se rapproche encore davantage de notre conte lorrain. Ici le héros est entré comme compagnon chez un tailleur. Or son maître a reçu du roi l'ordre de faire en trois jours pour la princesse un vêtement sur lequel sera brodé la terre avec ses fleurs : ce vêtement doit être renfermé dans une noix. Le jeune homme se fait donner par le tailleur un setier d'eau-de-vie et une livre de noix; il s'enferme dans l'atelier, mange et boit à son aise, puis il ouvre une noix que la princesse lui a donnée dans le monde inférieur et en tire le vêtement merveilleux. Quelques jours après, la princesse commande

un vêtement snr lequel sera brodé le ciel avec ses étoiles et qui sera renfermé dans une amande ; le jeune homme fait de même que la première fois ; seulement il demande des amandes au lieu de noix : le vêtement est dans une amande que lui a donnée la princesse. Et enfin, quand la princesse commande sn vêtement renfermé dans une noisette et représentant la mer et ses poissons, il se fût donner des noisettes et tire le vêtement d'une noisette qu'il a également rapportée du monde inférieur.

Un dernier rapprochement de détail. Dans le conte hanovrien de CoUhorn, Pierre l'Ours, apprenant que la plus jeune des trois princesses est malade de ne point le voir venir, s'habille en mendiant et se présente au palais. Les gardes le repoussent et le blessent. Pierre l'Ours tire de sa poche le mouchoir que la princesse lui avait donné et s'en sert pour étancher le sang qui coule de sa blessure. Justement la princesse regardait par sa fenêtre et elle reconnaît son mouchoir. — C'est à peu près, comme on voit, la fin de la Canne de cinq cents Unes,

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