CHAPITRE IV
toucherait point au bonheur et qu'il porterait jusqu'au bout la peine des égarements qu'il avait déjà si cruellement expiés. A la porte du ciel qui s'ouvrait devant lui, et près de recevoir la couronne de son martyre, l'enfant maudit retomba sur la terre pour achever de s'y briser.
Un jour qu'il se trouvait dans la chambre de M. de laTremblaye, il arriva que Richard, en lisant quelques lignes que celui-ci venait d'écrire, se sentit troublé. Il pâlit et son front se couvrit d'une sueur froide. M. de laTremblaye lui dit:
« Vous souffrez ; qu'avez-vous?»
Richard lui-môme ne le savait pas.
A quelque temps de là, c'était jour de fête aa château : on célébrait l'anniversaire de la naissance de Pauline.
Le soir, après dîner, M. de la Tremblaye entraîna sa sœur sur le perron; et tout d'un coup, comme s'il avait en son pouvoir la baguette enchantée des fées, il fit apparaître dans l'allée du parc une calèche neuve et charmante, attelée de deux chevaux arabes, qui vinrent s'arrêter au pied du perron, devant la jeune châtelaine. Pauline se jeta dans les bras de son frère.
« Sais-tu bien, — dit-elle en examinant les armoiries de sa famille, que M. de la Tremblaye avait fait peindre sur le panneau de la voiture, — sait-tu que tu m'as traitée en duchesse? »
C'était un champ d'argent à trois feuilles de trèfle au pied tortillé, l'écu timbré d'un dextrochère, et pour devise ces mots ; Tremulus suo furore minatur.
Pauline appela Richard auprès d'elle et le pria, en riant, de lui expliquer ce latin.
En voyant les armoiries, M. de Beaumeillant devint pâle comme la mort; durant la promenade, qui fut courte à cause des soirées déjà fraîches, il demeura silencieux, visiblement préoccupé. Ses deux amis s'en alarmèrent.
Au retour, il courut à sa chambre et tira de ses papiers l'enveloppe qu'il avait trouvée mêlée aux lettres de sa mère. Il en examina le cachet; ce cachet était aux armes de la Tremblaye. Il regarda la suscription : il reconnutl'écriture qui l'avait troublé.
Ce qui se passa dans son cœur, nul au monde ne pourrait le dire. Il sortit et rencontra Pauline dans le parc.
(( Évariste n'est pas avec vous? — demanda-t-il d'une voix qu'il s'efforçait de rendre calme.
— Évariste? — répondit la jeune fille; — n'appelez pas ainsi mon frère. Autrefois je lui donnais ce nom, mais je sais que ce nom réveille en lui des souvenirs douloureux et cruels. »
Richard s'éloigna brusquement; il avait la fièvre, sa tête était en feu.
Pâle, froid et terrible comme la statue du Commandeur, il entra dans la chambre de M. de la Tremblaye, alla droit à lui, et, sans préambule :
« Reconnaissez-vous cette écriture? ce cachet estil à vos armes? »
M. de la Tremblaye prit l'enveloppe que lui présentait Richard, l'examina, et dit :
« Cette écriture est la mienne ; ce cachet est aux armes de ma maison.