‹ Romans (volume 2)Chapitre 63 sur 167 · C0 CANDI DJ · texte numérisé non relu

C0 CANDI DJ

que? Monsieur répondit Martin , mes prêtres m’ont accusé d’être ; »« la vérité d.t fai, est ,« je suis manichéen ' Vou™ vous moquez de moi, dit Candide; il n’y a plus de manichéens dans le monde. Il y a moi , dit Martin ; je ne sais qu’y faire • mais je ne peux penser autrement. Il faut que vous ayez Je diable au son», dit Candide. Use méiesi tort ü,s„f„i,,s aitm, qu il pourrait bien etre dans mon corps, comme partout

? ®U‘'S; maisf ,vous avoue qu’en jetant la vue sur ce globe ou

plutôt sur ce globule, je pense que Dieu l’a abandonné à quelque eti e malfaisant : j’en excepte toujours Eldorado. Je n’ai guère vu de ville qui ne désirât la ruine de la ville voisine, point de amille qui ne voulut exterminer quelque autre famille. Partout les faibles ont en exécration les puissants devant lesquels ils rampent etlespuissantslestraitent comme des troupeaux dont on vend la laine et la chair. Un million d’assassins enrégimentés courant d’un bout de l’Europe à l’autre, exerce le meurtre et lé Jiigandage avec discipline, pour gagner son pain, parce qu’il n’a pas de metier plus honnête; et dans les villes qui paraissent jouir de la paix , et ou les arts fleurissent , les hommes sont dévorés de plus d envie, desoins, et d’inquiétudes, qu’une ville assiégée n éprouvé de fléaux. Les chagrins secrets sont encore plus cruels que les miseres publiques. En un mot, j’en ai tant vu et tant éprouvé que je suis manichéen. ’

U y a pourtant du bon, répliquait Candide. Cela peut être disait Martin, mais je ne le connais pas.

Au milieu de cette dispute on entendit un bruit de canon Le bruit redouble de moment en momenl. Chacun prend salunette.On aperçoit deux vaisseaux qui combattaient à la distance d’environ rois milles : le vent les amena l’un et l’autre si près du vaisseau français, quon eut le plaisir de voir le combat tout à son aise Enfin I un des deux vaisseaux lâcha à l’autre une bordée si bas et si juste , qu’il le coula à fond. Candide et Martin aperçurent distinctement une centaine d'hommes sur le tillac du vaisseau qui s enfonçait; ils levaient tous les mains au ciel, et jetaient des clameurs effroyables : en un moment tout fut englouti.

Eh bien! dit Martin , voilà comme les hommes se traitent les uns les autres. Il est vrai , dit Candide, qu’il y a quelque chose de

: I Les !f mystères- et n’admettent que l’évidence.]

1 Les manichéens admettent un bon et un mauvais principe. ] J

OU L'OPTIMISME

diabolique dans cette affaire. En parlant ainsi, il aperçut je 11e sais quoi d’un rouge éclatant , qui nageait auprès de son vaisseau : on détacha la chaloupe pour voir ce que ce pouvait être , c’était un de ses moutons. Candide eut plus de joie de retrouver ce mouton , qu’il n’avait été affligé d’en perdre cent tous chargés de gros diamants d’EIdorado.

Le capitaine français aperçut bientôt que le capitaine du vaisseau submergeant était Espagnol, et que celui du vaisseau submergé était un pirate hollandais : c’était celui-là même qui avait volé Candide. Les richesses immenses dont ce scélérat s’était . emparé furent ensevelies avec lui dans la mer, et il n’y eut qu’un mouton de sauvé. Vous voyez , dit Candide à Martin , que le crime est puni quelquefois : ce coquin de patron hollandais a eu le sort qu’il méritait. Oui , dit Martin ; mais fallait-il que les passa-V gers qui étaient sur son vaisseau périssent aussi? Dieu a puni cq \ fripon , le diable a noyé les autres. f *

Cependant le vaisseau français et l’espagnol continuèrent leur route ,‘et Candide continua ses conversations avec Martin. Us disputèrent quinze jours de suite, et au bout de quinze jours ils étaient aussi avancés que le premier : mais enfin ils parlaient, ils se communiquaient des idées , ils se consolaient. Candide caressait son mouton : Puisque je t’ai retrouvé, dit-il , je pourrai bien retrouver Cunégonde.

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