‹ Romans (volume 2)Chapitre 43 sur 167 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Ce que devint Candide parmi les Bulgares.

Candide, chassé du paradis terrestre , marcha longtemps sans savoir où, pleurant, levant les yeux au ciel, les tournant souvent vers le plus beau des châteaux, qui renfermait la plus belle des baronnettes ; il se coucha , §an$ souper , au milieu des champs entre deux sillons. La neige tombait à gros flocons : Candide tout transi se traina le lendemain vers la ville voisine, qui s’appelle Yaldberghof f-trarbk-dik- dorff , n’ayant point d’argent, mourant de faim et de lassitude. Il s’arrêta tristement à la porte d’un cabaret. Deux hommes habillés de bleu le remarquèrent : Camarade , dit l’un , voilà un jeune homme très-bien fait , et qui a la taille requise. Ils s’avancèrent vers Candide , et le prièrent à dîner trèscivilement. Messieurs, leur dit Candide avec une modestie charmante , vous me faites beaucoup d’honneur ; mais je n’ai pas de quoi payer mon écot. Ah , monsieur ! lui dit un des bleus , les personnes de votre figure et de votre mérite ne payent jamais rien : n’avez-vous pas "cinq pieds cinq pouces de haut? Oui , messieurs ,

c’est ma taille, dit-il en faisant la révérence. Ah, monsieur» mettez-vous a table; non-seulement nous vous défrayerons , mais

riiirr rns jamaisqu’un homme m iu

d argent; les hommes ne sont faits que pour se secourir les uns les autres. Vous avez raison , dit Candide ; c’est ce que M. Pangloss m a toujours dit; et je vois bien que tout est au mieux. On leprie d accepter quelques écus ; il les prend , et veut faire son billet on nen veut point; on se met à table.. N’aimez-vous pas tendremen .... oui! repond-il, j’aime tendrement mademoiselle Cunegonde Non, dit l’un de ces messieurs, nous vous demandons

S£flU8«ii*I*ne2 ^p8, *fndr?ment ,e ro* "*3 Bulgares. Point du lout^ dit-i car je ne 1 ai jamais vu. - Comment? c’est le plus charmant des rois, et il faut boire à sa santé. - Oh! très-volontiers le p11"8 J ^ !} v°it’ G'en est assez > lui dit-on , vous voilà 1 appui ,’

U rv; :/lenSeUV 16 hér°S d6S Bu,Sares 5 votre fortune est faite, et votre gloire est assurée. On lui met sur-le-champ les fers

aux pieds , et on le meue au régiment. On le fait tourner à droite a gauche, hausser la baguette , remettre la baguette , coucher en’ joue tirer doubler le pas, et on lui donne trente coups de bàon le lendemain il fait l’exercice un peu moins mal, et il ne re-

et il r;mS TOUPS 5 le surIendemain on oc lui en donne que dix, t il est regaide par ses camarades comme un prodige.

Candide , tout stupéfait , ne démêlait pas encore trop bien com-

W nro Utl her°,!‘ 11 S aViSa Un bea" j°ur <le Printemps de s’aller promener, marchant tout droit devant lui , croyant que c’était

un privilège de l’espèce humaine, comme de l’espèce animale de se -^esesjambesèson plaisir. Il n’eutpas fait deux lieues ue oda quatre autres héros de six pieds qui l’atteignent, qui le lient

qm le mènent dans un cachot. On lui demanda juridiquement

qu d aimaitle mieux d’être fustigé trente-six fois par tout le ré-i-

Se iZtlZZ '' ' 'a,f0iS ‘T26 ball6S de Pl0mb dans >a eer-

velle II eut beau dire que les volontés sont libres, et qu’il ne voulait mru„ m l antre , il fallut faire un choix : il « délrmina en

mr les tU fi6 DlCl! qU’°n n°mme l,bert6’ à Passer trente-six fois-

par les baguettes; il essuya deux promenades. Le régiment était

composededeuxmillehommes;celalui composa quatre mille cot

rent fes6lte’ T’ d^ulshnuîueducoujusqu’aucul, lui découvrirent les muscles et les nerfs. Comme on allait procéder à la troi- I leme course, Candide, n’en pouvant plus, demanda en grâce qu’on

OU L’OPTIMISME

voulut bien avoir la bonté de lui casser la tête. Il obtint celte faveur ; on lui bande les yeux; on le fait mettre à genoux. Le roi des Bulgares passe dans ce moment , s’informe du crime du patient ; et comme ce roi avait un grand génie , il comprit , par tout ce qu’il apprit de Candide , que c’était un jeune métaphysicien fort ignorant des choses de ce monde , et il lui accorda sa grâce avec une clémence qui sera louée dans tous les journaux et dans tous les siècles. Un brave chirurgien guérit Candide en trois semaines, avec les émollients enseignés par Dioscoride. 11 avait déjà un peu de peau, et pouvait marcher, quand le roi des Bulgares livça bataille au roi desAbares.

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