‹ Romans grecsChapitre 66 sur 179 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

moi-même, mon fils, appesanti par la vieillesse; sans compter que le souvenir de mes malheurs émousse ma pensée et m'incline au sommeil. — Arrêtez- vous, mon père, dit Cnémon ; non pas que je sois fatigué de vous entendre ; car il me semble que, dût votre récit se continuer plusieurs jours et plusieurs nuits sans interruption, je ne me lasserais jamais de l'écouter ; il a pour moi la douceur et le charme de ces chants des sirènes dont on ne saurait se rassasier. Mais depuis longtemps une sorte de murmure, semblable au bruit d'une foule qui entrerait dans la maison, a frappé mon oreille; j'ai bien éprouvé quelque trouble; mais le désir d'entendre la suite de votre narration m'a réduit au silence. — Je n'ai rien entendu, dit Calasiris, soit parce que déjà chez moi l'ouïe est émoussée par l'âge (car la vieillesse affaiblit tous les sens, l'oreille surtout), soit que j'aie été distrait par la préoccupation de mon récit. Mais il me semble que c'est Nausiclès, le maître de la maison, qui revient. Comment aura-t-il réussi, grands Dieux ! — Tout à fait suivant mes désirs, dit Nausiclès, en se montrant à nous tout à coup ; car il ne m'a pas échappé que j'étais l'objet de votre entretien, et que votre pensée voyageait en quelque sorte avec moi. J'ai reconnu, en bien d'autres circonstances, votre affection pour moi ; l'entretien que j'ai surpris en entrant, me le prouve encore mieux. Mais quel est cet étranger? — C'est un Grec, dit Calasiris; vous en saurez davantage par la suite : pour le moment, parlons de vous ; dites-nous au plus vite s'il vous est arrivé quelque chose d'heureux, afin de nous faire partager votre joie. — Vous aussi, dit Nausiclès, remettez au jour pour en apprendre davantage; pour l'instant, qu'il vous suffise de savoir que j'amène Thisbé embellie : car j'ai besoin d'un peu de sommeil pour me remettre de la fatigue du voyage et du souci des affaires. »

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