‹ Romans et essaisChapitre 3 sur 20 · RUE HAUTEFEUILLE · texte numérisé non relu

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André Gide nest pas un auteur facilement accessible.

L abondance, la mobilité et la subtilité des idées, le ^ choix des sujets, problèmes moraux ou psychiques, la ^ perfection minutieuse de V analyse et de la langue éloignent de lui les esprits superficiels qui répugnent à 1* effort et le placent sur une cime où les lecteurs sans assiduité ne le viennent pas chercher. Et cependant on peut dès^ maintenant affirmer que F œuvre d* André Gide est assurée de demeurer comme la manifestation la plus réfléchie et la plus raffinée d'une époque inquiète, encline aux confessions intimes, où les esprits tourmentés posent toutes les questions sans prétendre à y répondre et ne veulent pas plus affirmer que nier. « Je ne prétends pas, certes^ » dit André Gide lui-même, que la neutralité (f allais » dire V indécision) , est signe sûr d'un grand esprit, mais » je crois que maints grands esprits ont beaucoup répugné » à conclure et que bien poser un problème nest pas le » supposer d'avance résolu, )>

Dans cette crise d'anxiété spirituelle que traverse ce ^ temps-ci le tempérament d'André Gide a trouvé un

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climat favorable à son libre développement. Mais d* outres influences diverses et contradictoires F impressionnèrent aussi : né d'un père languedocien et protestant et d'une mère normande et de famille catholique, ce double courant se retrouve en son œuvre. « Je me sens d'autant plus « Français, dit-il que je ne le suis pas d'un seul morceau de « la France, que je ne peux penser ni sentir spécialement (( en normand ou en méridional, en catholique ou en )) protestant, mais en Français, et que né à Paris, je « comprends à la fois l'oc et l'oïl, l' épais jargon normande « le parler chantant du midi, que je garde à la fois lé" <' goût du vin, le goût du cidre, l'amour des bois prof onds, « celui de la garrigue, du ùommier blanc et du blanc aman" dier. « Qui songerait à rejuser à André Gide celte qualité de Français qu'il réclame avec un élan si passionné en s' appuyant des deux mains sur ses deux provinces ! Tout dans son œuvre est de la plus belle et de la plus pure tradition française. Sa pensée libre, aventureuse et hardie reste toujours logique et mesurée. Sa langue, volontairement dénuée d'éclat, a l'harmonie discrète et pleine de charme d'un délicat paysage de France.

S'il apparaît que ta traduction protestante ait joué un rôle important dans l'histoire intellectuelle de Gide, quelle se soit manifestée principalement dans le choix des sujets et des problèmes traités, il ne serait pas juste d'affirmer que d'une enfance passée studieusement et gravement au milieu d'une famille de juristes et de savants

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dans réfude et la méditation, ait dérivé toute la tournure d'esprit de Gide, Son exceptionnelle personnalité s'est vite affirmée. Son âme complexe, mais sincère et fervente a vite fait de briser les barrières qui le retenaient. Ayant épuisé tous les livres et animé d'une ivresse de liberté spirituelle il partit dès lors à la rude conquête de cette liberté, et chacun de ses ouvrages est une face nouvelle de sa pensée inquiète et ardente, exaltée de découvertes et d'horizons nouveaux. Cas de conscience d'âmes scrupuleuses, accomplissement d'un devoir jusqu'au sacrifice, anxieuses recherches d'une morale, aveuglement créé par une vie trop exclusivement intérieure, telles sont les principales étapes.

Les livres d'André Gide ont commencé par être des confessions de divers états d'âme. Plus tard, dans la forme du roman qu'il adoptera il se dérobe davantage* mais son âme ne s'en révèle pas moins. Il suit passionnément et logiquement tous les appels de sa sensibilité et de son intelligence, tous les méandres de son esprit complexe, tous les détours de son cœur multiple. Les problèmes psychiques qu'il aborde, il les pousse jusqu'au bout de la logique. A ce terme, le cas contraire lui apparaît et le développement d'un problème nouveau commence dans un autre livre avec la même sincérité et la même passiofï. Ainsi, ayant écrit /'Immoraliste où. il nous montre un être qui s'affranchit totalement des lots morales, il se trouve plus tard

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amené à écrire la Porte Etroite où une femme pour s élever jusquà la perfection dans les cadres de cette loi morale, va jusqu'au renoncement de son amour.

On pourrait suivre ainsi dans Vœuvre d'André Gide le fil continu d'une pensée logique avec ses réactions et ses conflits, Maià ces idées qui sache" minent ou se contrarient, qui dJrivent l'une de Vautre, prêtes à rebondir vers d'autres appels, ne sont pas seulement de froides spéculations de l'esprit. Une grande passion les anime; une souffrance sincère les vivifie. Tout, dans l'œuvre de Gide, est ordonné, précis, mesuré mais tout y vibre continuellement d'une fièvre intérieure et d'une ardeur toujours noble et sans répit.

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