DEUXIEME PARTIE
cendit impitoyablement en lui-môme ; ce qu'il y vit de plus clair, c'est qu'il aimait mademoiselle deMondeberre. L'amour est ingénieux et fécond en ressources de toute nature. Après s'être laissé outrager par l'ombre irritée d'Arabelle, M. de Peveney se laissa doucement attirer par l'image souriante d'Alice. II alla d'abord de l'une à l'autre, ne sachant à laquelle des deux se rendre : il finit par s'abandonner insensiblement sur la pente des espérances. Il déploya un art infini à grouper tous les raisonnements qui pouvaient l'excuser à ses propres yeux. N'avait-il pas assez souffert? le châtiment n'avait-il pas dépassé la faute ? devait-il sacrifier sa vie tout entière à un passé irréparable ? Après s'être attendri sur luimême, ils'attendrit surmademoiselle deMondeberre. Il se demanda avec sévérité s'il pouvait se regarder comme dégagé de toute réparation envers l'enfant dont il avait si fatalement entamé la destinée ? Était-il juste de soumettre au martyre de l'expiation cette virginale beauté? fallait-il entraîner dans le naufrage de la passion une âme chaste et pure qui n'avait jamais cherché les orages? Et madame de Mondeberre, ne lui devait-il rien ? Cette femme si noble et si généreuse, une mère si tendre et si dévouée, la condamnerait-il à voir la jeunesse de sa fille pâlir et se consumer dans les larmes? Toutes les réflexions qu'il aurait dû faire trois ans auparavant, il les fitàcetteheure.Ilérigeases penchants en devoirs pouj* pouvoir s'y livrer sans remords. Il déplaça sa conscience, qui devint ainsi complice de son cœur. Puis il appela à son aide Karl Stein, avec qui, depuis quelques semaines, il avait renoué les relations longtemps
interrompues. Il relut toutes les lettres qu'il avait reçues de lui en dernier lieu. Elles respiraient toutes une affectueuse et saine raison. Toutes conseillaient à M. de Peveney de se préserver des exagérations du désespoir et d'attendre patiemment des jours meilleurs. Fernand y chercha des encouragements ; il amollit le sens des phrases ; il y trouva tout ce qu'il voulait y trouver. Enfin il se dit qu'il n'était pas question d'un mariage brusque et précipité, qu'il s'agissait seulement de s'engager dans l'avenir, et que d'ici-là les teintes funèbres achèveraient de s'effacer.
C'était une âme faible, noble pourtant. Lorsque, après une nuit de luttes et de combats intérieurs, il se fut décidé à retourner à Mondeberre, Fernand se demanda si, en fin de compte, il était véritablement digne du bonheur qu'il allait accepter. A cette question, il se troubla ; tous les scrupules qu'il était parvenu à étouffer revinrent l'assaillir en foule ; seulement, au lieud'Arabelle, c'était Alice, cette fois, qu'il craignait d'outrager. Était-ce bien à lui qu'il appartenait de cueillir cette fleur d'amour, de grâce et de jeunesse? Était-ce dans un cœur dévasté qu'elle devait achever de s'épanouir? N'allait-il pas abuser de la confiance de madame deMondeberre et surprendre sa religion? Dans son effroi, il prit le seul parti qui convînt à un honnête homme : il résolut de soumettre son passé à madame de Mondeberre et de ne reconnaître pour juge qu'elle-même.
Ce fut dans cette louable intention qu'il se rendit au château. Madame de Mondeberre attendait seule dans le parc l'heure qui devait couronner ou ruiner à jamais son espoir. Alice ne se doutait de rien. En