LA VIE A VENISE
La situation de Venise , au sein des lagunes ,
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semble devoir rendre l'air humide et vaporeux ; mais cet air est continuellement renouvelé par les vents et le sud-est qui le dépouillent du gaz méphitique. Selon plusieurs savants, il est doux, égal y nourrissant quoique sans pesanteur, moins humide même que celui de Milan. Les émanations salines des lagunes créent une atmosphère particulièrement favorable aux personnes atteintes de phthisie pulmonaire, scrofulense, tuberculeuses ou de dispositions racbiliques, et les bains de mer y sont très efûcaces contre ce genre d'affections. Ces bains , qui peuvent être pris Thiver et continuer le traitement commencé Télé à d'autres bains salins de terre ferme, doivent leurs qualités à la vase et aux algues. La meilleure de celles-ci est le sphœroceus confervoïdes , k cause de la quantité extraordinaire de substances gélatineuses qu'elle contient, et de la facilité àTex- Iraire et k l'avoir toujours fraîche dans ces eaux où elle croit abondamment l'hiver, même dans le grand canal.
Le régime ichlyologique, si excellent k Venise, surtout les huîtres et les célèbres ptdoccht dont il va être parlé; les promenades en gondoles, qui bercent doucement au soleil pendant deux ou (rois heures les malades enveloppés de la vapeur marine, secondent merveilleusement i'elTet des bains» et du climat; et l'agrément de la vie et de la société le complète. L'été seul produit quelques fièvres périodiques communes aux plages maritimes de l'Adriatique et de la Méditerranée, voi-
sincs des oiârais. Led pestes dont Veblse  soùffeH n'uQl pas été plus désastreuses que celtes de Milan el de Florence; et parmi tes grandes cités italiennes elle est celle qui soufll^il Te moine du choléra. L'air est tempéré, et le vent sud-esl qui adoucit la rigueur du froid de Thiver, est sbmommé par les Vénitiens « le manteau des pauvres, n Ce climat est réparateur pour l'es enfants èl les vieillards; mais il parait moins coùveuable aux personnes de rage moyen, el il produit parfois chez les étrangers une révolution làtérieure. La santé de Venise est généralement bohne; oh y parvient à un âge avancé y et Ton y compte quelques centeâaires.
Venise offre aux gourmands dés jouissances vives et variées. Les bœufs venant de Slyrie, élevés pour l'alimentation, el qui ne travaillent pas, donnent uhe viande de qualité supérieure. Le vëaù de Chioggia tsst exquis et meilleur que celui de la terre ferme. La Polésine de Rovigo fournît en abondance de grasses et fines volailles. \Jk voisinage des marais l'end le gibier nombreux, excellent el peu cher. Les bécassines en hiver se donnent pour quatre ou cinq sous de France. Lé lièvre est bon; elle lapin, dédaigné, n'est man^ de personne.
Le poisson de l'Adriatique jouit d*ûne juste célébrité; il fournit d'abondsmts et de délicate tributs k la reine d-e dette mer. Si lés Vénîtieûs, remarqué ingénteusehiênt Addison, étaient bloqués de .tous côtés, ils pourraient en quelque sotte
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échapper à la famine par la quantité de poissons que la mer leur fournil, et qu'on peut prendre au milieu même des rues ; ce qui est un magasin naturel que très peu de villes peuvent se vanter d'avoir. On cite : le magnifique rouget (îriglia)^ le premier des poissons de TAdriatique; le turbot (rombo), déjà loué par Boccace dans sa longue et remarquable lettre au prieur des Sainls-Apôlres de Florence, où se trouve un tableau si vivant de la maison; du luxe et du train de vie d'un grand dé Tépoque; les sardines fraîches (sardelle), qu'on à surnommées les ortolans de l'Adriatique, et qui se passent d'assaisonnement : les soles [sfoglie) excellenlejs; les petits poissons [sachette]-, les gobies {paganelto de rnar); l'ombrine qui pèse jusqu'^ quarante livres , et le thon jusqu'à cinq cents , mais d'ordinaire de dix k cinquante. Ce dernier arrive du mois d'août au mois d'octobre; afm de l'avoir toujours de bonne qualité et d'échapper au danger de sa putridité, la police examine les barques qui l'amènent, surtout lorsque le sirocco en a retardé l'arrivée, et pour peu qu'il soit avancé, elle le fait jeter k la mer. Les huîtres de l'arsenal , énormes, grasses, ne pourraieïit se manger k la douzaine; cuites et assaisonnées aux fines herbes, k la vénitienne, elles forment un mets agréable et digestible. Malgré l'horreur de leur nom , on estime encore plus les ptdocchi (poux de mer) de l'arsenal , sorte de moule fort savoureuse ; mais ih sont rares, ils ne se pèchent qu'en juin et juillet, et l'on est quelque peu sur-
pris, au milieu des flols, de les payer aussi cher. Les muges voluptueux pullulent dans la fange des canaux de Ghioggia. On en fait d'amples salaisons; la chair bonne, tendre, expose, si Ton en mange trop , à des maux de iéte et même à la fièyre. Les œufs comprimés, salés et séchés, donnent une sorte de caviar appelé bottargue, très recherché, qui s'accommode avec de l'huile et du citron. La plupart de ces poissons si exquis, et d'autres, tels que le rouget, la sardine, les poux, le turbot, le maquereau, le homard et les huîtres surtout, ont encore le mérite de donner aux malades un bouillon très salutaire ^
Les fruits, abondants et bons, viennent des.collines d'Esté , de Honselice et de Montagnana *.
1 Les vini de France et d'Espagne, grâce aa port franc, arrivent sans payer. Le vin de Chypre véritable coûte an café de 5 à 10 8UU8 le verre; l'ordinaire se paye 34 sons la bouteille, et la première qualité S fr. Les antres bons vins sont le val Pollicella et le picc<^it de Conegliano et du Frioul.
s Auberges. — Elles ne sont pas du premier ordre : l'Europe, qui a une table d'hôte à 3 fr. 50 c, fréquentée par les Français ; la Lune, l'Allergo ReaU, le Lion blanc, la Reine d'Angleterre.
Les logements en garni sont peu chers, mais assez négligés. Ils coûtent par mois de 20 à 40 fr. 11 existe à l'entrée de la place Saint-Marc un bureau de location où Ton peut s'en procurer. Les personnes qui désirent des appartements plus élégants, s'adresseront, soit au magasin d'objets d'art du Gondoliere, près des Procuratie Vecckie, soit au cabinet de lecture du Gofidoliere, place Saint-Marc. 11 faut, principalement l'été, se loger sur le grand canal, afin de parcourir le soir, en goudole,ce Corso liquide.
11 faut se méfier du vin à Venise, parce que souvent il -est frelaté. Les mariniers en boivent pendant le trajet» et le remplacent par de l'eau des lagunes y eau insalubre , quoiqu'elle ne manque
Restaurateurs. — // Cavaletto.'^ Il Vapore.-^Il Capello.-^ Le cabaret de San-Benedetto, aimé des arlistes.
Cafés. —Place Saint-Marc.
Les amateurs de bons poissons et de rori^pnalité culinaire, doivent aller à Quintavalle, chez Sur-Zwine., qu'il faut autant que possible prévenir d'avance. Ils auront là des jouissances que le Rocher de Cancale parisien n'effacera point.
Au Môle, café du Fonso. — De la Venela marina on jouit d'une belle vue. —L'Aurore et VAlbero d'oro sont les estaminets des jeunes élégants.
Gondoles. — SO cent, l'heure ou la course ; pour toute la journée 5 fr. Le voiturin pour Bologne^ nourriture compris, 20 fr. par place. — Un bateau à vapeur part le soir trois fois par semaine pour Trieste. Il arrive en sept ou huit heures. Le prix des premières places est de 20 wanziger (17 fr, 40 cent.).
Une gondole pour aller de Mestre à Venise coule 5 fr., plus 80 cent, pour la bonne-main.
Libraires. — Le Gondoliere. Cette vaste et intelligente librairie a deux maisons, place Saint-Marc, l'une pour les livres italiens , l'autre pour étrangers et italiens. £Ue a créé le journal le Gondoliere. — Ganciani, pour les livres anciens.— Gnoato.— Cabinet de lecture du Gondolier e,y\acé Saint-Marc.
Ateliers. — Peintres : MM. Schiavoni; Lipparini ; Gregoletti ; Duse ; Busato ; Borsato , pour les tableaux de genre ; Viola, paysagiste; Borsa, pour les scènes populaires. — Sculpteur : M. Ferrari, qui annonce à Tltalie un digne compatriote et un héritier de Canova. Une figure de la Mélanco" lie, et surtout un Laocoon, même après le groupe antiqjic, ont excité l'admiration universelle.
Magasin de tableaux des anciens maitres. —La collection
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pas d'agrément et ait un petit goût d'eau de Settz. l^s persofides aisées et précaatioDiieuses chargent un domestique éprouvé de surTèiller sur là barque le transport du vin.
La chasse des environs de Venise, belle par le voisinage des marais, s'étend sur tout le littoral depuis Aquiiée jusqu'au port ancien et historique de Gaorlo, aujourd'hui ruiné. Les canards sauvages et les plongeons abondent. Cette chasse, pour laquelle les Vénitiens étaient très passionnés, formait jadis un des spectacles solennels et joyeux, particuliers & leur pays.
Que les voyageurs qui aiment les points sur les f, et qui ont horreur de l'imprévu — l'imprévu, le
de notre compatriote M. de Civry est au premier rang et présente parfoiâ d'authentiques chefs-d'œuvre dignes des galeries royales. — Barbini. — Sauquirico. — Magasins d'objets d'art et de papeterie élégante , du Gondolier e. — Lithographie."' Bel établissement de M. Gaspari, qui a déjà reproduit trente des plus grands tableaux de Técole vénitienne. — Petites chaînes d'or si estimées pour la finesse du travail et la pureté de Tor; chez Cuchetti et les autres bijoutiers, même les plus petits. Les prix varient selon la délicatesse du travail.
Magasins de soieries e/ <fe nouveautés.— Caron.—Jrppeani. — Couturière et marchande de modes. —; Madame Adèle, qui reçoit tous les jolis pompons et toutes les gracieuses créations de Raris.
Tabacs. — Le tabac et les cigares vénitiens sont inédiocres, mais il y en a d'excellents & îriestè. On peut s'en procui-er dans cette ville & la ferme générale par Teutremise d'un ami ou correspondant, et les recevoir par le bateau à vapeur. Ces cigares de Trieste, vrais la Havane , qui ne coûtent que 4 uu 5 sous, doivent décider au voyage certains amateurs.
cheval indompté du voyage! — emportent dans leur poche le petit livre de M. Valéry; ou plutôt, qu'en arrivant à la ville impossible ils aillent au café Florian, et demandent à la jolie bouquetière de la place Saint-Marc ce qu'il faut faire a Venise de son temps, de son cœur et de son argent.
FJir.
TABIX