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DANS LE BEAU MONDE

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gauche el froide. Cependant elle s'enhardit et s'anima un peu avec moi. Elle en vint à me dire que le mondo l'enn u \ ait , que le bal étail son supplice. Je compris qu'elle

y venait malgré elle pour ace pagnersa mère, el que

le rôle de mère, c'était elle qui le remplissait auprès de l'auteur de sis jours. Elle était condamnée à servir de prétexte. Le ; ère d'Aï ilnir, qui avait les goûts de i âge que le temps lui avait faits, se soumettait à courir le inonde, ou :i rester seul au ooin du feu, lorsque madame lui avait dit: « Quand on a une fille à m. nui-, il faut lin n la conduire au bal. » En attendant, ta lillo ne se mariait pas. Le père bâillait, et la mère dansait.

Je lis danser plusieurs fois celle pauvre demoiselle. Dans un bal de province, cela l'aurait compromise, et ses parents m'eussent fait la leçon. Mais a Paris, bien loin de là, on m'en sut le meilleur gré, et la demoiselle ne prit pas ce joli air de prude qui commence, dans une petite ville, tout roman sentimental entre jeunes gens. Cela • droit de m'asseoir ensuite à ses côtés et do avec elle, tandis que ses deux matrones échangeaienl de folâtres propos et de charmantes minauderies

avec leurs adorateurs.

Nuire causerie, à nous, no fut point légère; mademoiselle Emma avait du jugement, trop do jugement : cela lui donnait de la malice, bien que son caractère ne fût point gai. Ma simplicité lui inspirait de la confiance. Elle en vint donc, a m'instrtiire do ce qui faisait le sujet de mon étonnement depuis le commencement du bal; et sans que je hasardasse beaucoup de questions, elle fut pour moi un cicerono plus complaisant que son frère.

— Voua êtes émerveillé de voir ma grosse tante se trémousser si joyeusement, me disait-ollo; ce n'est rien: elle n'a que quarante-cinq ans, c'est une jeune personne. Son embonpoint la désole paroe qu'il la vieillit. Ma mère est bien mieux conservée, n'est-ce pas? Pourtant j'ai une sœur aînée qui a des enfants, et maman est grau depuis quelques années. Je ne sais pas son âge au juste. Mais, en la supposant mariée très-jeune, jo suis assurée qu'elle a tout au moins cinquante ans.

— C'est. merveilleux! m'écriai-je. Ah! mon Dieu! quand je compare ma pauvre mère, avec ses | bonnets, ses grands souliers, ses grandes aiguilles a tricoter et ses lunettes, à la quantité de dames du même âge que je vois ici en manches courtes, en souliers de salin . avec, des Heurs dans les cheveux et des jeunes gens au bras, je crois faire un rêve.

— C'esi peut-être un cauchemar? reprit la méchante Emma; ma mère a été si prodigieusement belle qu'el e

' avoir conservé le droit do le paraître tou ours. Mais ma tante est moins excusable de se décolletei à Ge point, et de livrer à tous les regards le douloureux spectacle de son obésité. » .

Je me retournai involontairemeet et me trouvai effleurant à mon insu deux omoplates si rebondies qu'il aie fal ut regarder le chignon fleuri de la tante pour me convaincre que je la voyais de dos. Ce luxe de santé me causa une épouvante réelle, et mademoiselle Emma s'aperçut de ma pâleur, n Ceci n'est rien, me dit-elle en souriant (et le plaisir de la moquerie donna un instant a

m regard le feu que l'amour ne lui avait jamais communiqué). Regardez devant vous, comptez les jeunes tilles et les jolies femmes. Comptez les femmes sur le retour, les laides, qui n'ont point d'âge, et complétez la série avec les vieilles, les bossues, ou peu s'en faut, les mères, les aïeules, les graud'tuntes, et vous verrez que la majorité dans les bals, la prédominance dans le monde, appartiennent à la décrépitude et à la laideur.

— Oh ! c'est un cauchemar, en effet! m'écriai-je. Et ce qui me scandalise le plus, c'est le luxe effréné de la toilette sur ces phantasmes écbevelés. Jamais la laideur ne m'avait paru si repoussante qu'aujourd'hui. Jusqu'à présent je la plaignais. J'avais même pour elle une sorte de commisération respectueuse. Une femme sans jeunesse ou sans beauté, c'est quelque chi e qu il faul i hercher à estimer afin de lui pouvoir offrir un dédomma ;e ment. Mais cette \ ieillesse parée, cette laideur arrogante, ces rides qui grimacent pour sourire voluptueusement,

ces lourdes odalisques surannées qui écrasent leurs frêles

Cavaliers, ces squelettes couverts de diamants, qui Semblent craquer comme s'ils allaient retomber en poussière, ces faux cheveux, ces fausses dénis, ces fausses tailles, Ions ces faux appas et ces faux airs, c'est horrible à voir, c'est la danse macabre ! »

Un vieux ami de la famille d'Arthur s'était approché de nous; il entendit mes dernières paroles. C'était un peintre tissez distingué et un homme d'esprit. « Jeune homme, me dit-il en s'àsseyaht auprès de moi, votre indignation me plaît , bien qu'elle no soulage point la mienne propre. Êtes-vous poète ? êtes-vous artiste? Ah !

si VOUS êtes l'un ou l'autre, que venez-vous faire ici? Fuyez ! car vous vous habitueriez peut-être a cei abominable i enversement des lois de la nature. Et la premii i e loi de la nature, c'est l'harmonie; l'harmonie, c'est la beauté. Oui, la beauté est partout, lorsqu'elle est à sa place et qu'elle ne cherche pas à s'écarter de ses convenances naturelles. La vieillesse est belle aussi, lorsqu'elle no veut pas simuler et grimacer la jeunesse. Quoi de plus auguste que la noble tête chauve d'un vieillard calme et digne? Regardez ces vieux fats en perruque, et sachez bien que si on mo les laissait coiffer et habiller à mou gré, et leur imposer aussi d'autres habitudes de phyt ionomie, j'en pourrais faire do beaux modèles. Tels que vous les voyez là, ce sont de hideuses caricature--. Hélas ! où donc s'est réfugié le goût, la pure notion des règles premières, et faut-il dire même le simple bon sens? Je e parle pas seulement des costumes de notie époque ; celui des hommes est ce qu'il y a de nlus triste, de plus ridicule, do plus disgracieux et de plus incommode au monde. Ce noir, c'est un signe de deuil qui serre le cœur. « Le costume des femmes est heureux et pourrait être beau dans ce moment-ci. Mais peu do femmes ont le don de savoir ce qui leur sied. Voyez ici, vous on 00:11 terez à peine trois sur quarante qui soient ajustées convenablement, et qui sachent tirer parti de ce que la mode leur permet. Le goût du riche remplace le goût du beau chez la plupart. C'est comme dans tous les arts, comme dans tous les systèmes d'ornementation. Ce qui prévaut aujourd'hui , c'est le coûteux pour les riches prodigues, le voyant pour les riches avares, le simple el lo beau pour personne. Eh quoi ! nos femmes de Paris n'ont elles pas sous les yeux des types monstrueux bien faits pour leur inspirer l'horreur du laid ?...

— Oh ! ces vieilles Anglaises, chargées de plumes et de diamants? m'écriai-je, ces chevaux de l'Apocalypse si fantastiquement enharnachés?

— Vous pouvez en parler, reprit-il , vous en voyez là quelques-unes peut-être. Pour moi, j'ai le don de point apercevoir. Quand je présume qu'elles sont là, par un effort de ma volonté je me les rends invisibles.

— En vérité? dit mademoiselle Emma en riant; oh! pourtant il est impossible que vous n'aperceviez point la colossale lady ***. La voilà qui vous marche sur les pieds, et. si vous ne la voyez pas, vous pouvez senlir du moins le poids de celte gigantesque personne. Cinq pieds et demi de haut, quatre de pourtour, un panache de billard, des dentelles qui valent trois mille francs le mètre, et qui ont jauni sur trois générations de douairières, un corsage en forme de guérite, des dénis qui descendent jusqu'au menton, un menton hérissé de bai lie

e 1 ■■■. et pour s'harmoniser avec tout cela, une jolie ; etile perruque blond-clair avec de mignonnes boucles à l'enfant. Regardez donc, c'est la perle des Trois-Royaumes.

— Mon imagination s'égaie à ce portrait, repartit le peintre en détournant la tète ; mais l'imagination ne peut rien créer d'aussi laid que certaines réalités; c'est pourquoi, dût cette grande damo me marcher sur le corps, je ne la regarderais pas.

— Vous disiez pourtant, repris-je , que la nature no faisait rien de laid, ce me semble?

— La nature ne fait rien de si laid que l'art ne puisse, l'embellir ou l'enlaidir encore; c'est -elon l'artiste Tout être humain est l'artiste de sa propre personne au moral ei au physique II en tire bon ou marnais parti, selon qu'il est dans le vrai ou dans lo faux. Pourquoi tant de

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