LIVRE IX. 2T
et les mines de diamant, cause première de notre rupture, je ne veux pas faire comme la plupart des hommes, abuser de ma fortune dans un intérêt d'ambition, et proflter de ma victoire pour étendre indéfiniment mon empire. Je me contente des bornes que la nature nous a assignées dès l'origine, les cataractes qui forment la séparation de TÉgypte et de TÉthiopie. Le but de mon expédition étant atteint, je m'en retourne, par respect pour la justice. Pour toi, si tu survis, conserve intacte ta satrapie et écris ceci au roi de Perses : « Hj- » daspe, ton frère, a vaincu, les armes à la main; mais » il t'a bénévolement rendu tout ce qui t'appartenait; » il veut être ton ami; car il estime l'amitié le trésor D le plus précieux qui soit parmi les hommes; mais il » ne refuse pas le combat, si tu en donnes de nouveau » le signal. » Quant aux habitants de Syène, je leur fais remise, pour dix ans, des impôts établis, et je t'ordonne de leâ leur remettre de même. »
XXVL Après ces paroles, tous les assistants, habitants et soldats, le couvrirent à l'envi d'éloges et d'applaudissements qui retentirent au loin. Oroondatès, tendant les mains et les joignant ensemble, se prosterna et l'adora, contrairement aux usages des Perses, qui ne permettent pas d'accorder cet hommage à un autre que le Grand Roi. «Je ne crois pas, dit-il aux assistants, manquer au roi qui m'a donné ma satrapie, ni violer les lois de mon pays, on adorant le plus juste des hommes : il pouvait me faire périr, et il m'accorde généreusement la vie ; il ne tenait qu'à lui de me traiter en maître, et il me confère la dignité de satrape. En retour de ces bienfaits, je m'engage à procurer aux Éthiopiens et aux Perses une paix profonde, une amitié éternelle, et à faire pour les Syèniens ce qui m'est ordonné. Si je ne dois pas survivre, que les Dieux récompensent Hydaspe, sa famille et ses descendants, de ses bienfaits envers moi.
*0 THÉAGÈNE ET CHAMCLÉE.