‹ Romans. Notices et annotationsChapitre 8 sur 48 · ÉPITRE DÉDICATOIRE DE ZADIG A LA SULTANE SHERAAS PARSADL · texte numérisé non relu

ÉPITRE DÉDICATOIRE DE ZADIG A LA SULTANE SHERAAS PARSADL

Le 10 du mois de schewal, l'an 837 de l'hégire. CHARME des prunelles, tourment des cœurs, lumière de l'es-

11) Dans ce roman, œusTe de fantaisie et de philosophie, Voltaire a voulu démontrer que la Providence nous conduit où elle veut, par des voies dont le secret lui appartient. Le héros, Zadig, homme vertueux, religieux sans préjugés, très instruit, le type du sage, tel que pouvait se le figurer Voltaire, traverse toutes sortes de vicissitudes ou éclatent sa philosophie, son expérience et aussi un scepticisme railleur bien dix-huitième siècle. Voltaire a voulu se peindre lui-même sous les traits de Zadig. Les calomnies, les méchancetés des courtisans, la disgrâce du héros ne sont que des allégories. Voltaire tirait ainsi de ses ennemis de spirituelles et savoureuses vengeances, .^.joutons que plusieurs parties de ce roman sont imitées d'ouvrages connus, par exemple le Roland furieux et les Mille et un jours ; mais cette imitation revêt toujours un caractère très personnel.

(2) Cette approbation est une parodie des approbations exigées à cette époque pour la publication des livres.

(3) Le cadi-lesquier était chez les Turc* un chef de justice. Voltaire veut désigner ici le garde des sceaux.

(4) C'est madame de Porapadour.

prit, je ne baise point la poussière de vos pieds, parce que vous ne marchez guère, ou que vous marchez sur des roses. Je vous offre la traduction d'un livre d'un ancien sage qui, ayant le bonheur de n'avoir rien à faire, eut celui de s'amuser à écrire l'histoire de Zadig, ouvrage qui dit plus qu'il ne semble dire. Je vous prie de le lire et d'en juger ; car, quoique vous soyez dans le printemps de votre vie, quoique tous les plaisirs vous cherchent, quoique vous soyez belle, et que vos talents' ajoutent à votre beauté .; quoiqu'on vous loue du soir au matin, et que, par toutes ces raisons, vous soyez en droit de n'avoir pas le sens commun, cependant vous avez l'esprit très sage et le goût très fin, et je vous ai entendue raisonner mieux que de vieux derviches à longue barbe et à bonnet pointu. Vous êtes discrète et vous n'êtes point défiante; vous êtes douce sans être faible; vous êtes bienveillante avec discernement; vous aimez vos amis, et vous ne vous faites point d'ennemis. Votre esprit n'emprunte jamais ses agréments des traits de la médisance; vous ne dites de mal ni n'en faites, malgré la prodigieuse facilité que vous y auriez. Enfin votre âme m'a toujours paru pure comme votre beauté. Vous avez même un petit fonds de philosophie qui m'a fait croire que vous prendriez plus de goût qu'une autre à cet ouvrage d'un sage.

Il fut écrit d'abord en ancien chaldéen, que ni vous ni moi n'entendons. On le traduisit en arabe, pour amuser le célèbre sultan Ouloug beb. C'était du temps où les Arabes et les Persans commençaient à écrire des Mille et une nuits, des Mille et un jours, etc. Ouloug aimait mieux la lecture de Zadig ; mais les sultanes aimaient mieux les Mille et un. « Comment pouvez-vous préférer, leur disait le sage Ouloug, des contes qui sont sans raison, et qui ne signifient rien ? C'est précisément pour cela que nous les aimons, répondaient les sultanes. »

Je me flatte que vous ne leur ressemblerez pas, et que vous serez un vrai Ouloug. J'espère même que, quand vous serez lasse des conversations générales, qui ressemblent assez aux Mille et un, à cela près qu'elles sont moins amusantes, je pcur-

(i) Madame de Pompadour savait chanter et même graver de jolie façon.

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rai trouver une minute pour avoir l'honneur de vous parler raison. Si vous aviez été Thalestris du temps de Scander, fils de Philippe ; si vous aviez été la reine de Sabée du temps de Soleiman, c'eussent été ces rois qui auraient fait le voyage.

Je prie les vertus célestes que vos plaisirs soient sans mélange, votre beauté durable, et votre bonheur sans fin

Sadi.

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