‹ Romans nationauxChapitre 210 sur 247 · TOUT DB SUITE UN DANGER · texte numérisé non relu

TOUT DB SUITE UN DANGER

Il y avait peu de brise, mais ce qui soufflait soufflait de l'ouest. C'est une mauvaise habitude que le vent a volontiers dans l'équinoxe.

La marée montante, selon le vent qui souffle, se comporte diversement dans recueil des Douvres. Suivant la rafale qui le pousse, le flot entre dans ce corridor soit par Test, soit par l'ouest. Si la mer entre par Test, elle est bonne et molle; si elle entre par l'ouest, elle est furieuse. Cela tient à ce que le vent d'est, venant de terre, a peu d'haleine, tandis que le vent d'ouest, qui traverse TAtlantique, apporte tout le souffle de l'immensité. Même très-peu de brise apparente, si elle vient de l'ouest, est inquiétante. Elle roule les larges lames de l'étendue illimitée, et pousse trop de vague à la fois dans l'étranglement.

Une eau qui s'engoufire est toujours afireuse. Il en est d'une eau comme d'une foule ; une multitude est un liquide ; quand la quantité pouvant entrer est moindre que la quantité voulant entrer, il y a écrasement pour la foule et convulsion pour l'eau. Tant que le vent du couchant règne, fût-ce la plus faible brise, les Douvres ont deux fois par jour cet assaut. La marée s'élève, le flux presse, la roche résiste, le goulet ne s'ouvre qu'avarement, le flot enfoncé de force bondit et rugit, et une houle forcenée bat

les deux façadeâ intérieures de la ruelle. De sorte que les Douvres, par le moindre vent d'ouest, ofi'rent ce spectacle singulier: dehors, sur la mer, le calme ; dans l'écueil,

un orage. Ce tumulte local et circonscrit n'a rien d'une tempête; ce n'est qu'une émeute de vagues, mais terrible. Quant aux vents de nord et de sud, ils prennent l'écueil en travers et ne font que peu de ressac dans le boyau. L'entrée par l'est, détail qu'il faut rappeler, confine au rocher l'Homme ; l'ouverture redoutable de l'ouest est à l'extrémité opposée, précisément entre les deux Douvres.

C'est à cette ouverture de l'ouest que se trouvait Gilliatt avec la Durande échouée et la panse embossée.

Une catastrophe semblait inévitable.

Cette catastrophe imminente avait, en quantité faible, mais suffisante, le vent qu'il lui fallait.

Avant peu d'heures, le gonflement de la marée ascendante allait se ruer de haute lutte dans le détroit des Douvres. Les premières lames bruissaient déjà. Ce gonflement, mascaret de toute l'Atlantique, aurait derrière lui la totalité de la mer. Aucune bour^ rasque, aucune colère; mais une simple onde souveraine contenant en elle une force d'impulsion qui, partie de l'Amérique pour aboutir à l'Europe, a deux mille lieues de jet. Cette onde, barre gigantesque de l'océan, rencontrerait l'hiatus de l'écueil et, froncée aux deux Douvres, tours de rentrée, piliers du détroit, enflée par le flux, enflée par l'empêchement, repousséè par le rocher, surmenée par la brise, ferait violence à l'écueil, pénétrerait, avec toutes les torsions de l'obstacle subi et toutes les frénésies de la vague entravée, entre les deux murailles, y trouverait la panse et la Durande et les briserait.

Contre cette éventualité, il fallait un booclier, Gilliatt l'avait.

Il fallait empêcher la marée de pénétrer d*emblée, lui interdire^ de heurter tout en

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