CHAPITRE VI
anses naturelles que les flots ont creusées dans le flanc des rochers qui bordent le rivage. On touchait au printemps : avril venait de naître. De petites fleurs blanches et roses, épanouies çà et là dans les anfractuosités du roc, se réjouissaient sous les chauds baisers du soleil. Les oiseaux chantaient dans les landes, la terre rajeunie mêlait ses doux parfums aux âpres senteurs de la mer. La jeune fille était rêveuse, George silencieux et troublé. Ils avaient essayé de lire, mais le livre s'était échappé de leurs mains : ni lui ni elle n'avaient songé à le reprendre. Ils étaient si prés l'un de l'autre que parfois les cheveux de l'enfant, que lutinait la folle brise, effleuraient le visage du jeune homme enivré. Ils se taisaient, les flotsjetaient à leurs pieds leurs franges d'argent ; l'Océan les berçait de son éternelle harmonie ; le soleil les inondait d'or et de lumière. Ce qui devait arriver arriva. Depuis longtemps attirées, leurs âmes se confondirent. Sansy songer, Jeanne appuya son front sur l'épaule de George ; leurs mains se rencontrèrent, et longtemps ils restèrent ainsi, muets, immobiles, abîmés et perdus dans le sentiment de leur bonheur.
Debout sur la grève, Joseph les contemplait d'un œil jaloux. Ils étaient là tous deux, si jeunes, si charmants, pareils à deux printemps en fleuri On eût dit que le soleil les regardait avec amour, que la brise était heureuse de les caresser, et que les champs, la mer et toute la nature étaient complices de leur félicité. A ce tableau, Joseph sentit son cœur qui s'éteignait dans sa poitrine. Il cacha son visage entre ses mains, et le pauvre garçon pleura.
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Cependant le soleil commençait à descendre vers l'horizon. Jeanne et sir George se levèrent et reprirent le chemin du Goat-d'Or. Ils n'avaient pas échangé une parole ; c'est à peine si leurs regards s'étaient rencontrés, mais ils s'étaient compris l'un l'autre. Ils revinrent à pas lents, silencieux. Tous deux rayonnaient d'une vie nouvelle, quand tout à coup, à l'insu de Jeanne, le cœur de sir George se serra et son front se voila d'un nuage de tristesse,
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Lorsqu'il entra dans le salon, Joseph était si pâle, si défait, que Christophe et Jean, qui achevaient en cet instant une partie d'échecs, se levèrent tout effrayés du bouleversement de ses traits. Leur esprit alla droit à Jeanne.
« Que se passe-t-il ? qu'est-il arrivé à Vaillance ? »
Tel fut leur premier cri à tous deux.
Joseph s'était laissé tomber sur une chaise et tenait sa tête cachée entre ses mains.
« Parle donc, malheureux ! — s'écria Christophe en le secouant par le bras.
— Que se passe-t-il ? — répéta Jean avec anxiété.
— Ce qui se passe, mes frères ! — dit enfin Joseph d'une voix tremblante ; vous me demandez ce qui se passe ! Comment, grand Dieu ! ne le savezvous pas?
— Mais, triple oison ! — s'écria Jean en frappant du pied, — si nous le savions, nous ne le demanderions pas.
Eh bien, — dit Joseph faisant un effort sur lui-