SCÈNE
PHÎLOCTÈTE, NÉOPTOLÈME (Philoctète est seul, assis ; il semble accablé de douleur — ou médite,)
NÉOPTOLÈME, entre en courant Que je le trouve à temps !... Ah ! c'est toi, Philoctète. En hâte, écoute-moi. Ce que' nous venions faire ici est indigne ; mais, sois plus grand que nous : pardonne-moi. Nous venions... oh ! j'ai honte à le dire... te voler ton arc, Philoctète !...
PHILOCTÈTE
PHILOCTÈTE
Je le savais.
NÉOPTOLÈME
Tu ne me comprends pas... c'est te voler ton arc,, te dis- je... Ah ! défends-toi !
PHILOCTÈTE
Contre qui ? Contre toi ? dis, mon Néoptolème. NÉOPTOLÈME
Non certes contre moi : je t'aime et te préviens.
PHILOCTÈTE Et tu trahis Ulysse...
NÉOPTOLÈME
Et suis au désespoir... C'est à toi que je me dévoue. M'aimes-tu ? Parle, Philoctète. Est-ce que c'est là la vertu ?
Enfant !...
NÉOPTOLÈME
Vois ce que je t'apporte. Cette fiole a pour mission de t'endormir. Mais moi je te la donne. Voici. Est-ce di la vertu ? — Parle-moi.
ANDRÉ GIDE
PHILOCTÈTE
Enfant ! on ne parvient que pas à pas à la vertu supérieure ; ce que tu fais ici n'est qu'un bond.
NÉOPTOLÈME Alors enseigne-moi, Philoctète.
PHILOCÈTE
Cette petite fiole était pour m 'endormir, dis-tu ? (// la prend et la regarde.) Petite fiole... toi, du moins, ne manque pas ton but ! Vois-tu «^ce que je fais, Néoptolème ? (// boit,)
NÉOPTOLÈME Quoi ! malheureux, mais c'est...
PHILOCTÈTE
Préviens Ulysse. Tu lui diras... qu'il peut venir. (Néoptolème épouvanté fort en courant et en criant.)