‹ Romans et contes philosophiquesChapitre 10 sur 28 · I. S*" iàxU · texte numérisé non relu

I. S*" iàxU

f{4 LA TBAV DE GHAGRIM^

TlII.

Le jeune homme se leva brusquement et témoigna quelque surprise en apercevant un phénomène assez extraordinaire.

Accroché sur le mur à un clou précisément au dessus du siège où il s'était assis , un morceau de chagrin^ dont la dimension n'excé-

LA PEATT DE CnAGRIW. US

(lait pas celle d'une peau de renard, paraissait projeter des rayons lumineux... Au sein de la profonde obscurité qui régnait dans le magasin , vous eussiez dit d'une petite comète...

Le jeune incrédule s'approcha de ce talisman si puissant contre le malheur en s'en moquant par une phrase mentale ; mais animé, cependant, d'une curiosité bien légitime, il se pencha pour le regarder alternativement sous toutes les faces; et alors, il découvrit bientôt une cause naturelle à cette lucidité singulière. Les grains noir du chagrin étaient si soigneusement polis et si merveilleusement brunis , les rayures capricieuses en étaient si propres et si nettes que, pareilles à des facettes de grenat, les aspérités de ce cuir oriental simulaient autant de petits foyers qui réfléchissaient vivement la lumière.

Il démontra mathématiquement la raison de ce phénomène au vieillard qui, pour toute réponse, sourit avec malice.

Ce sourire de supériorité fît croire au jeune savant qu'il était dupe en ce moment de quelque charlatanisme; et , ne voulant pas emporter une énigme de plus dans la tombe, il retourna promptement la peau comme un enfant

pressé de connaître les innocens secrets de quelque nouveau jouet.

— Ah ! ah î s'écria-t-il , voici l'empreinte du sceau que les Orientaux nomment le cachet de Salomon...

— Vous le connaissez donc?... demanda le marchand de curiosités, dont les narines laissèrent passer deux ou trois bouffées d'air qui peignirent plus d'idées que les plus énergiques paroles.

— Y a-t-il au monde un homme assez simple pour croire à l'existence de cette chimère!... s'écria le jeune homme piqué d'entendre ce rire muet et plein d'amères dérisions.

— Ne savez-vous pas , ajouta-t-il , que les superstitions de l'Orient ont consacré la forme mystique et les caractères mensongers de cet emblème qui représente une puissance fabuleuse ?... Je ne dois pas , dans cette circonstance, être plus taxé de niaiserie que si je parlais des Sphinx ou des Griffons, dont l'existence est en quelque sorte scientifique...

— Puisque vous êtes un orientaliste , reprit le vieillard , peut-être lirez -vous cette sentence...

Apportant alors la lampe près du talisman

que le jeune homme tenait à l'envers, il lui fit apercevoir des caractères incrustés dans le tissu cellulaire de cette peau merveilleuse, comme s'ils eussent été produits par l'animal auquel elle avait jadis appartenu.

— J'avoue, s'écria l'inconnu, que je ne devine guère le procédé dont on se sera servi pour graver si profondément ces lettres sur la peau d'un onagre...

Et, sç retournant avec vivacité vers les tables chargées de curiosités , ses yeiix errans parurent y chercher quelque chose.

— Que voulez-vous?... demanda le vieillard.

— Un instrument pour trancher le chagrin afin de voir si les lettres y sont empreintes ou incrustées...

Le vieillard lui présenta le stylet. Il le prit et tenta d'entamer la peau à l'endroit où les paroles se trouvaient écrites; mais quand il eut; enlevé une légère couche du cuir, les lettres y reparurent si nettes et si conformes à celles imprimées sur la surface, qu'il crut, pendant un moment , n'en avoir rien ôté.

— L'industrie du Levant a des secrets qui lui sont réellemenl parlicuUers! dit-il en rc-

11$ Z.A FSAU DC CHAGRIN,

gardant la sentence orientale avec une sorte d'inquiétude.

— Oui!... répondit le vieillard, il vaut mieux s'en prendre aux hommes qu'à Dieu!

Les paroles mystérieuses étaient disposées de la manière suivante :

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