PREMIERE PARTIE. il
j*en souffre autant qu'elle, et que j'immole mon bonheur au soin de son repos, en vue de sa propre gloire, exaltera ses forces et lui rendra la résignation plus facile. Le temps et le monde feront le reste.
Je respire enfin, je commence à renaître. J'ai subi l'influence de la terre natale; le silence des champs est descendu peu à peu dans mon cœur.Ami, la nature est bonne : vainement avons-nous négligé son culte et porté loin d'elle nos désirs et nosambitions : mère indulgente, nous n'avons qu'à lui revenir pour qu'elle nous ouvre aussitôt son sein. Heureux qui sait borner sa vie à l'aimer et à la comprendre !
Ma maison s'élève à mi-côte, sur le bord de la Sevré nantaise, dans un petit coin de ce bas monde qu'on peut dire chéri du ciel. Je t'en ai parlé souvent; mais moi-même qu'en savais-je alors? Ce n'est qu'au retour des longues absences, lorsqu'on a pleuré etsouCTert au loin, qu'on apprécie sa patrie. Tu n'as vu nulle part plus belles eaux ni plus frais ombrages; nulle part tu n'as rencontré plus riantes solitudes. Les visiteurs que ce pays attire durant l'été s'arrêtent à Clisson, et n'arrivent pas jusqu'ici, où l'on n'entend que le bruit des écluses. C'est sousce toit que mon pèrea vécu, dans le creux de cette vallée, à l'ombre de ces bois, au murmure de ces claires ondes. Sa vie et sa mort furent d'un heureux et d'un sage. C'est ainsi que je prétends vivre et mourir. Ce que je sais des hommes et de la passion me suffit. Je ne suis point né pour ces orages. Je tiens de mon père des goûts simples, des instincts paisibles; comme lui, je passerai mes jours dans la
paix et dans la retraite. Les voies du monde sont trop difficiles ; il faut pour s'y tenir droit et ferme un pied plus sûr que le mien. Si j'ai pu, avecle cœur le plus pur et les intentions les plus honnêtes, y glisser dès les premiers pas, que serait-ce quand j'aurais dépouillé tout à fait les pudeurs et les scrupules du jeune âge! Je m'y perdrais. Je m'en retire dès à présent, sans regret et sans amertume, l'ayant trop vu pour l'aimer et pas assez pour le haïr. Je conçois que la société n'approuve point de semblables projets : c'est une maîtresse d'hôtel garni qui tient h louerses chambres ; mais comme il se trouve toujours plus de gens qu'il n'en faut pour les occuper, ne saurait-elle, sans nuire à ses intérêts, permettre à quelques enfants de la Bohême de loger en plein air et coucher à la belle étoile? Un tel exemple n'est guère contagieux. Je n'ignore aucune des hautes vérités qu'à ce propos on a mises en circulation. Je sais qu'un homme n'est compté pour rien s'il n'est quelque chose, c'est-à-dire s'il n'a pas une position, un état, une carrière. Cependant, s'il m'est doux, à moi, do n'être rien? Si vos emplois ne me tentent pas? Si je ne me soucie ni de vos places ni de vos honneurs? Si je préfère le silence à vos bruits, le repos à vos agitations, la solitude à vos fêtes? C'est alors que la société, qui ne supporte point patiemment qu'on puisse se passer d'elle, vous jette à la foce les noms d'égoïste et de lâche. A son aise! l'aubépine est en fleur, les oiseaux chantent dans les 1 iics, et mon cheval est là, tout sellé, qui m'attend. Vois mon père d'ailleurs ; il ne fut ni avocat ni député, pas même maire de son village. Il ne (ut ji'un homme heureux;