SCÈNE VII
Je rêve à toutes sortes de choses, mon fils :
HATTOUlKEj OGiSKI, IVANOWNA, SOLDATS
à ta Russie, à nos anciennes campagnes.
HITTOCJNB, 1 OpAi.
Ahl... oui... nous en avons vu du pays...
Les républicains l'avaient fait prisonnier?
nous en avons vu, depuis quarante-cinq ans...
(siLnu.) Et la soupe est bonne!
Oui, maionchka.
HiTTOOINB.
HiTTODINB.
Oh 1 elle est très-boune. . . Avec du bon bœuf
A l'armée de Korsakow?
et du bon pain, on fait de la bonne soupe, Basi-
OGISÏI.
lowitche... Si tu veux en goûterî...
Oui, les gueux m'avaient pris, mais je me
sotrwoROw, ™i. l
■ail sauvé.
Je le veux bien 7 [
BATTOUIMB, M prlHiiUM II pnit uilior.
Est-ce qu'elle est encore loin, l'armée de
Tiens... souffle dessus. ,. elle est chaude.
Korsakow?
LA GUERRS.
tous LU SOLDATS.
Vive Souworow (
SOtrwOlOW, ludul II nllUr 1 Hittgrim.
Oui , matouchka , elle est fameuBe , cette 8onpe-là I
Nous aurions été bien contents d'en avoir nue gamelle au Saînt-Gothard.
souwoaow.
Abl oui, mes enfants outbieneouffart depuis le Saint-Qotbard.
HATTOUIKB.
Un vilain chemin, Basilowitche ; toujours monteret descendre... Et puis, pas de rations... Ces gueux de rëpublicains avaient tout pillé; ils voulaient nous faire crever dans la montagne. 'Âhl les gueux!...
Oui, elle a raison, la tnatoucUa; les républicains voulaient nous laire mourir de faim ; mais nous allons les arranger... (■■■«rut h paei».] fis sont là-bas 1 Dans quelques heures, soldats de Rymnik, vous serei à l'avant-garde ; Souworow veut vous faire de l'honneur jusqu'à la an, i caose de votre belle conduite au Saint-Golhard.
TOUS LBS SOLDATS.
Vive Souworow l'invincible 1 sotnroKOw.
Vous enlèverez le pont, et puis la grande bataille viendra... la dernière... Nous irons à Paris; nous aurons du schnaps, du vin, du lard et de la bonne soupe tous les jours.
TOt» LIS SOLDATS.
Vive le père Souworow I
souwoaow.
Allons I manges bien, buveibien. La tonne est pleine maintenant, matouehhaf
BATTOUIM»,
Oui, mon fils, elle est pleine... Du bon schnaps blanc... du vrai schnaps t
SOUWOROW
Tu vas verser deux verres à chaque soldat de Rymnik , et puis encore un grand verre avant Tattaque du pont... Tu m'entendsT
HATTOmXS.
Oui, je sais bien, Basilowitche, je sais bien; ce n'est pas la première fois que je fais la guerre... A l'attaque, il faut toujours du schnaps I
SOUWOROW, nul.
Bon I et je vais faire avancer d'autres tonnes pour toi, matemchka; il faut que mes enfanis aient toujours du schnaps!...
TOUS LIS s
Vive le bon père Souworow 1
Et la belle fille... elle ne dit rien, matouchka?
BATTOUIMI.
Elle pense à Ivanowitche, vois-tui
SOUWOKOW, l'inUut.
Ivanowitche?
BATTOUIKI-
Oui, tusais... uu enfant de Rymnik... Celui qui a porté les dépôches à, Eorsakow, à travers les républicaiuB.
SOUWOROW
Abl ah ! Elle l'aimel... C'est un brave.
HAnouiMB.
Quand il sera capitaine, nous les marierons.
SOUWOROW
Que j'entende parler de lui... et il sera bientôt capitaine.
ITAHOWNl, HmUmal.
Oh t merci, feld-marécbal, merci 1...
SOUWOROW
Oui, tout ira bien I... Et maintenant, buvet, mangez, prenez des forces. Ces républicains se défendent comme des enragés, mais nous en viendrons à bout. . . C'est Basilowitche Souworow qui vous le dit... Courage !,..
(U l'IMiDl il uct pu 1> dralU. Lw cMiqau ni l« olBcIcn d'Uil.
LES PRÉCÉDENTS, .cdu SOUWOROW, LES OFFICIERS D'ÉTAT-UAJOH et les COSAQUES
Allons, vous autres, avancez vos gamelles... Ab I elle sent bon, la soupe.
UH SOLDAT.
Oui, matouchka. Et nous pourrons dire : J'ai soupe avec Souworow I
Oh I le bon père. Oh I comme il aime ses enfants de Rymnik !
HITTDUINB, tHtkiaul di nmfdi Im iuuUii.
Je crois bien qu'il vous aime 1 Celui qui ne passerait pas dans le feu pour lui ne serait qu'un gueux. Quand on ade la soupe pareille, avec deux bons verres de schnaps, il faut eu lever tous les ponls. (t-.di(»ui i oti^, nm <•>•»».)
LA GUERRE
Hé 1 soldat de Markow, avance donc , c'est ton tour.
(OgiiU pWiente nne gam«ll«. Haltoûne, en U remplUsnt, le reg»rdo aree nne sorie d'étonnement.)
oaiSKI.
Merci, matouchka!
HATTOniNB.
Où donc est-ce que je t'ai vu, toi? Plus je te regarde, plus je te reconnais.
OOISKI, riant.
Oh ! je vous reconnais aussi, matouchka,
HÀTTOniNB.
Où donc est-ce que je t'ai vu?
OGISKI
Vous m'avez vu d'abord au camp de Toulczine, ensuite aux grandes manœuvres du sabre et de la baïonnette, à Varsovie. C'est là que le régiment de Harkow et celui de Rymnik étaient ensemble, et que la bonne matouchka leur versait du schnaps.
HÀTTOniNB, liant am éeXàlM.
Ah ! oui... oui... Maintenant je me rappelle... 11 fallait du schnaps ! il en fallait , pour soutenir les charges des dragons I Les coups de sabre, les vrais coups de sabre pleuvaient ! C'était la manœuvre de mon fils Basile witche*.. il criait : — Tapez... tapez ferme... Ça leur apprendra à parer ! — Ha ! ha! ha! tu étais là... je ne m'étonne plus si je te reconnais.
OOISKlf mandant.
Oui, matoucUa; moi , je vous 'ai reconnue tout de suite.
HATTOUINB.
Ah ! c'était un bon temps... Tiens régale-toi.
(Elle loi vene encore one etiiUerJe de toupe. Toite la troupe mange. Haltottine et Ivanoima le servent les demlirei.)
lYANOWNA, bas, à Hattoalne.
Ohl mère Hattouine, quevous avez bien fait de parler d'Ivanowitche au feld-maréchal 1
HATTOUINB, de mSme, en clignant Ici yeux avec malice.
Oui, la vieille matouchka n'est pas bête... Souworow va penseràlui, maintenant... Et demain, s'il se conduit bien à la grande bataille...
IVANOWNA
Qu'il sera content , mère Hattouine , d'apprendre...
HATTOUINB.
C'est bon... c'est bon... il ne fautpas oublier
la soupe. (^^^ ** remelteni i manger.}
PLUSIBURS SOLDATS, se levant.
A cette heure , le scl^naps , matouchka^ le schnaps i
HATTOUINB.
Attendez donc que j'aie fiai.
d'auTRBS, avee impaiienee.
Le schnaps ! le schnaps !
HATTOUINB, douant Mm gobelet I Ivanowna.
Val les ivrognes ne peuvent pas attendre.
(innowna se l^e; elle remplU le gobelet I la toane, et le passe tour I tonr aax soldats, qoi le ndent d'un tr«it, claquent de la langne, ^ bornent leurs o'oostaeliei et font place aux antres. Des éclats de rire retentissent de tons e6lés, comme dans une troupe d'enfeats.)
HATTOUINB, aniTanl I son tour.
Allons, Ivanowna, la vieille matouchka a soif. n.ne faut pas tout laisser aux autres.
(iTanovna lui présente le gobelet, elle «le vide, puis m net à lirt tout baut, en faisant mine de danser.)
UN SOLDAT, riant.
Hé ! la matouchka veut dan&er.
HATTOUINB.
Oui, ce bon schnaps m'entre jusque dans les jambes.
LB PRéciDBNT.
Hé ! Kolskow, va donc chercher ton tambour.
¥ HATTOUINB.
Non..i non... je ne danserai pas... Je suis trop vieille... Que les autres dansent !
UN AUTRB SOLDAT.
Vous n'êtes pas si vieille que vous dites; je me marierais encore bien avec vous.
HATTOUINB.
Oui, pour boire mon schnaps.
PLUSIBURS SOLDATS.
Matouchka f maiouckkal il faut danser.
HATTOUINB.
Qu'Ivanowna danse... moi je ne danse jamais sans fifre.
UN SOLDAT
Le pauvre Bélinski est mort au grand pont, il ne peut plus souffler.
UN AUTRB, tirant un fifre de son sae.
Voici bien son Bfre... mais lui n'est plus là.
001 SKI, s'anoçant d'un air mode»te.
Écoulez, camarades, au régiment de Markow, j'ai quelquefois joué du nfre...Jenesuispasun bon fifre... mais je joue un peu tout de même.
(il reçoit i« fifre et en tire rielques sons rapides.) LBS SOLDATS.
Oh I il joue mieux que Bélinski \
(toos te balancent, rient et font des contoriions grotetqnei. Le tambour ciécate une batterie, Ogiskt l'accompagne.)
UN SOLDAT
Puisque la matouchka ne veut pas danser, qu'elle chante.
HATTOUINB.
Je suis trop vieille... Ivanowna chanterait mieux que moi.
LA GUERRE
IVàNOWHÀ.
Vous saves bien, mère Hattouine, que je ne connais pas la musique.
i-niBH à U lu d'OD pu Unidt.)
HATTO0INB.
Vous ne rirez pas de moi... Cest un vieil air... l'air du Solfiai de Kotlugi, du temps de la guerre des Turcs.
OQISKI, jonui •! duum.
Allons, maiOMkka... courage I...
BA.TrOUlNB.
n faut aussi que le fifre joue bien.